Classique
Aux Invalides, Rémi Géniet et l’Orchestre de chambre de Toulouse magistraux

Aux Invalides, Rémi Géniet et l’Orchestre de chambre de Toulouse magistraux

24 février 2019 | PAR Alexis Duval

Le pianiste et la phalange occitane ont brillé dans un programme Mozart-Grieg. Classique mais exécuté à la perfection.

“Monsieur, Madame, vous venez pour le concert ? C’est ici.” Alors qu’on empruntait le chemin de Saint-Louis-des-Invalides, jeudi 21 février, à Paris, un des membres du personnel du Musée de l’armée indique que la soirée allait finalement se dérouler non pas sous les dorures de la cathédrale, mais dans la salle Turenne. Le sentiment de déception, dû notamment au fait qu’on se réjouissait du faste des lieux, a été de courte durée. Paré de fresques murales, l’endroit, qui servait à l’origine de réfectoire, s’est révélé être l’écrin parfait d’une soirée aussi belle qu’inattendue.

Le programme n’avait en effet rien de follement original : la Symphonie n°36 (Linz) de Wolfgang Amadeus Mozart et le Concerto pour piano et orchestre d’Edvard Grieg, adaptés pour les onze cordes de l’Orchestre de chambre de Toulouse. Mais la juxtaposition des deux compositions était finalement une idée astucieuse. Le concert s’est ouvert sur une oeuvre de commande écrite en seulement quatre jours. Le génie de Salzbourg, tout jeune marié, séjournait à Linz, actuellement situé en Haute-Autriche. Derrière le caractère sautillant d’une bonne partie des quatre mouvements se dessine un ton élégiaque. Un sentiment que vient renforcer le contexte tragique dans lequel elle a été écrite : Mozart et son épouse Constance Weber venaient tout juste d’apprendre la mort de leur premier enfant.

Sourires complices

Adaptée pour cordes, la Symphonie n°36 ne perd rien de son sens. Bien au contraire. L’Orchestre de chambre de Toulouse s’en est emparé avec un entrain et une joie contagieux. En témoignent les échanges complices de sourires entre ses membres pendant qu’ils jouaient. Une exécution irréprochable tant la brillance et l’éclat de la partition ont été sublimés. A la baguette, l’énergique Gilles Colliard a mené la phalange en bondissant sur un tempo ni trop vif ni trop lent.

Et quel excellent choix que d’enchaîner avec le Concerto pour piano et orchestre du Norvégien Edvard Grieg. Le déchaînement de passion amoureuse que dévoile la partition, écrite alors que le compositeur avait 25 ans, en fait une des compositions les plus célèbres du répertoire pour piano. Et là encore, le fait que ce soit une formation de musique de chambre qui l’interprète, et non un orchestre complet, n’enlève rien. Mieux, on en vient à (re)découvrir la quintessence de l’oeuvre. Au piano, Rémi Géniet, 27 ans, cheveux bruns en bataille et visage poupon, s’est montré brillant. Venu pour un concert, le public a eu le droit à un spectacle total. Car l’écouter, c’était aussi observer son dévouement à son art. Quel talent ! Quelle habileté ! Qu’importe les deux ou trois atterrissages tumultueux d’accords au piano. La soirée laissera le souvenir durable d’avoir assisté à un grand moment de musique. 

Crédit photo : AD

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Alexis Duval

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