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[Chronique]: Mozart éclatant sous les mains d’Argerich et Abbado

[Chronique]: Mozart éclatant sous les mains d’Argerich et Abbado

19 février 2014 | PAR Marie Charlotte Mallard

Ce n’était sûrement pas à titre posthume que Deutshe Grammophon pensait sortir cet opus du maestro Abbado et de la grande Martha Argerich. Aussi, le décès du chef d’orchestre survenu le mois  dernier confère à cet album déjà exceptionnel, puisqu’il réunissait ces deux légendes qui n’avaient enregistré ensemble depuis 10 ans, une saveur particulière.

abbado argerich

[rating=5]

Outre l’émotion que peut susciter ce dernier enregistrement c’est également la réunion de ces deux amis de toujours qui donne à cet opus un caractère exceptionnel. Car Martha Argerich et Claudio Abbado c’est une grande histoire musicale, mais c’est aussi une grande histoire d’amitié et un profond plaisir de partager leur vision de la musique que l’on sent évidemment ici. Capté au festival de Lucerne en Mars 2013, l’album donne à entendre les antithétiques Concertos n° 20 et 25 de Mozart. Le premier étant aussi sombre, mélancolique et révolté que l’autre est solaire et brillant. La surprise, tel est ce qui caractérise le mieux cet album.

Le Concerto n°25 en ut majeur K 503 ouvre cet album. L’entrée de l’orchestre au premier mouvement est pompeuse, majestueuse avant de se faire guillerette. On attend donc comme une évidence un piano imposant, fier et grandiloquent. Il n’en sera rien, car à notre grande surprise le jeu de Martha Argerich se fait discret, sage, épuré, et pudique. Toutefois, la légèreté qui fait l’essence de la musique de Mozart y est sublimée par un touché aérien, éthéré et impalpable qui nous ravit et sied parfaitement à l’oeuvre. Réserve et modestie semblent donc être de mise dans cette interprétation, faisait ainsi ressortir la clarté et la simplicité du discours qui constituent la plus grande difficulté des œuvres de Mozart. Autant de caractères que l’on retrouve au deuxième mouvement tant de par la pianiste que par l’orchestre. Dans l’Allegretto final toutefois, point de réserve, la brillance y est affirmée, les ribambelles de notes telles une pluie de gouttelettes dorées insaisissables et frivoles coulent sublimement. L’interprétation du concerto quoique déroutante par son apparente timidité prend néanmoins tout son sens lorsque l’on connaît l’esprit de Mozart que l’on pourrait résumer en trois mot : grâce, légèreté et luminosité. Nul doute que les deux interprètes ont cherché ici à s’en approcher au plus près.

Comme nous le disions précédemment, tourment, mélancolie et obscurité constituent le discours de ce 20e Concerto en ré mineur K 466. Abbado laisse dans l’introduction parler les notes et les nuances, pour mieux faire ressortir l’opacité des phrases musicales. Là encore l’entrée du piano surprend par sa tendresse. Une tendresse qui tranche avec l’ardeur des traits qui suivent. La pianiste joue sur les contrastes comme pour mieux faire ressortir l’émotion et la poésie. Une aspiration qui déterminera l’interprétation de l’entièreté du concerto. On attendait beaucoup du second mouvement, l’un des plus connus du maître viennois et nous ne sommes pas déçus. Juste, mesuré, d’une profonde sincérité, il met en lumière sensibilité et affliction. Le début nous apparaît comme une douce caresse que viendra bousculer le passage central par ses flamboyantes montées en arpèges plus torturées. Le troisième mouvement, le plus fougueux et emporté de tous conclura brillamment l’œuvre autant que le disque. Chagrin, douleur et même colère sont ici puissamment exaltés par une cohésion remarquable entre Argerich et Abbado. Ainsi, dans un même élan, les musiciens exaltent avec splendeur toute la  vivacité et la frénésie de cette conclusion.

Un opus réfléchi, simple et sensible à la fois, une véritable respiration musicale dont il transpire la joie de retrouvailles amicales et le bonheur du partage musicale. Nul doute qu’Abbado et Argerich se comprenait et partageait la même vision de la musique. Que l’on soit fan de la pianiste ou admirateur du maestro Abbado, on court donc chez son disquaire pour se pourvoir de ce bel ouvrage.

Martha Argerich, Claudio Abbado, Orchestra Mozart, Mozart, Concerto pour piano n°25 et 20, Deutsche Grammophon, sorti le 17 février.

Visuel: © pochette Martha Argerich, Claudio Abbado, Orchestra Mozart, Mozart.

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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