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Beatrice Rana à la Philharmonie de Paris : Un époustouflant récital de piano

Beatrice Rana à la Philharmonie de Paris : Un époustouflant récital de piano

14 octobre 2021 | PAR Jean-Marie Chamouard

Le 11 Octobre 2021 la pianiste Beatrice Rana est l’invitée de la Cité de la musique, à la Philharmonie de Paris. Le programme du concert comprend les quatre Scherzos de Frédéric Chopin, les études de Claude Debussy et les trois mouvements de Pétrouchka d’Igor Stravinski.

Quel talent ! Un talent honoré ce soir par une salle comble, totalement attentive. La pianiste italienne Beatrice Rana, 28 ans, est née à Copertino dans les Pouilles. Elle a commencé le piano à quatre ans, étudiant au conservatoire de Copertino puis à Hanovre et à Rome. Elle a remporté le concours musical international de Montréal en 2011. Depuis son enregistrement en 2017 des variations Goldberg elle mène depuis une carrière internationale. Son jeu pianistique est très impressionnant, très émouvant : vélocité et douceur du toucher, virtuosité et sensibilité se conjuguent pour le plus grand plaisir de l’auditeur.

Les Scherzos de Chopin : une œuvre majeure du répertoire pianistique

Le concert débute par les quatre scherzos de Frédéric Chopin (1810-1848). Le mot scherzo signifie plaisanterie en italien. Le compositeur l’a transfiguré : d’un mouvement rapide, interne de la sonate, il devient une œuvre romantique, de forte intensité dramatique. . Deux accords inaugurent le premier scherzo avant un galop fougueux, interrompu par une partie lente mélodieuse. La virtuosité de la pianiste éclate d’emblée aux yeux du public. Le deuxième scherzo débute de manière très originale par de légers triolets alternant avec des accords puissants. La mélodie est douce, mélancolique, interrogative. La sensibilité, la subtilité du toucher de la pianiste sont très émouvantes. Le troisième scherzo est rythmé, heurté, traversé d’accords puissants et de staccatos. L’ambiance reste dramatique alors que le dernier scherzo, le seul en mode majeur, est plus joyeux, paisible parfois avant une fin spectaculaire.

Au-delà de l’étude

Les études sont une œuvre tardive de Claude Debussy. Elles ont été écrites en 1915 et sont dédiées à Frédéric Chopin. Le compositeur est alors malade, très affecté par le décès de sa mère et par la guerre. Dans un élan patriotique, il souhaite par ses études contribuer au rayonnement de l’école française de musique, en rivalité avec son homologue allemande. Leur nom : cinq doigts, tierce, quarte, sixte, octave, huit doigts évoquent le solfège mais elles dépassent la simple technique par leur grande musicalité. Leur aspect visionnaire inspirera Pierre Boulez et Olivier Messian. Beatrice Rana interprète le premier livre : il s’agit de six études toutes très différentes. La première avec sa gamme en do majeur et ses piqués sont un clin d’œil malicieux à Czerny. Les suivantes conduisent l’auditeur vers un paysage sonore varié : comme auprès d’une rivière calme puis impétueuse, dans une douceur orientale, dans un lieu intime et mystérieux, à l’écoute d’un bourdon dans la sixième étude « les huit doigts ».C’est une œuvre originale et captivante.

Petrouchka : une musique très expressive

Igor Stravinski enfin. Son ballet Pétrouchka composé en 1910-1911 est une œuvre de rupture dans l’histoire de la musique. La transcription pour piano a été écrite en 1921 par le compositeur à la demande d’Arthur Rubinstein. Les trois mouvements : danse russe, chez Petrouchka, la fête de la semaine grasse sont comme des tableaux successifs. Cette musique est spectaculaire. Le piano se fait orchestre, Igor Stravinski a presque réalisé un poème symphonique pour piano. La danse russe est célèbre, la musique est joyeuse, entrainante, rythmée puis elle se fait plus mélancolique chez Petrouchka. On y reconnait les pitreries tristes du pantin. Le troisième mouvement est puissant, martelé, la fête bat son plein et la performance pianistique est vraiment époustouflante.
Nous avons assisté ce soir à un concert enthousiasmant, par le programme original et diversifié  par l’intensité, la qualité du jeu de Beatrice Rana.

 

visuel (c) Laetitia Larralde pour TLC

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