Classique
Alexei Volodine à la salle Pleyel : Numéro d’équilibriste et grand écart musical

Alexei Volodine à la salle Pleyel : Numéro d’équilibriste et grand écart musical

28 janvier 2014 | PAR Céline Duverne

Hier soir, le pianiste russe Alexei Volodine a proposé au public de la salle Pleyel un programme hétéroclite pour un concert sans fausse note : les magistrales Variations Goldberg de Bach ont précédé, en seconde partie, les Miroirs de Ravel et les non moins illustres Andante Spianato et Grande polonaise de Chopin. Un pari audacieux pour une performance d’équilibriste. [rating=4]

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Ancien élève d’Elisso Virssaladzé au Conservatoire de Moscou, révélé en 2003 par le concours Geza Anda, Alexei Volodine s’est imposé comme l’un des pianistes les plus prometteurs de sa génération. Unanimement salué pour son époustouflante maîtrise technique, le jeune prodige s’est hier soir illustré dans des pièces d’une grande complexité.

La performance débute sur les chapeaux de roue avec quarante-cinq minutes de Variations Goldberg. Alexei Volodine parvient à insuffler à chaque note une énergie particulière ; le geste vient à l’appui du son pour donner corps à la musique, rompant avec l’imagerie guindée, désincarnée, hâtivement associée à la musique savante. Une interprétation saisissante et envoûtante, à laquelle – seul bémol – on objectera peut-être des allures un peu trop martiales, auxquelles se prête volontiers cette œuvre-maîtresse du répertoire de Bach, et que Glenn Gould lui-même n’eût sans doute pas désavouées.

L’entracte marque un changement de cap : nous voici propulsés deux siècles en avant, dans l’imaginaire romantico-symboliste cher à notre artiste. Alexei Volodine captive son auditoire par une interprétation tout en souplesse où, du murmure à la clameur, les mille et une nuances des cinq pièces de Ravel éclatent au grand jour avec grâce et virtuosité, comme autant de reflets dans le miroir.

La soirée va crescendo et se clôt en apothéose par l’Andante Spianato et la Grande polonaise. Fortement plébiscité du grand public et, à ce titre, boudé de l’intelligentsia musicale, Chopin se voit rarement paré de si belles couleurs. D’aucuns objecteront peut-être à l’interprète sa vitesse d’exécution, certes bien éloignée de l’ampleur dramatique d’un Rubinstein, mais les variations rythmiques apportées par Volodine sont autant de respirations constitutives de l’élan romantique ; elles éclairent les nuances de chaque motif en apportant une énergie nouvelle à ces deux pièces de renom.

Pari risqué, mais pari tenu : Alexei Volodine se tire avec brio de ce grand écart musical. Le jeune prodige russe fait honneur à l’éclectisme en proposant, à l’encontre de l’unité thématique et stylistique habituellement recherchée, une performance où seul le dénominateur commun de la virtuosité technique semble relier les deux parties du programme. Le public ne boude pas son plaisir et c’est le cœur allegro qu’il quitte la majestueuse salle Pleyel.

(Valse op. 64 n°2 de Chopin, interprétée en bis)

Visuels : © Site officiel d’Alexei Volodine.

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Céline Duverne

2 thoughts on “Alexei Volodine à la salle Pleyel : Numéro d’équilibriste et grand écart musical”

Commentaire(s)

  • Pour un premier concert de piano depuis plus de 30 ans, ce fut un vrai plaisir.!

    janvier 29, 2014 at 22 h 36 min
  • kristop

    Effectivement, une prestation époustouflante, et une vision originale des oeuvres. En même temps, avec le recul, il y a un peu une « recette » dans ce jeu, les plans sonores ressortent incroyablement, certes, mais avec un peu toujours cette manière de gommer le son sur un des plans… Comme une photo où on aurait poussé le contraste trop fort (c’est valable aussi pour les tempi). Pour moi, il y a vraiment une place dans la musique pour les artistes avec une vision un peu décalée, heureusement que tout le monde ne joue pas pareil, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’un tel pianiste sera totalement extraordinaire le jour où il jouera un peu moins selon sa vision et un peu plus selon celle du compositeur.
    ps: quelqu’un sait quels étaient les bis ?

    février 1, 2014 at 16 h 56 min

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