Classique
Chostakovitch révélé à la Philharmonie

Chostakovitch révélé à la Philharmonie

09 novembre 2022 | PAR Yaël Hirsch

Lundi 7 novembre, dans le studio de la Philharmonie, le pianiste Nicolas Stavy a révélé lors d’un concert intense les œuvres majeures de l’album qu’il sort aux éditions Bis, où l’on redécouvre le grand compositeur russe du XXe siècle, à l’aune d’œuvres de jeunesse et de transcriptions pour formations de chambre. Cinq musiciens exigeants nous ont fait découvrir ce Chostakovitch jusqu’ici inconnu avec notamment deux créations françaises.

Sérieuses bagatelles

C’est donc à plus d’une heure trente de concerts sans entracte que nous étions conviés. Après une œuvre de Bach revue à l’aune de György Kurtag, interprétée par Nicolas Stavy avec le pianiste Cédric Tiberghien, et six extraits des bagatelles de Beethoven jouées par Tiberghien, l’on découvrait pour la première fois en France – interprétées par Nicolas Stavy – quatre pièces de jeunesse entre mort, victimes de la révolution et bagatelles. C’est une série d’œuvres qu’on retrouve sur le disque.

Transcriptions – Requiem

La mort et son couperet étaient au cœur de ce concert dense et sombre avec une transcription d’une partie de la 10e symphonie de Mahler par Chostakovitch, au moment où on lui a proposé de tenter une version finie de l’œuvre que le grand Viennois a laissée inachevée. C’est bref, c’est pour deux pianistes (Nicolas Stavy et Cédric Tiberghien) et sur un seul instrument, l’on retrouve bien toute la gravité de cette 10e symphonie.

Ensuite, chacun retient son souffle et c’est l’heure du morceau de bravoure. Chostakovitch a hésité pour son avant-dernière symphonie entre un cycle de lieder élégiaques ou l’œuvre pour orchestre. À la création en 1969, le public a été saisi et glacé par ce Requiem intranquille. Chostakovitch a imaginé de son vivant une version pour piano, célesta, percussions et deux voix. Nicolas Stavy est aux deux claviers, aux percussions nombreuses et variées qui vont jusqu’aux cloches d’église, et Florent Jodelet est un magicien. Virtuoses dans les traductions russes de 11 poèmes de Guillaume Apollinaire, Federico García Lorca, Wilhelm Küchelbecker et Rainer Maria Rilke, où le mot « mort » (smert) est martelé, la soprano Ekaterina Bakanova et la basse Sulkhan Jaiani sont d’une puissance continue, comme pour une course de fond. Dans l’enceinte du studio, les réverbérations nous enveloppent, la mort prend cent visages : terrible, ricanante, tragique, nomade, elle est tout sauf apaisée. Ainsi, si Chostakovitch, qui est au sommet de sa gloire et qui n’est désormais plus persécuté par le régime, traite de la mort de manière plus « quotidienne » et traditionnelle que Britten dans son « War Requiem », aucune instance supérieure n’est évoquée. Et surtout, c’est une sorte d’anti-requiem auquel nous assistons, où la perspective de la fin n’est que terreur et glaciation. La version pour « quatuor » est d’une exigence et d’une intensité qui fait bien entendre l’absolu fin de l’espoir.

Les deux œuvres et les quatre pièces inconnues de Chostakovitch sont donc à découvrir sur l’album avec les mêmes musiciens que ceux que nous avons eu la chance d’entendre au concert.

Visuel : © Nicolas Stavy © Jean-Baptiste Millot

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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