Classique

Barenboim Beethoven – Intégrale des sonates à la Philharmonie de Paris

Barenboim Beethoven – Intégrale des sonates à la Philharmonie de Paris

07 janvier 2019 | PAR Antoine Couder

Premier concert dimanche après-midi avec les sonates n°1 en fa mineur, n°18 en mi bémol majeur et n°29 en si bémol majeur « Hammerklavier ».

Une soirée Strepsils. Daniel Barenboim promène son Beethoven depuis toujours et le 250ème anniversaire de la mort du compositeur est une nouvelle occasion de jouer l’intégrale des sonates, toute l’année et jusqu’en 2020 entre Paris, Berlin et Vienne. Il démarra donc benoîtement ce dimanche avec cette très fraîche sonate n°1 qu’il caresse gentiment dans le sens du poil mozartien tout en restant concis, attentif à l’élévation et l’originalité qu’elle propose d’emblée. Premier mouvement passé, c’est tout une salle qui se met à tousser et la chose amuse suffisamment l’interprète pour qu’il se tourne vers le public mouchoir sur la bouche pour faire comprendre que lui aussi … Ce soir, on se lèvera tous pour Strepsils.

Une vraie rupture. La seconde sonate est de loin la plus intéressante et l’on peut par exemple gager que l’introduction du premier mouvement (formidable) aurait amusé un Thelonious Monk. La suite est à la hauteur de cette introduction, toujours originale, sautillant entre lyrisme et juxtapositions inattendues pour un ensemble entraînant plein de jeux et de surprises harmoniques. Certains y ont vu une vraie rupture, « l’anéantissement de tout ce qui a été écrit auparavant » (Josephine Von Brunsvik). Beethoven a choisi de foncer et se saisit du genre sonate dans une passion disruptive alors qu’il prend conscience de l’irréversibilité de sa surdité.

Une leçon de piano. Après l’entracte, Barenboim s’attaque à la sonate Hammerklavier, celle qui a quasiment été écrite pour « donner de la besogne aux pianistes» comme disait le compositeur. Plutôt que de s’agiter sur l’œuvre qui semble lancer comme un bolide sur une falaise à pic, Barenboim cherche à l’accompagner, comme un promeneur décide d’aller faire courir son chien, lui laissant toute liberté de s’ébrouer en restant en retrait, s’occupant surtout d’éviter les débordements. Une façon assez beethovenienne de se préparer au grand final, Largo, qui tape partout où l’inspiration se cristallise et compose une page haute en couleur qui demeure comme nous le rappelle Angèle Leroy, « le mètre étalon de la sonate pour piano ».

Visuel : ©Peter Adamik

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », une autofiction portée par l’histoire de la musique enregistrée qui a été sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il écrit actuellement une fiction anthropologique se déroulant entre l’Allemagne, la Suisse et la France.

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