Classique

Circa et le Quatuor Debussy   envoûtent le public de la Philharmonie.

Circa et le Quatuor Debussy envoûtent le public de la Philharmonie.

15 mai 2019 | PAR Jean-Marie Chamouard

Circa et le Quatuor Debussy ont présenté un spectacle fascinant, le 12 mai 2019 à la Philharmonie. La musique des onzième, huitième et cinquième quatuors de Chostakovitch rentre en osmose avec le cirque et la danse contemporaine.

Dimitri Chostakovitch (1906-1975) a souffert du régime soviétique. Sa musique était considérée comme « trop formelle » par la censure et il a connu plusieurs périodes de disgrâce. Il a failli perdre la vie lors des purges staliniennes de 1937 et a souffert ensuite d’insomnie et de dépression. L’écriture de ses quinze quatuors sera un refuge pour le compositeur. IL s’agit d’une musique intimiste mais hantée par le vide et la mort
Le Quatuor Debussy, fondé il y a plus de 20 ans, est Lyonnais et Circa est une compagnie australienne de 14 acrobates, formés à la danse contemporaine. Leur première rencontre et la création de ce spectacle ont eu lieu lors de nuits de Fourvières à Lyon en 2013. Le chorégraphe, Yaron Lifschitz veut donner au langage traditionnel du cirque une dimension philosophique. Il a été fasciné par les quatuors de Chostakovitch dans lesquels il voit un face à face et un dialogue entre l’homme et la mort.
De ces rencontres est né un spectacle exceptionnel. C’est la symbiose de la musique de chambre avec le cirque et une danse poétique et sauvage. Les musiciens jouent debout et participent au jeu scénique

Le spectacle débute par l’Elégie, l’adagio du onzième quatuor. L’élégie « c’est un tombeau ». La musique est recueillie et lugubre. Une femme tente plusieurs fois de s’élever vers le ciel le long de sa corde et redescend. Pour le spectateur l’allégorie de la mort s’impose d’emblée.
Le onzième quatuor est une œuvre tardive et la santé de Chostakovitch est alors fragilisée. Il exprime la triste vanité du monde et la désolation. Il paraît inspiré par Schubert et par son « Voyage d’hiver ». Sur une musique lancinante les hommes se relèvent tels des spectres. Puis après quelques dissonances la musique devient frénétique et les danseurs se transforment en acrobates. Puis tout change à nouveau : deux danseuses s’étreignent avant une procession portant des femmes mortes. Il surgit ensuite un homme sur son trapèze, corps suspendu dans le vide dont les mouvements suivent le rythme de la musique. Celle-ci devient de plus en plus sourde, comme un simple murmure à la fin du quatuor.
Le célèbre quatuor n°8 a été écrit à Dresde en 1959. Le compositeur a été choqué par la vue de la ville encore dévastée par les bombardements de la deuxième guerre mondiale. Cette œuvre est un hommage aux victimes de la guerre. Les musiciens interprètent le quatuor les yeux bandés. Un homme court désespérément puis les corps se relèvent et s’alignent au garde à vous. La musique devient ensuite frénétique, les danseurs courent de manière désordonnée et le chaos s’installe. Malgré le retour au calme de la musique, l’angoisse la douleur et la violence demeurent. C’est la guerre. Les duos de danseurs combattent puis s’étreignent ; les hommes tombent comme sous la mitraille et finalement avec une musique adoucie les cadavres sont évacués.
Avec le cinquième quatuor la musique se fait plus légère et la lumière plus chaude. C’est une danse acrobatique utilisant les cerceaux. Le spectateur est vraiment au cirque. Puis les danseurs s’immobilisent et les musiciens se promènent sur scène semblant les interroger. La musique se fait alors plus triste et c’est l’incroyable solo d’une femme suspendue à ses cordes. Le jeu des cerceaux reprend ensuite et à la fin du quatuor la musique devient un murmure plaintif alors que les danseurs forment la pyramide finale.

Circa et le Quatuor Debussy nous ont offert un spectacle « total » et hors norme, grâce à la rencontre inattendue et au combien émouvante du cirque et d’une musique de chambre intime et douloureuse.

Visuel : Circa © Justin Nicholas

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Jean-Marie Chamouard

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