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Biarritz Piano Festival, découvreur de talents

Biarritz Piano Festival, découvreur de talents

10 août 2019 | PAR Gilles Charlassier

Initié par Thomas Valverde, le Biarritz Piano Festival ne trahit pas, en cette dixième édition, son identité originale, en donnant la parole à des solistes rares, voire inconnus, en France, avec une attention pour la nouvelle génération. Le récital de Nuron Mukumi le 6 août à l’Hôtel du Palais, et celui du lendemain de James Martin Bartlett au Bellevue, en témoignent.

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Un festival n’est pas seulement un éventail de noms, nouveaux ou connus, proposés à la curiosité du public. Cela peut aussi prendre la forme de fidélités, composant au gré des années une sorte de famille musicale ouverte. En réinvitant pour un concert du soir Nuron Mukumi, découvert l’an dernier lors d’un récital de 11 heures, Thomas Valverde, le directeur du Biarritz Piano Festival esquisse ce genre d’affinités au gré des éditions du rendez-vous pianistique qu’il a initié en 2010. Le programme placé sous le signe du Romantisme germanique appartient à ces retrouvailles où l’on se réjouit de mesurer la maturation et le potentiel d’un jeune talent.

L’extrait de la Deuxième année de pèlerinage de Liszt, Venezia e Napoli qui ouvre la soirée, dévoile une palette maîtrisée. La Gondoliera fait entendre un balancement évocateur, sans forcer le pittoresque, dans des textures nimbées de légèreté onirique. Ce sens du climat et de la lumière se renouvelle dans une Canzone également équilibrée entre pulsation et sentiment, quand la Tarantelle ne dément aucunement une finesse virtuose. Le Carnaval de Vienne opus 26 de Schumann, moins célèbre que le premier, ne contredira pas l’investissement de l’interprète, sans céder à d’inutiles affectations. L’Allegro augural affirme une énergie qui n’oublie jamais l’instinct de la forme. A la tendresse de la Romance succède un Scherzino aux syncopes aussi délicates que ludiques. La fluidité narrative ne se relâche pas dans l’Intermezzo, ni dans un Finale où les moyens digitaux et musicaux ne font aucun doute. La Première Sonate en do majeur opus 1 de Brahms, donnée après quelques minutes de pause pour se rafraîchir un peu, confirmera l’intelligence d’un pianiste qui sait servir le génie original des œuvres qu’il aborde. L’ampleur quasi symphonique de l’écriture brahmsienne se déploie ici, sans lourdeur, dès l’Allegro initial, et dans cette page de jeunesse affleure déjà la pâte reconnaissable du compositeur allemand. L’andante et le scherzo sont nourris de sentiment, tandis que la carrure du finale calibre une puissance hors de tout exhibitionnisme. Les bis seront généreux, entre une Etude de virtuosité de Moszkowski, un Nocturne de Tchaïkovski, et un clin d’oeil humoristique à l’enfance de Mozart, Tartine de beurre, l’une de ses premières pages, en culottes courtes.

Si Nuron Mukumi semble épargné par la tentation que les artistes ont parfois, à l’orée de leur carrière, d’appuyer une originalité un peu narcissique, James Martin Bartlett, sur la scène de l’Espace Bellevue le lendemain matin, n’hésite pas à colorer les pièces qu’il défend d’une sentimentalité personnelle. Les deux transcriptions de chorals de Bach, Ich ruf zu dir BWV 639 et Herz und Mund BWV 147 en ouverture ne s’interdisent pas la lenteur d’un tempo soulignant une intériorité douloureuse. Après la Douzième Sonate de Mozart, les Myrthen opus 25 de Schumann et le Widmung arrangé par Liszt constituent une tribune de choix pour ce jeu à la sensibilité extériorisée, que ne démentiront ni le Sonnet 104 de Pétrarque, extrait des Années de pèlerinage de Liszt, ni le glas lancinant de L’amour et la mort des Goyescas de Granados. La Liebestod de Tristan und Isolde, également paraphrasée par Liszt, ondoie avec un sens de l’effet d’exaltation, quand la très resserrée Quatrième Sonate de Scriabine referme le récital sur une virtuosité d’abord physique.

Gilles Charlassier

Biarritz Piano Festival, concerts des 6 et 7 août 2019

©Nuron Mukumi

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Gilles Charlassier

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