Musique

Chroniques, playlist, clips : rétrospective du mois d’avril

03 mai 2010 | PAR Mikaël Faujour

Après les rétrospectives de janvier, de février et de mars, voici un panorama– très – sélectif de l’actu musicale en mars.


Le leader de Sigur Rós, Jónsi, s’était signalé – discrètement – à l’été 2009 avec Riceboy Sleeps, album d’ambient enregistré avec son compagne Alex Somers, sous le nom de duo logique de Jónsi & Alex. Depuis la fin de l’année, courait le bruit d’un premier album solo, dont l’artiste a dévoilé d’abord un titre (« Lilikoi Boy », à télécharger), puis un clip (« Go Do », 1er single). Jamais aux antipodes d’une sensibilité qui rappelle Sigur Rós – orchestrations amples, ambiances éthérées et ce chant haut perché à nul autre pareil –, Go est l’occasion pour le musicien de laisser cours à sa féerique fantaisie. Et celle-ci tour à tour prend une tournure pop touffue (« Lilikoi Boy », « Sinking Friendships »), des accents plus ombrageux (« Kolniður »), rappelle le Sigur Rós des débuts (« Grow Till Tall ») ou s’étire en une pluvieuse mélopée (« Tornado »). Album remarquable et remarquablement arrangé, Go fait la part belle autant aux sonorités électroniques qu’aux élans symphoniques ou aux chœurs. Splendide.
4/5
Sur notre joueliste : « Tornado », « Sinking Friendships », « Kolniður », « Animal Arithmetic »

Dans un registre radicalement différent, le retour de Hole, groupe culte de la scène grunge, 12 ans après son dernier effort studio (Celebrity Skin) et 6 après l’album solo de Courtney Love (America’s Sweetheart). Intitulé Nobody’s Daughter. Autant le dire tout de go : Hole est Courtney Love comme les Smashing Pumpkins sont Billy Corgan. En effet, autour de la plus charismatique furie du rock’n’roll de ces 20 dernières années, ne reste pas un seul membre des précédentes formations. Désabusement ou colère ne se sont guère amenuisées avec les ans et si son visage immondément raboté par les chirurgiens est d’un lisse effroyable, sa musique semble n’avoir rien perdu de sa ferveur, à l’image du single « Skinny Little Bitch », âpre et abrasif. Hélas ! comme pour le single, on constate que si les compositions ont – parfois – des tripes, elles manquent singulièrement d’âme. L’album est loin du niveau des classiques de Hole et s’avère même singulièrement fade par – longs – instants. Alors que le retour de Alice in Chains a dépassé toute espérance, celui de Hole a quelque chose de tristement anecdotique.
2/5
Sur notre joueliste : « Nobody’s Daughter », « Skinny Little Bitch », « How Dirty Girls Get Clean »

Gros morceau du mois d’avril, le très attendu deuxième album de MGMT. Que pouvait bien faire le duo new-yorkais après un aussi chavirant premier effort que Oracular Spectacular ? Avec Congratulations, en tout cas, il n’est plus question de pop, de singles et de promo : l’album sera à prendre dans sa globalité et ceux qui attendraient un « Electric Feel » bis en seront pour leurs frais. En effet, rien ici qui approche l’évidence pop inouïe de la première moitié de Oracular Spectacular. La chose est évidente dès le déroutant « It’s Working », qui ouvre l’album sur un air de surf rock entêtant. La suite, ne fait qu’attester l’invraisemblable bouillonnement d’idées qui agite la paire Goldwasser/VanWyngarden : Syd Barrett, Bowie, Howard Devoto, Queen et les Beach Boys font la ronde autour du feu sous LSD… La bizarrerie, l’entrain, l’angoisse, l’instinct, la joie exultante s’entremêlent et déferlent en tous sens dans ce chef d’œuvre résolument unique qu’il faudra écouter maintes fois avant d’en avoir épuisé la richesse. Mention spéciale à l’inouï « Siberian Breaks », voyage de 12 minutes comme on n’en a plus fait depuis bien longtemps.
5/5
Sur notre joueliste : « It’s Working », « Song for Dan Treacy », « Flash Delerium », « Siberian Breaks »


Singulière entreprise que celle d’Anaïs Mitchell : un opéra… folk. Intitulé Hadestown, l’album est inspiré du mythe d’Orphée et Eurydice, que l’artiste transpose dans une Amérique contemporaine, et voit la participation d’une brochette d’artistes folk US, dont Justin Vernon (Bon Iver) et Ani DiFranco. L’œuvre est pleine d’élégance et de grâce, variée, tirant le folk vers la country, le blues, le jazz ou le gospel. L’ambiance estrange, l’alternance des voix, forment un album à la beauté douce amère, alternant compositions dépouillées et pièces aux arrangements subtils. Le blues « Way Down Hadestown » est assez renversant, emmené par la voix de rogomme de Greg Brown, qui chante aussi « Why We Build the Wall », qui rappelle la tonalité élégiaque du « Hurt » de Johnny Cash. Les harmonies vocales de « When the Chips Are Down » rappellent les Andrews Sisters, sur une instrumentation jazz folk pleine d’allant… Si ce folk opera ne bouleverse pas l’histoire de la musique, il ne manque pas d’arguments et a suffisamment de caractère et de charme mériter d’être écouté réécouté. À découvrir.
4/5
Sur notre joueliste : « Epic [Part I] », « Way Down Hadestown », « Why We Build the Wall »


Connu principalement en tant que juré de la Nouvelle Star, André Manoukian est avant tout un vieux briscard du jazz, genre pour lequel il n’a jamais fait mystère de son amour fou. Après Inkala, qui a fait un four en 2008, le voici de retour avec une So In Love et une belle brochette d’invité(e)s au micro, pour des reprises de standards évidents : « Cheek to Cheek » (Anaïs), « Tea For Two » (Emily Loizeau), « My Funny Valentine » (Tété), pour n’en citer que quelques-uns… De « So In Love » (China Moses), pure mignardise, au « My Funny Valentine » (Tété), proche de la version de Chet Baker, l’ensemble navigue dans une ambiance caressante de smooth jazz. Avec « What a Wonderful World », la Nouvelle Starisée Camélia Jordana (signalons aussi Benjamin Siksou) se drape dans une douce suavité qui évoque immanquablement Norah Jones. Quant à l’exquise Helena Noguerra, avec le plus rythmé « Give Him The Ooh-La-La », elle apporte sa touche sensuelle et coquine. Un joli album qu’on écoute avec délice ou qu’on laisse tourner en musique d’ambiance feutrée propice à folâtrer.
3/5
Sur notre joueliste : « So In Love », « What a Wonderful World »

Découvrez la playlist La Boîte à Sorties – Avril 2010 avec Hole


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Mikaël Faujour

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