Chanson
Le crooner est-il l’avenir de l’homme qui chante

Le crooner est-il l’avenir de l’homme qui chante

29 juin 2013 | PAR Yaël Hirsch

Fini le cheveu gras à la Pete Doherty, la petite barrette contestataire à la Julien Doré ou même la clope au bec générique du bad boy que se devait d’être un chanteur charismatique. L’année 2013 entérine le grand retour du gendre parfait aux cheveux gominés et d’une galanterie parfaite. Une brèche policée et fifties qui redéfinit les contours de la virilité sur scène, si bien que les plus jeunes s’y engouffrent sans plus aucune dimension critique.

Rappelez-vous, il y a trois ans encore, quand Benjamin Paulin se moquait avec talent de l' »Homme moderne » (titre de son premier album), il s’était fabriqué une image cravatée gominée, fleur à la boutonnière… Mais à prendre au troisième degré.

En 2013, les degrés ont fondu comme neige au soleil et c’est très sérieusement que Benjamin Siksou, à peine plus de 25 ans, révélation talent sacem jazz 2010, beaucoup de scène et deux  films derrière lui (premier rôle dans « Toi, moi, les autres » et second rôle dans la très attendue « Vie d’Adèle ») propose tout le mois de juillet, en Avignon off, un « Valise Blues » en costard et timbre Harry Comick Jr, au Théâtre du Roi René.

A peine plus âgé, le jeune prodige américain jazz « sorti de Columbia » Peter Cincotti est le poulain direct de ce Harry Connick. Il est en à son quatrième disque, auquel il a donné un titre dangereusement rétro et langien « Metropolis ». Ce virtuose du piano arrive toujours sur scène cravaté les cheveux blonds coiffés en arrière et est accompagné d’un vrai Big Band comme Sinatra, le vrai. Voix haut perché et phrasé vintage, il a rempli un Olympia en liesse le 26 avril dernier, faisant dangereusement chuter la moyenne d’âge du casting des invités de ce lieu mythique.

Cheveux brillants, timbre atteignant les cimes, rythmes pop rétro assumé, le jeune crooner suisse Celien Schneider a aussi à peine plus de 25 ans et frappé les esprits par un CD au titre météorologiquement rétro « Comme rain or shine ». Dans un tube résolument sirupeux, il demande sagement à sa copine de lui accorder « un week-end » à passer à deux.

Décidément plus décalé mais bien loin d’être un « Libertine », le britannique James Blake pose aussi en crooner caché dans un long manteau romantique sur la couverture de son dernier album, « Overgrown » salué par la presse. Certes,l’image et le timbre sont parfois un peu floutés par de la technologie aussi moderne que l’électro et la voix est trop pointue pour susurrer les mots de la séduction. Mais l’amant maudit et trendy, garde une chevelure lustrée et -même derrière un casque de moto- un quatre épingles d’apparat qui lui permet à lui aussi de concourir dans la catégorie « les gendres idéaux font de la scène ».

Enfin, le flamand Ben Van Looy a eu besoin de quitter le rock de son groupe de Rock das Pop pour offrir ses « chansons les plus délicates » sur un CD qui sort le 26 août prochain chez Parlophone, « Round the bend ». Ne vous fiez pas à la couverture de l’album où le musicien prend des faux airs de Batman. Dans le clip du premier titre, il se grime en clown triste, en effet, mais cela ne masque pas le gominé blond parfait des cheveux, le costard, la chemise blanche, et surtout le piano jazzy où le chanteur exprime l’idée d’une métamorphose ratée d’une voix de crooner haut placé supplie l’air triste et les yeux couleur ciel dans le vague d’une ville la nuit : « Don’t try to change me / You will never understand/ Dont try to change me / I am what I am ». Tout un programme…

Là où Ryan Gosling a remplacé Johnny Deep dans le cœur des minettes cinéphiles, les nouveaux crooners font tomber les bad boys à la guitare et au chant, balayant toutes les ambiguïtés de style ou de genre que la musique populaire avait introduite. Ce faisant, ils envoûtent non seulement les jeunes groupies 2.0, mais également leurs grands-mères jamais insensibles à la politesse et au charme de ces jeunes crooners à la désuétude plus vraie que nature.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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