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Alessandro Di Profio : « Concerts d’automne a une identité, l’échange et la liberté d’interpréter »

Alessandro Di Profio : « Concerts d’automne a une identité, l’échange et la liberté d’interpréter »

08 octobre 2022 | PAR Adam Defalvard

Alors que l’édition 2022 de Concerts d’automne débute le vendredi 7 octobre et propose deux week-ends de musique, le directeur artistique du festival Alessandro di Profio nous parle d’une programmation qui fait le pont entre les époques et les traditions musicales. 

 

La musique baroque est-elle à nouveau à la mode? 

Le mot mode a une petite connotation négative. Néanmoins, lorsque l’on regarde la programmation des grands festivals en France et en Europe, comme Aix ou Salzbourg, le baroque prend une place de plus en plus importante. Or, ceux que nous appelions « les baroqueux » n’ont aujourd’hui plus rien à voir avec ceux d’il y a 20 ans. Il y a beaucoup plus d’échanges avec les genres musicaux. On ne parle plus de musique ancienne d’ailleurs aujourd’hui, on parle d’interprétation historiquement informée. L’attention s’est déplacée du répertoire à la façon de l’aborder. 

Concerts d’automne créé même des passerelles entre création contemporaine et baroque… 

Oui, c’est pour cela que nous avons invité Thomas Enhco et Vassilena Serafimova qui travaillent tous les deux autour de Bach. Ils incarnent vraiment cette nouvelle génération qui ne s’interdit rien et se permet de reprendre un compositeur célèbre et de l’aborder différemment, notamment avec de l’improvisation. Ils nous rappellent que l’improvisation est l’âme de la musique baroque.  Monteverdi est un bon exemple, c’est une musique qui marche par codes que les musiciens connaissent très bien et savent lesquels ils peuvent jouer. 

L’ensemble Jacques Moderne dirigé par Joël Suhubiette fait également des passerelles puisqu’il convoque un compositeur de jazz: David Chevallier qui va revisiter Claude Le Jeune et compte même jouer un morceau à la guitare électrique. Nous encourageons une démarche créative: celle de la liberté dans l’interprétation.

Il y a deux week-ends pour ce festival et semble-t-il deux thématiques qui se rapportent aux nations et à la méditerranée….

Nous nous interdisons de nous limiter à une thématique et de nous arrêter dessus. En un temps où beaucoup de festivals ferment, notre priorité est de proposer une programmation variée. Or s’imposer une thématique c’est s’ajouter une contrainte qui pourrait restreindre le choix pour le public. En revanche, Concerts d’automne a une identité : il s’agit de l’échange et de la liberté. Toujours dans cette même idée de liberté, on a Amore Siciliano, qui est un opéra réinventé.  Et dans le cadre de la saison France-Portugal, nous recevons un ensemble de Lisbonne pour un concert portugais. Finalement, oui, il y a bien cette idée des nations dans nos Concerts d’automne…

Sur un autre sujet, comment travaillez- vous avec le conservatoire Poulenc ? 

Je pense que nous sommes le premier festival à avoir frappé à la porte de ce conservatoire. Nous nous associons de différentes façons : avec des master class, des rencontres entre les musiciens et les élèves… Nous avons eu l’idée de demander aux jeunes talents de nous faire un concert. Il s’agissait de l’organiser dans les conditions d’un concert professionnel. Depuis quelques années, nous avons ajouté la difficulté supplémentaire de jouer le même programme deux fois. Ce concert du conservatoire fait toujours écho à la programmation du festival. Les professeurs du conservatoire construisent le programme avec nous. Cette année, il y aura un double concerto de Bach. 

Comment le festival renouvelle-t-il les publics ?

Le festival grandit. Nous rencontrons les scolaires et pour aller chercher un public qui s’auto-censure et ne vient pas au concert, nous avons inventé cette année un programme que l’on appelle Tutti. Le nom fait référence à un procédé de musique baroque, quand tous les instruments jouent ensemble. Nous allons jouer dans les prisons, dans les EHPAD et avons aussi impliqué des grandes structures de la santé, par exemple la ligue contre le cancer et aussi le centre de recherche sur l’autisme. Nous nous produisons aussi dans les écoles, dans les lycées techniques. Nous avons par exemple organisé un travail autour des métiers de la musique, comme les régisseurs lumière. Les élèves sont vraiment passionnés. Nous avons organisé une visite à l’atelier Bergerault, qui fabrique des instruments et cela a suscité beaucoup d’enthousiasme auprès des élèves. Il faut savoir que ce versant moins connu du festival s’étend dans la durée et fonctionne toute l’année. 

Quelle est la cerise sur le gâteau en 2022 ? 

Cette année, le pâtissier Nicolas Léger a conçu un gâteau qui s’appelle “Le concert d’automne”, il est disponible pendant le festival. Les bénéfices de la vente seront redistribués à la ligue contre le cancer. Ce même pâtissier a aussi confectionné quatre chocolats, “Les concerts d’automne”. C’est vraiment délicieux et le public en redemande!

Visuel (c) DR

 

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