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Le 39e Festival d’Ambronay s’ouvre avec Valer Sabadus et le Concerto Köln éblouissants

Le 39e Festival d’Ambronay s’ouvre avec Valer Sabadus et le Concerto Köln éblouissants

20 septembre 2018 | PAR Victoria Okada

En ouverture du Festival d’Ambronay, le 14 septembre dernier, le contre-ténor Valer Sabadus et Concerto Köln offre un concert sous le thème de « Farinelli, car gemello » qui donne le ton pour cette 39e édition, en plaçant la barre très haut.

Après Lumière et Souffle, c’est le thématique du Cosmos qui clôt le triptyque « Vibrations ». Le chant sensationnel de Valer Sabadus et la virtuosité orchestrale du Concerto Köln nous élèvent d’emblée à la hauteur de l’univers.

Le thème de la soirée, « Farinelli, car gemello », fait référence à l’amitié qui liait le castrat Carlo Maria Broschi dit Farinelli (1705-1782) et le poète Pietro Metastasio (1698-1782), connu comme le plus grand librettiste d’opera seria ; ses textes, écrits essentiellement entre 1730 et 1745, fournirent la plupart des compositeurs de son temps, jusqu’en 1800 environ. Le castrat et le poète réalisèrent leur premier opera seria commun en 1722 à Naples, avec la complicité de Nicola Porpora pour la composition.

Au cours de cette soirée dans la magnifique abbatiale d’Ambronay, les pièces instrumentales et les airs d’Antonio Caldara, Nicola Porpora, Geminiano Giacomelli, Francesco Maria Veracini et Riccardo Broschi se succèdent, servis par des interprétations époustouflantes. D’abord, La mort d’Abel d’Antonio Caldara. La Sinfonia introductive (Larghetto/Andante) interprétée avec une allure solennelle par le Concerto Köln, précédée d’un véritable prélude au clavecin qui s’enchaine à l’accord des instruments (et réitéré après chaque accords), est suivie de deux airs : « Quel buon pastore io son » et « Questi al cor fin ora ignoti ». La voix aérienne de Valer Sabadus fascine dès les premières notes. Son timbre si particulier qui semble venir de nulle part, s’étend et se prolonge dans des notes longues en remplissant tout l’espace de l’abbatiale, créant déjà une magie. Pour la gracieuse Sinfonia en sol majeur de Porpora, les musiciens de l’orchestre font preuve d’une belle homogénéité, offrant un plaisir fou à l’entendre. L’air de Tirsi « Il pie s’allontana » de l’opéra L’Angelica est une occasion de constater une fois de plus la grande musicalité du chanteur. Dans « Amor, dover, rispetto » (air de Farnaspe, extrait d’Adriano in Siria de Giacomelli), Sabadus se met en mode athlétique, avec des vocalises spectaculaires ; une clarté lumineuse s’ajoute à la sonorité crémeuse de sa voix.

Après l’entracte, l’orchestre montre encore plus d’unité dans les deux œuvres : Sinfonia en sol majeur de l’opéra L’Angelica (Porpora) et l’Ouverture VI en sol mineur de Veracini qui fait rivaliser avec élégance hautbois, bassons et violons comme dans un concerto. Le contre-ténor change de caractère vocal dans « Non giova il sospirar » (air de Tirsi, L’Angelica) et « Alto giove » (air d’Acis, Polifemo) de Porpora, l’un aérien de nouveau, l’autre délicat et mélodieux. S’il est souple et attentionné dans « Se al labbro mio non credi », air d’Arsace (Artaserse) de Riccardo Broschi, frère de Farinelli, il réserve la plus belle de sa virtuosité à la fin, avec « Senti il fato » (air d’Acis, Polifemo de Porpora). Son art est stratosphérique, tout en montrant au début de l’air sa voix de baryton « de poitrine », ce qui ajoute une touche de plus à son répertoire de couleurs déjà très fourni.

Devant une salle enthousiasmée, Valer Sabadus offre trois bis, dont « crude furie » (Serse de Haendel, avec une aisance surprenante.

Photos © Bertrand Pichene-CCR Ambronay

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