Chansons

[Live report] Didier Super à la Nouvelle Scène

[Live report] Didier Super à la Nouvelle Scène

16 février 2014 | PAR Elie Petit

L’inclassable Didier Super jouait jeudi soir dernier à la Nouvelle Seine, la salle-péniche accostée quai de Montebello, en face de Notre-Dame. Il a embarqué dans ses délires et ses chansons le public d’une centaine de personnes, pour plus d’une heure trente du spectacle pour enfants – mais pour adultes – Ta vie sera plus moche que la mienne. Le ton est donné.

Ta vie sera plus moche que la mienneHabillé de son habituel jean serré coupé à mi-mollet et de son T-shirt marron remontant bien au-dessus du nombril, il raconte l’histoire de Ludovic, un jeune homme qui est triste, c’est tout. Ludovic veut devenir riche et une fée l’exauce. Il reçoit vite un mail de Madame Ledoux du Burkina Faso (on l’a tous reçu) et répond (certains l’ont tenté). Mais surprise, Madame Ledoux lui transfert, comme promis, les 1 000 milliards de dollars dont elle n’a plus aucune utilité, car sans descendance et atteinte d’un cancer incurable. Mais cet argent, lui dit-elle, il lui faut s’en servir pour continuer l’œuvre de Jésus. Pas facile.

Didier Super change d’environnement toutes les 10 minutes, jouant, mimant, imitant, utilisant des marionnettes, grimé parfois de costumes de fée, de punk à chiens, de directeur de prison… Et toujours accompagné de son nez rouge, la plupart du temps autour du cou, pour dire qu’il ne dit pas que des clowneries, mais qu’il ne faut pas tout prendre tout au sérieux non plus.

Et soudain !!!

Mi-concert, mi-one man show, mais délire absolument complet, le spectacle de Didier Super part dans tous les sens. Un des gimmicks est le « Et soudain !!! », repris par le public entre deux scènes sans transition ou lorsqu’il assume qu’il y a un petit temps mort entre les changements de déguisements. Il échange violemment le public, l’insulte (l’âge, la vie ratée sont des thèmes récurrents) et sa seule marque de respect est peut-être de lui fournir une bâche pour qu’il puisse se protéger des éclaboussures d’une canette de bière qu’il éclate pour symboliser la planète qui explose, après être passé quelques minutes plus tôt dans les rangs avec une tronçonneuse bruissant à plein régime.

Trash, subversif, dérangeant, Didier Super torture sa salle. Comme si une partie des spectateurs ne s’attendaient pas à une telle violence dans les propos, on entend dès le début des « Il est fou ce mec », « Woo ! C’est super trash ! ». Une femme dans le public s’écrie « C’est horrible ! ». « C’est pour ca que tu me payes !!! » lui répond Didier Super. Rires lâchés et dérangés se mélangent.

Mais ça veut dire quoi tout ça ?

Il est très difficile d’écrire sur les textes de Didier Super tant tout y est inversé, retourné de nombreuses fois et hurlé à la face du public. On est choqué par le premier, le deuxième et le troisième degré. Mais derrière cette violence se cache une vraie critique de la société, des ses blocages et stéréotypes, de ses dérives, de ses victimes.

Tout y passe. Et l’on comprend vite que l’on ne cherche pas ici à agresser tel ou tel mais à dépeindre un monde dont les évidences sont parfois discutables. Il fait d’ailleurs référence à Dieudonné lorsqu’il blague sur Auschwitz. « Moi j’ai l’droit ! ». On comprend pourquoi tant le spectacle donne, au final, un message anti-raciste plus que ne montre de manière évidente et vulgaire des boucs émissaires et les jette aux cris et rires du public.

Quand il manipule de terribles marionnettes d’enfants africains squelettiques, il montre quelles sont parfois nos indignations sélectives. « Le racisme, c’est quand on bute les noirs mais pas quand on les laisse crever de faim ! » dit-il.

Quand il nous emmène en prison, c’est pour chanter que « La prison est une belle grande maison où il y a plus de monde que ce qu’avaient prévu les architectes.».

Et quand Ludovic essaye de résoudre le conflit israélo-palestinien, le Juif et l’Arabe finissent par s’embrasser tendrement après avoir échangé des horreurs. On retrouve le même ton dur quand il parle du suicide, des femmes…

Mais on ne retombe pas toujours sur ses pattes car la critique est réelle. Entre chansonnettes à trois accords et chansons reggaes dans « le bon plan, c’est la politique, le super-plan, c’est président de la République », il passe par tous les thèmes sur sa guitare à moitié cassée. Les Femen sont alors plus sado-maso que militantes, Le Vatican un système abusant de la croyance des idiots comme les garagistes abusent de notre incompétence en mécanique pour vendre, vendre, vendre.

Apothéose

Le spectacle terminé, le décor détruit, il s’assied sur une chaise et demande si le public a des questions. Puis lui propose de le suivre sur le quai Montebello. Il entonne alors trois de ses hymnes pour un public hilare dont le fameux « J’en ai rien à foutre ». Et refuse même un rappel « Je crois que vous m’avez assez consommé pour ce soir ».

Comme dans sa Comédie musicale Et si Didier Super était la réincarnation du Christ, où il raconte sa dépression et sa reprise en main dans une mise en scène hallucinante, Didier est nul, trash, terrible, raté, mais c’est comme cela que l’on l’adore, Didier Super !

Visuel : (c) pochette de Ta vie sera plus moche que la mienne de Didier Super

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Elie Petit
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