Musique

[Chronique] « Bright Lights » : Ness ou l’âge de raison

[Chronique] « Bright Lights » : Ness ou l’âge de raison

14 avril 2015 | PAR Hélène Gully

Le quatuor masculin de Ness concrétise la renaissance d’un projet né à Montréal en 2011. EP impressionniste aux émotions indécises, Bright Lights est de la caféine sonore. Rencontre avec le chanteur, Eliott Hosansky.

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Ness est l’histoire d’errances, de virages et de paradoxes esthétisants. Il y a un an et demi, fin de la gestation. Une basse, une guitare, un clavier et une batterie. Pas si simple de s’apprivoiser. Quatre artistes, autant d’univers. Il a fallu les faire coïncider. « Ce travail de groupe, de cohérence et d’harmonie nous a vraiment fait grandir musicalement » explique Eliott entre deux gorgées de thé au jasmin.

25 piges au compteur, il raconte comment il a voulu devenir musicien : « j’étais encore gamin quand j’ai découvert les instruments médiévaux. Je suis tombé amoureux de la vièle archer. » Mais cet amour des instruments insolites, les trois autres ne le partagent pas vraiment… « Même si nous sommes vraiment différents dans nos goûts musicaux et dans nos influences, on se rejoint sur le projet de Ness et sur la passion commune de la mélodie. » Nous voilà rassurés. « C’est le pilier de notre musique. La mélodie, c’est ce qui te reste dans la tête, c’est ce qui transforme une simple chanson en véritable tube » raconte le jeune chanteur en entamant l’air d’« Here comes the sun ».

L’identité de Ness s’est affinée. Et Bright Lights est la preuve de l’alchimie mystérieuse entre les musiciens. Quelques dates dans de belles salles parisiennes et six mois de travail acharné. L’EP est sorti le 30 mars 2015.

Un chapitre viscéral

Cinq titres. Deux créent la surprise, fidèles à l’esprit de dualité qui caractérise l’EP. « Bright Lights » est une « longue étendue désertique au crépuscule avec un oasis à l’horizon ».  Clair-obscur, il évoque, dans un onirisme décalé, un « regard personnel sur le monde, sur les gens,  sur ceux qui se sont perdus et ceux qui sont fous ». Des titres sombres et un album éclatant. Une veine Pink Floyd l’éloigne définitivement de la « french pop » peut-être un peu trop naïve. « On fait de la pop aérienne » plaisante Eliott. La basse et la batterie telluriques ramènent les pieds sur terre mais les cordes vocales d’Eliott sont l’instrument d’une furieuse poésie. « Fallin » est la gifle violente de l’EP. Le morceau brise le silence de ces vieux démons qu’on a fait taire. Il s’émancipe de toute pudeur lorsque « Hello it’s me » est plutôt le chant d’un timide somnambule.

Laisser les quatre mecs de Ness dans un studio, c’est aussi les entendre « jeter des chaînes sur des plaques en métal pour saisir de nouvelles sonorités. » Faire les cons pour expérimenter, cette méthode déconcertante les a inspiré pour les percus de « Gone », l’un des premiers titres enregistrés. L’instinct est un aspect essentiel de la musique de Ness. « Wake up » et « The Walk » sont les deux clandestins de l’EP. Le clavier devient plus enthousiaste, docile presque candide. Les titres dévoilent un espace printanier encore emprunt d’une noirceur lunaire. Et les humeurs vagabondent dans un cosmos plus lumineux. Le visuel de l’EP, calvaire pour la graphiste, incarne toute son esthétique musicale. « Une fleur hybride presque fanée » où le rose a des reflets bleus.

Et cet EP on l’écoute quand ? « C’est pas une musique qu’on peut survoler je crois, elle interpelle chacune de nos émotions, si tu rentres dedans, t’en sors pas et tu piges où on a voulu en venir. » Pour les quatre artistes, les émotions sont essentielles mais elles ne sont pas une fin en soi. « Bright Lights » est une quête vers la simplicité et la spontanéité. La profondeur est loin d’être factice mais elle est un itinéraire et non un état. « La musique qu’on fait ne pose que des questions, ce n’est pas une équation terminée. » Ness est efficace, Bright Lights serre les tripes et te dénude.

En concert le 15 avril à L’International et le 28 mai à L’Alimentation Générale.

Ness, Bright Light EP, 2015, Fives Fishes, 16 min.

Visuel : (c) DR

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Hélène Gully
Jeune caméléon du journalisme. 21 ans et de l'ambition.

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