Classique

A la Philharmonie, le navire Hélène Grimaud par gros temps

A la Philharmonie, le navire Hélène Grimaud par gros temps

28 octobre 2017 | PAR Alexis Duval

Interprète accomplie, la pianiste Hélène Grimaud a proposé, mercredi 25 octobre, une performance autour de compositions inspirées par l’élément aquatique. Une scénographie qui perturbe l’oeil et l’oreille.

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C’est l’une des pianistes européennes les plus médiatiques du XXIe siècle. Hélène Grimaud est aussi l’une des artistes les plus complètes. Grande et prolifique interprète de Rachmaninov, elle est aussi une écrivaine de talent : dans Variations sauvages (2004), notamment, elle racontait sa passion pour le loup, un animal qu’elle aime viscéralement pour la liberté totale qu’il incarne.

Son inspiration, Hélène Grimaud la puise dans la nature. En particulier dans les forêts américaines – elle vit aux Etats-Unis depuis une dizaine d’années. En 2016, après une pause de trois ans, la virtuose a enregistré un disque-concept, Water. Déclaration d’amour aux compositions aquatiques, l’album est, par le choix des oeuvres, leur interprétation, leur agencement – entre chaque piste, un intercalaire sonore conçu à base de nappes par le DJ britannique Nitin Sawhney, qui coproduit – et par la pureté qui s’en dégage, une réussite.

Woodlands and Beyond…, la performance à laquelle elle s’est livrée, mercredi 25 octobre à la Philharmonie de Paris, était tirée de Water et sonnait comme une invitation au voyage. Pendant qu’elle jouait sur un beau piano à queue laqué, un écran géant carré projetait des photographies sublimes de paysages enneigés, d’étendues d’eau ou d’images de nature prises à la manière de toiles impressionnistes. Tous les clichés ont été effectués par l’Allemand Mat Hennek, qui n’est autre que le compagnon d’Hélène Grimaud. Couleurs, motifs, morphose… L’effet synesthésique est garanti.

Prise de risques limitée

Berio, Takemitsu, Fauré, Ravel, Albeniz, Liszt, Janacek, Debussy, autant de compositeurs que le motif de l’eau a inspirés. Les oeuvres choisies par la pianiste ont un point commun : elles inspirent toutes une idée de fluidité. Dans les brumes de Leos Janacek, par exemple, dont elle a joué le premier mouvement, est une oeuvre fascinante par l’immense beauté et la dimension insaisissable de son refrain. Tout au long du récital, le jeu, délicat et passionné, était lui aussi une réussite.

Cela n’a pas empêché de sortir de la Philharmonie avec la sensation d’avoir vécu un moment trop propre, trop lisse. Alors qu’Hélène Grimaud est une interprète de génie et une personnalité fascinante, le récital laisse l’impression de s’être presque ennuyé… En suivant à la lettre le conducteur de son disque, Hélène Grimaud a limité au maximum la prise de risque. Et hormis un court bis de quatre minutes, le concert n’aura duré qu’une petite heure. Ainsi bordé, le récital prend des allures d’exercice. Les intermèdes de Nitin Sawnhey, s’ils s’insèrent parfaitement dans l’album, prennent en concert l’allure de fioritures au cours desquelles le public enrhumé par l’humidité d’octobre tousse à tout-va, pensant qu’il s’agit d’une pause classique.

Mais le problème majeur concerne la scénographie. Les photographies ont beau être très esthétiques, certaines saturent la salle de lumière. Leur format carré fait par ailleurs irrémédiablement penser à des clichés arty façon Instagram ou pire, à une soirée de projection de diapositives en version chic. Et non contentes de gêner l’oeil, elles déconcentrent l’oreille. Un sens est perturbé, et tout est dépeuplé. A vouloir proposer une expérience originale, Hélène Grimaud dissipe et déçoit.

Crédits photo : Alexis Duval

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