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Ambroisine Bré sort son premier récital au disque : Psyché un opéra imaginaire conté par Gérard Depardieu

Ambroisine Bré sort son premier récital au disque : Psyché un opéra imaginaire conté par Gérard Depardieu

14 février 2022 | PAR La Rédaction

Ambitieux et inattendu, le premier récital CD d’Ambroisine Bré, qu’elle a conçu comme un opéra imaginaire dont le cœur est le mythe de Psyché. La jeune mezzo soprano française tente un pari risqué qu’elle réussit haut la main grâce à un travail acharné et à la réunion de jeunes artistes talentueux, comme le ténor Julien Dran ou encore le quatuor Hanson, auxquels s’est associé le grand comédien Gérard Depardieu.

Par Hélène Biard.

Très tôt reconnue comme une artiste de talent, Ambroisine Bré a eu un début de carrière fulgurant. Si la jeune femme a déjà participé à des enregistrements d’opéras (par exemple Alceste ou Isis de Jean Baptiste Lully (1632-1687) avec Les Talens lyriques et Christophe Rousset) et d’oratorio (Messe en ut mineur de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) avec Marc Minkowski, Dies Irae de Lully avec Stéphane Fuget), elle a mûri au cours des deux dernières années un projet ambitieux et haut en couleurs.

Pour son premier récital solo intitulé « Psyché », la chanteuse a frappé un grand coup ; si nous ne sommes pas surpris de voir le ténor Julien Dran et, entre autres musiciens, le quatuor Hanson parmi les artistes invités, c’est le nom de Gérard Depardieu qui nous interpelle. En acceptant de participer à ce beau projet, le grand comédien a donné un beau et grand signe de confiance à cette jeune et prometteuse artiste qu’est Ambroisine Bré. Gérard Depardieu murmure « La Beauté », le poème de Charles Baudelaire (1821-1867) d’une voix suave et sensuelle qui nous fait entrer dans un univers trouble et étrange. Avec ce poème, le mythe de Psyché autour duquel évolue l’« opéra » imaginé par la chanteuse, est introduit de la plus belle des manières par Depardieu.

Ambroisine Bré interprète les mélodies accompagnées par le pianiste Ismaël Margain avec une belle assurance ; les nuances et les tempos sont quasi parfaits, la voix parfaitement maîtrisée assume une tessiture large et idéale pour les œuvres choisies. Que ce soit la « Psyché » d’Émile Paladhile (1844-1926) ou encore le « Reflets» de Lili Boulanger (1893-1918), rien ne manque à ces mélodies ainsi ressorties des placards grâce à la parution de ce CD. Le duo d’amour « Nuit d’ivresse et d’extase infinie » extrait de l’opéra Les Troyens d’Hector Berlioz (1803-1869) est accompagné par le jeune et beau quatuor Hanson ; les voix d’Ambroisine Bré et de Julien Dran s’entremêlent avec une sensualité plaisante. Le ténor, dont la voix charnue, chaude, parfaitement maîtrisée claque dans le studio tel un fouet, est un Enée tendre, séducteur, amoureux qui entoure Didon d’une enveloppe d’amour chaud et sécurisant. Guide sécurisant et attentif, Depardieu chuchote de temps à autre « Éveille-toi, Psyché », récitant tout au long du disque le poème qui servit à Manuel de Falla (1876-1946) pour composer sa « Psyché » ; Ambroisine Bré en donne, elle, une lecture émouvante et toute simple. La seule pièce instrumentale du CD est « L’isle joyeuse » de Claude Debussy (1862-1918) ; Ismaël Margain, tout juste trentenaire, donne à cette très belle pièce de Debussy une énergie peu commune. Nous apprécions la technique impeccable du jeune homme qui booste le chef-d’œuvre de Debussy ; si Margain accompagnateur est très attentif à sa complice et veille à mettre la voix de Bré en valeur sans jamais la couvrir, en tant que soliste il se met totalement au service de la musique qu’il interprète. La harpiste Anaïs Gaudemard et la flûtiste Mathilde Caldenni interprètent l’introduction de « Assis’a piè d’un salice » avec une belle sobriété ; nous apprécions la complicité qui unit les trois artistes et dont le travail en amont est très intense et sans faiblesse. Quant à Ambroisine Bré, elle interprète cette prière, extraite de l’Otello de Gioachino Rossini (1792-1868), avec un bel aplomb. Les nuances et les tempos adoptés sont quasi parfaits ; et la voix de Bré correspond bien au rôle de Desdémone que nous espérons la voir interpréter un jour sur scène.

Ce premier récital au disque d’Ambroisine Bré est une très belle réussite. La présence de Gérard Depardieu est d’autant plus remarquable que ses récitations chuchotées comme autant de berceuses mettent une ambiance feutrée qui correspond bien à cet opéra imaginaire. De plus, la jeune femme a su s’entourer d’artistes jeunes et talentueux avec qui elle a beaucoup et bien travaillé en amont de l’enregistrement. Enfin, on apprécie l’important travail de recherche mené par l’artiste qui a ressorti des placards des œuvres parfois oubliées de longue date comme la Psyché d’Émile Paladhile ou encore « La capinera » de Julius Benedict (1804-1885) qui clôt le disque.

Psyché, Ambroisine Bré, 1 CD 440Hz / Lyrides. Durée : 1h14.

Charles Baudelaire (1821-1867) : La beauté ; André Caplet (1878-1925) : Viens ! Une flûte invisible soupire ; Emile Paladilhe (1844-1926) : Psyché ; Claude Debussy (1862-1918) : L’isle joyeuse ; Lili Boulanger (1893-1918) : Reflets ; Guillaume Lekeu (1870-1894) : Nocturne ; Hector Berlioz (1803-1869) : Nuit d’ivresse et d’extase infinie ; Gabriel Fauré (1845-1924) : Le papillon et la fleur ; Charles Gounod (1818-1893) : Le soir ; Ambroise Thomas (1811-1896) : Sommeil, sommeil, ami des dieux ; Franz Liszt (1811-1886) : Ernest Chausson (1855-1899) : Chanson Perpétuelle ; Georges Bizet (1838-1875) : Adieux de l’hôtesse arabe ; Henri Duparc (1848-1933) : Chanson triste ; Gioachino Rossini (1792-1868) : Assis’a piè d’un salice ; manuel de Falla (1876-1946) : Psyché ; Reynaldo Hahn (1874-1947) : A Chloris ; Julius Benedict (1804-1885) : La capinera. Ambroisine Bré, mezzo soprano ; Julien Dran, ténor ; Gérard Depardieu, récitant ; Ismaël Margain, piano ; Mathilde Calderini, flûte ; Anaïs Gaudemard, harpe ; Quatuor Hanson (Anton Hanson, Gabrielle Lafait violon ; Jules Dussap, alto ; Simon Dechambre, violoncelle). 1 CD. (P)*(C) 2021 Ambroisine Bré.

Visuel : pochette de l’album

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