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A la Philharmonie, Nézet-Séguin, Grimaud et le Philadelphia Orchestra transcendent le romantisme

A la Philharmonie, Nézet-Séguin, Grimaud et le Philadelphia Orchestra transcendent le romantisme

28 mai 2018 | PAR Alexis Duval

Le chef canadien, la pianiste et la formation américaine ont fait des merveilles, samedi 26 mai, avec un programme Brahms-Schumann-Strauss, le temps d’un concert placé sous de mauvais augures.

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La soirée était plutôt mal engagée. A peine arrivé devant les portes de la Philharmonie de Paris, samedi 26 mai, que des fouilles inhabituellement minutieuses accueillaient les quelques 2400 mélomanes venus écouter le Philadelphia Orchestra accompagné d’Hélène Grimaud. Une personnalité de haut rang parmi les spectateurs ? Une star du piano sous haute protection ? Rien de cela. Le président de la salle de concert, Laurent Bayle, s’est fendu un discours liminaire qui a éclairé le public surpris de ce déploiement sécuritaire. “Nous respectons la liberté d’expression et la protestation pacifique, mais par respect pour la musique, nous avons décidé que le concert serait interrompu à la moindre perturbation et qu’il reprendrait une fois le calme revenu”, a-t-il asséné.

Laurent Bayle faisait référence aux incidents qui ont émaillé plusieurs dates de la tournée européenne et proche-orientale du Philadelphia Orchestra. Jeudi 24, au Bozar de Bruxelles, deux militantes ont ainsi crié “Créer la Palestine” en agitant des banderoles pendant plusieurs minutes appelant au boycott culturel de l’Etat d’Israël. Une réaction à la présence de la formation américaine à Tel Aviv le 5 juin.

Le malaise des organisateurs était donc palpable, samedi 26 mai. Celui des spectateurs aussi. Quand la politique s’invite de cette manière dans la musique classique, que ce soit du côté des manifestants plus ou moins virulents que des organisateurs communiquant leurs craintes quant au moindre débordement, le préjudice est grand pour les musiciens comme le spectateur, éponge émotionnelle prise en étau entre deux camps et qui s’attend avec angoisse à que ce qui est censé être un moment de grâce soit interrompu.

Partition éclatante et passionnée de Johannes Brahms

Quel dommage… Car du pur point de vue musical – c’était quand même pour cela que 2400 personnes s’étaient déplacées -, il n’y avait absolument rien à reprocher au concert. En ouvrant la soirée avec le Concerto pour piano n°1 de Johannes Brahms, le Philadelphia Orchestra a opté pour une pièce maîtresse du répertoire romantique. Yannick Nézet-Séguin à la baguette, Hélène Grimaud au piano : le moment ne pouvait être mieux choisi. Amis dans la vie, le chef canadien et la pianiste française ont honoré le compositeur allemand en interprétant merveilleusement une oeuvre copieusement sifflée lors de sa création en 1859 à Hanovre. Hélène Grimaud, qui a enregistré en 2013 une version du concerto avec le Wiener Philharmoniker, a fait sienne la partition éclatante, passionnée et tourmentée, déclaration d’amour à Clara Schumann.

Mais c’est avec la Symphonie n°4 de Robert Schumann que Yannick Nézet-Séguin a fait la démonstration la plus brillante de sa direction musclée. Chemise noire cintrée, le chef a dirigé sans baguette l’ensemble pennsylvanien avec un panache et un éclat impressionnants. Chose rare : l’oeuvre, qui comporte quatre mouvements, a été interprétée d’un seul bloc. Ceux qui n’étaient pas familiers de cette symphonie auraient été bien incapables de déceler les césures. La Philadelphia Orchestra a ainsi célébré la très grande continuité mélancolique et tourbillonnante qui caractérise la Quatrième de Schumann comme dans un geste simple.

Le programme romantique s’est terminé sur un poème symphonique de Richard Strauss, dont les timbres tonitruants laissent paradoxalement un peu de marbre après les élans du cœur schumanniens. “Vous n’en avez pas eu assez ? Vous en voulez encore ?”, s’amuse le chef Yannick Nézet-Séguin, qu’une pluie d’applaudissements mérités est venu arroser. Pour le bis, place au délicat Salut d’amour d’Edward Elgar. Avec un thème envoûtant et apaisant à souhait, joué à un tempo soutenu, l’opus délicat clôt le concert sur une ouverture à la musique britannique. Une riche idée.

Crédit photo : Alexis Duval

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Alexis Duval

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