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Aujourd’hui musiques, portes ouvertes sur la création musicale et visuelle à Perpignan

Aujourd’hui musiques, portes ouvertes sur la création musicale et visuelle à Perpignan

24 novembre 2019 | PAR Gilles Charlassier

En contrepoint et autour des spectacles payants proposés en soirée, le festival Aujourd’hui musiques à Perpignan investit les espaces du Théâtre de l’Archipel pour des déambulations autour d’installations ou de performances en accès libre.

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Ouvrir la création musicale et visuelle à toutes les audiences ne se joue pas seulement sur le contenu de la programmation, mais aussi sur la diversité des lieux et des formats de performances. A cet égard, les installations qui investissent les espaces du Théâtre de l’Archipel tout au long du festival Aujourd’hui musiques illustrent cet ancrage dans une réalité contemporaine qu’elle interroge de manière poétique. Dans la Vitrine du Carré, immédiatement après avoir passé les portes du théâtre, le spectateur est accueilli par des figurines connectées en fil de fer sculptées par Claudine Meyer. Conçu par Erik Lorré, Procession silencieuse, le dispositif de dialogue des silhouettes avec leur environnement est traduit en sons grâce à un algorithme développé par Florent Colautti. Les murmures numériques s’animent ou se suspendent au gré des allées et venues du public, dans un langage que l’on peut essayer d’interpréter, sans pour autant être certain de sa signification, dans une position assez voisine de celle que peuvent vivre les autistes. Au sommet du bâtiment, à l’Espace panoramique, c’est un atelier ludique de Light painting sonore imaginé par Erik Lorré qui permet d’associer des pulsations auditives à des graffitis lumineux avec des bombes à projections fluorescentes au gré de la fantaisie de chacun.

Retour au rez-de-chaussée avec un ensemble de quatre installations dans le Studio. Florent Colautti en a élaboré deux autour de l’impact de l’homme sur son environnement. Dans une scénographie épurée d’Erik Lorré plongée dans la pénombre – comme l’ensemble de la salle – Je brûle… et elle s’inclina de quelques degrés transforme les frémissements de l’air plus ou moins marqués autour de la flamme d’un bougie en bulles dans un tube d’eau, donnant à voir les influences du moindre souffle sur le monde alentour, tandis que La turbulence du papillon invite à une autre expérience sensible et interactive de la fragilité écologique, avec des ballons en suspension et sensibles à la chaleur et aux mouvements des visiteurs. Elaboré par Vincent Martial, Floating square fait vibrer des cordes à partir de flux d’air comprimé, distillant des micro-harmonies mystérieuses, avec une traduction vidéo réglée par Clémentine Poquet. Sur une composition sonore de Florent Colautti, La ligne latérale de l’archictecte Jérémy Galvan et du développeur informatique Emilien Ghomi immerge le spectateur dans une nuit de scintillements et de cliquetis, aussi évocatrice qu’onirique.

Les rendez-vous ouverts à tous, ce sont également les concerts de première partie de soirée, d’une demi-heure, dans le hall. Dimanche 17, Florent Colautti offre une performance d’e-string, instrument hybride entre électronique et acoustique avec ses six archets magnétiques pilotés depuis l’ordination qu’il a lui même construit, et qui vaut plus par le défi de lutherie que pour une matière sonore dans la continuité des explorations de la musique contemporaine depuis plusieurs décennies. La proposition de Philippe Santos, deux jours plus tard, avec des extraits de Nebula, écrit en 2017, avant, jeudi, la création de Terminal radieux, déploie des séductions psychédéliques et hypnotiques parfaitement maîtrisées, tant du point de vue de la pulsation, que de celui de l’évolution de la texture musicale. Sans compromis sur l’invention, Aujourd’hui musiques met la création à la portée de tous.

Gilles Charlassier

Festival Aujourd’hui musiques, Perpignan, Théâtre de l’Archipel, novembre 2019

©Festival Aujourd’hui musiques

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