Classique

Chatoiements romantiques à l’Orchestre Phiharmonique de Strasbourg

Chatoiements romantiques à l’Orchestre Phiharmonique de Strasbourg

14 mars 2020 | PAR Gilles Charlassier

Au sein d’un mois de mars qui s’annonçait riche, l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg donne, avec le confinement généralisé, son dernier concert, placé sous la baguette souple et aérée de Cornelius Meister, qui met en valeur les sortilèges de La petite sirène de Zemlinsky.

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Si certaines institutions ont préféré fermer leurs portes au public dès l’annonce de la restriction à 1000 le nombre de personnes dans tous les lieux publics, d’autres ont décidé d’adapter leur jauge pour maintenir leur programmation, jusqu’au coup fatal porté par les annonces du gouvernement le vendredi 13 mars – avec application du décret à partir du 14 mars – et avant les mesures de confinement décidées dans la soirée de samedi. Ainsi, l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg présente-t-il, avec une modification, due aux limitations des déplacements internationaux, un programme associant le classicisme viennois avec le romantisme de l’Europe centrale.

Dès l’Ouverture de La fiancée vendue de Smetana, opéra aux consonances folkloriques qui reste le seul de son auteur un peu représenté au répertoire, Cornelius Meister ne cherche pas à appuyer la pâte pittoresque de la partition. Au contraire, s’il ne refuse pas la vitalité de l’inspiration, il s’attache à aérer les couleurs et la clarté du dessin mélodique. Les camaïeux monochromes de la section centrale résonnent avec une douceur déliée qui tire parti des ressources de la phalange alsacienne, comme de l’acoustique de la salle Erasme, sans doute moins immédiatement favorable aux effectifs plus réduits de Haydn, dont le Concerto pour violoncelle n°2 en ré majeur se substitue au Concerto pour cor n°4 en mi bémol majeur de Mozart, initialement prévu, Stefan Dohr, corniste solo du Philharmonique de Berlin n’ayant pu traverser la frontière franco-allemande, en cours de fermeture jeudi après-midi. C’est Alexandre Somov, violoncelle solo du Philharmonique de Strasbourg, qui le remplace dans l’opus haydnien. Si l’ensemble, sans faiblesse dans la mise en place, affiche une élégance peut-être un peu prudente, le finale laisse épanouir la fougue virtuose et musicale du soliste, qui livre, en bis, l’intériorité de la Sarabande de la Troisième Suite de Bach.

Après l’entracte, Cornelius Meister déploie les sortilèges de Die Seejungfrau (La petite sirène), magnifique fantaisie que Zemlinsky a écrite d’après le conte d’Andersen, et trop rarement jouée au concert. A rebours de certaines lectures qui se laissent aller au capiteux flot orchestral, le chef allemand privilégie la clarté de la forme et des textures, sans avoir besoin de quelque allégement fautif. En trois parties et trois quarts d’heure, la féerie fait autant chavirer l’atmosphère marine que chatoyer de lumineuses irisations, avec un instinct de la poésie évocatrice. Les éclairages sur les pupitres, à l’instar des arpèges de harpes ou de la mélopée de la clarinette basse, se fondent dans un sens limpide de la construction, à la fois instinctif et calibré. En ne se laissant pas déborder par le sentiment, l’intelligence de l’écriture musicale atteint l’essentiel de l’émotion de cette page à l’expression retenue sous son apparent foisonnement. Un beau viatique avant des semaines de silence dans les salles de concert.

Gilles Charlassier

Orchestre Philharmonique de Strasbourg, Palais de la Musique et des Congrès, salle Erasme, concert du 12 mars

©Orchestre Philharmonique de Strasbourg

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Gilles Charlassier

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