Musique
Extatique transport du Christus de Mendelssohn à la Cité de la musique

Extatique transport du Christus de Mendelssohn à la Cité de la musique

10 juin 2011 | PAR Bérénice Clerc

Pour la biennale d’art vocal 2011, Laurence Equilbey mêle aux huit numéros de Christus  quelques cantates composées par Mendelssohn jeune. De la Nativité à la Passion, un flot de musique somptueuse, généreuse et puissante pour Choeur, solistes et orchestre entraine la chef et ses luxueuses équipes sur le pont d’un navire ardant. Un voyage intemporel, sans faille.

Jeudi soir, Paris, Cité de la Musique, un vent printanier pousse les spectateurs vers l’entrée. Des voix d’enfants résonnent, la Maitrise de Paris chante dans l’entrée devant une belle assemblée.

20h15, la salle ouvre ses portes, la foule se presse pour aller entendre l’Ensemble Orchestral de Paris, Accentus, Sandrine Piau, Robert Getchell et Markus Butter menés aux doigts et à la baguette par Laurence Equilbey. Des spectateurs en tous genres, de tous âges, des hommes d’affaires, une « Business girl » ultra puissante, fragile sur ses stilettos haute couture, des familles, des bandes d’amis…

Bien campés dans nos fauteuils, la lumière baisse, les musiciens de l’Ensemble Orchestral de Paris, le chœur Accentus, puis Laurence Equilbey rejoignent la scène.

Le silence naît, baguette à la main droite, main gauche arquée, Laurence Equilbey jette un œil à toute sa troupe puis lance d’un geste la musique. Le décollage est immédiat, sans ceinture ni protection nous partons immédiatement très loin. L’osmose entre la musique, la chef, l’orchestre et le chœur est parfaite, le spectateur est comme soulevé, en apesanteur sur un lit de musique démultipliée aux quatre coins de l’espace.

Écrit dans la lignée de Paulus et d’Elias, le troisième oratorio biblique de Mendelssohn, Christus, est rarement programmé en concert. Le compositeur a insisté sur l’idée d’une synthèse de l’Ancien et du Nouveau Testament, du judaïsme et du christianisme. Peut-être une réflexion sur sa propre famille. L’oratorio devait être structuré en trois parties : La Naissance du Christ – La Passion du Christ – La Résurrection du Christ. Malheureusement, le compositeur mourut le 4 novembre 1847, il ne put donc composer la troisième partie.

Telles des atomes en mouvement perpétuel, les notes vibrent et emplissent avec rondeur, puissance et énergie la Cité de la Musique sans jamais retomber. Les cantates chorales sont parfaitement tissées dans la matière Christus et Sandrine Piau de sa voix cristalline soutenue par des flûtes et clarinettes colorées fait virevolter la partition  comme une barbe à papa douce, légère, mélangée aux voix graves de Robert Getchell et Markus Butter.

Méditation, violence, douceur, Laurence Equilbey est de tout son corps engagée, comme un cheval noir au galop, elle saute les obstacles avec élégance, fait marcher la musique avec panache et ne lâche pas un gramme de matière sonore. Telle une installation de Chiharu Shiota, Laurence Equilbey tire les fils de Bach à Brahms, tisse une toile de plénitude ténue avec les cordes souples et exaltantes, les couleurs rondes et chaudes des bois, l’éclat vibrant des cuivres, la précision martelée des timbales de l’Ensemble Orchestrale de Paris et le puissant et volumineux Accentus. Centaure à la tête d’un navire exceptionnel et brillant, la musique en vague perpétuelle éclabousse les spectateurs, le souffle coupé en pleine extase.

La foie pure de Mendelssohn, sa dévotion loyale et candide, l’angélisme naturel de sa musique sacrée s’exprime dans Christus sans emphase ni excès de mystère. Dès le départ le trio des Rois mages, très mélodieux, accompagné d’une sorte de « basse continue » à la manière baroque, alterne avec des passages plus coléreux pour annoncer la destruction de l’ancien état des choses. Mendelssohn repense ensuite ces effets de foule, de turba, il ose les dépasser, en conçoit cinq en dialogue avec le personnage de Pilate  sans lésiner sur l’effet dramatique et théâtral.

Le succès était au rendez-vous, les spectateurs plein d’énergie applaudirent longuement pour un rappel joyeux et rythmé.  Il faut redescendre en douceur, sortir de ce cocon musical, retrouver la foule, croiser des regards, boire un verre, parler et tenter de revenir à la « vraie  vie » hélas bien moins exceptionnelle.

Cette œuvre méconnue, mérite vraiment d’être entendue et donne envie d’être poussée encore plus loin avec un dispositif scénique et un travail plastique par exemple si le financement d’un tel projet n’était pas hélas quasi inimaginable.  Pour ces mêmes raisons sans doute, ce spectacle ne s’est joué que deux fois… Vous aurez malgré tout la chance de pouvoir l’écouter dès novembre, car il a été enregistré pour Naïve.

Un très beau voyage extatique entre plénitude, contemplation et transcendance grâce aux prouesses de l’Ensemble Orchestrale de Paris, d’Accentus, des trois solistes et de Laurence Equilbey au top de sa performance scénique. Maîtresse de musique passionnée aux frontières de la danse, de l’art plastique et de la transe telle une ballerine noire sur ses pointes, le corps tendu tournoyant sur le petit miroir d’une boîte à musique dont elle capte et actionne en toute liberté le mouvement.

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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