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Benjamin Lévy nous parle du concert du Nouvel An de l’Orchestre de Cannes

Benjamin Lévy nous parle du concert du Nouvel An de l’Orchestre de Cannes

28 décembre 2021 | PAR Yaël Hirsch

« Le temps passe, mais certaines choses restent » dit Benjamin Levy dans son invitation à entendre et à danser le concert du Nouvel An au Palais des Festivals, à Cannes, le 2 janvier prochain. Alors qu’il s’apprête à diriger l’Orchestre de Cannes avec l’hymne Freuet euch des LebensRéjouissez-vous de la vie ») en leitmotiv, il nous parle de cette tradition festive et vivante qu’est le concert du Nouvel An.

Pouvez-vous nous parler de la tradition du concert du Nouvel An ? D’où vient-elle ?

C’est une tradition qui vient de l’Orchestre philharmonique de Vienne, et qui est née en 1939, juste après l’Anschluss, dans une Autriche nazie. Les deux premiers concerts du Nouvel An étaient dirigés par Clemens Krauss et proposaient un programme d’hommage aux soldats et de soutien à la guerre, mais paradoxalement également un programme où les Strauss étaient joués (Johann Strauss, Johann Strauss II, Josef Strauss et Eduard Strauss) alors que le grand-père de Johann Strauss père était juif-hongrois, fait qui sera dissimulé par les nazis. C’était un programme festif. Or toutes les musiques que l’on considère comme festives sont des musiques de danse. D’où, notamment, les valses ! Depuis, chaque 30, 31 décembre et 1er janvier, le Philharmonique de Vienne joue ce concert du Nouvel An dans la salle dorée du Musikverein de Vienne, le concert du 1er janvier étant diffusé dans le monde entier et touchant 50 millions d’auditeurs, avec des airs célébres attendus comme Le Beau Danube bleu et La Marche de Radetzky.

De quand date la tradition à Cannes ?

Cela existe depuis longtemps, la tradition était installée quand je suis arrivé. Et, par rapport à Vienne, nous avons nos propres traditions : par exemple, nous ne jouons pas en bis La Marche de Radetzky, mais plutôt un bis en lien avec la Méditerranée à côté de laquelle on vit à Cannes.

Quel sera le programme, cette année ?

L’an dernier nous avons proposé un programme où chaque musicien et chaque membre de l’administration volontaire avaient choisi des pièces et des musiques de leur région ou de leur pays d’origine. Nous avons ainsi joué une pièce bretonne, un morceau de Jean Françaix, qui était du Mans, des pièces coréennes, japonaises, bulgares, espagnoles… L’idée m’était venue alors que je faisais partie d’un jury de concours de direction à Sofia où l’une des pièces m’avait marqué. Il s’agissait de Rachenitsa de Petko Stainov. Et quand je suis revenu à Cannes, notre alto co-solo, qui est d’origine bulgare, m’a expliqué que c’était un tube joué chaque année au Nouvel An. J’ai eu envie de le mettre au programme du concert du Nouvel An et d’étendre le concept. Ce qui nous a permis de réaliser que le sens de la musique festive et de célébration est différent d’un pays à l’autre. Au Japon, par exemple, on joue au Nouvel An une pièce pour flûte et harpe très méditative : La mer du printemps.

Et cette année, la thématique est la danse, et j’ai choisi une suite de valses de Johann Strauss dont le titre me semble répondre tout à fait à la préoccupation du moment puisqu’elle s’appelle Freuet euch des Lebens, « Réjouissez-vous de la vie ». Le programme est varié, avec des pièces de Johann Strauss mais aussi de la musique française, avec le ballet de La Vie parisienne d’Offenbach, la « Danse slave » de Chabrier, extrait de l’opéra Le Roi malgré lui, ou encore « Prélude et Mazurka », extrait du ballet Coppélia de Delibes. Et également des extraits d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski, deux pièces de Khachatourian, et nous allons rejouer Rachenitsa, car l’an dernier le concert a eu lieu sans la présence du public dans la salle. Un jour, j’aimerais beaucoup proposer un concert du Nouvel An dansé, un bal. Ma sœur est chorégraphe et a participé une année au bal moderne du Théâtre de Chaillot, où des chorégraphes montraient des mouvements au public qui dansait. J’aimerais beaucoup que nous fassions la même chose à Cannes avec l’Orchestre qui joue en live.

Quels sont les concerts importants à réserver à l’Orchestre de Cannes début 2022 ?

Alors qu’en 2021 nous avons célébré le centenaire de sa mort, nous proposons un dernier concert d’hommage à Camille Saint-Saëns le 16 janvier à 17 heures, salle Debussy. C’est François-Frédéric Guy qui interprétera le Concerto pour piano n° 5 dit « l’Égyptien », il y aura « la grande » symphonie de Schubert (n° 9) et, avant Saint-Saëns, nous jouerons une suite de ballets de Rameau tirés de grands opéras. Parce qu’il est un grand « redécouvreur » de Rameau, notamment après avoir participé à l’édition de ses œuvres avec plusieurs grands compositeurs de son temps comme Paul Dukas.

Le 20 février, je suis très heureux que le chef et compositeur Michel Tabachnik vienne diriger les jeunes musiciens de l’académie Sympho New avec une de ses dernières créations : Genèse.

Et le 5 mars, je reçois avec joie la soprano Véronique Gens pour un programme d’hommage à la Mer qu’elle a découverte chez sa tante à Cannes, avec Le Poème de l’Amour et de la Mer de Chausson, La Mer de Debussy, et Une barque sur l’océan de Ravel. Un programme bleu et une invitation au voyage…

Pour entendre Benjamin Lévy parler de Saint-Saëns à Laure Mézan sur Radio Classique, c’est ici.

Pour réserver le concert du Nouvel An à 17 heures dans la salle Debussy du Palais des Festivals à Cannes, c’est là.

visuel © Yannick Perrin/Orchestre de Cannes

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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