Chansons

Jean Claude-Gallotta sur la reprise de l’Homme à la tête de chou au printemps de Bourges :  « On ne peut pas rendre hommage à Bashung de meilleure manière »

Jean Claude-Gallotta sur la reprise de l’Homme à la tête de chou au printemps de Bourges : « On ne peut pas rendre hommage à Bashung de meilleure manière »

14 mars 2019 | PAR Yaël Hirsch

Ce jeudi 14 mars, cela fait 10 ans qu’Alain Bashung nous a quittés. Les 16 et 17 avril, le Printemps de Bourges met le chanteur et rocker à l’honneur en reprenant le dernier spectacle sur lequel il avait travaillé et où il a laissé une chaise vide (voir la chronique du spectacle en 2009) : L’homme à la tête de chou, sur l’album de Serge Gainsbourg, avec la chorégraphie de Jean-Claude Gallotta. Pour Toute La Culture, ce dernier revient sur le travail avec Bashung et la reprise de cette œuvre-carrefour.

Quel effet cela vous a-t-il fait d’entendre l’album posthume et primé d’Alain Bashung, En amont ?
La première chose qui m’a touchée bien sûr c’est d’entendre sa voix, il y a tout un côté sentimental à réécouter sa voix. Et puis je me suis aussi dit que c’était très bien fait, alors que certains titres étaient laissés de côté ou non finis, il n’y a pas d’impression de morceaux épars. On y voit l’album Bleu pétrole en miroir, comme si c’était un deuxième CD qui ferait pendant à Bleu Pétrole.

Commencer la reprise de l’Homme à la tête de chou à Bourges, c’est un symbole important ?
Pour nous, c’est merveilleux. On savait qu’on allait remonter le spectacle pour les dix ans de la mort de Bashung. Et le Printemps de Bourges lui rend un hommage pour cet anniversaire. C’est formidable, c’est prestigieux et on ne peut pas lui rendre hommage de meilleure manière. Il y a aussi une cohérence. Nous avons beaucoup travaillé avec la maison de la culture de Bourges.  Commencer par là ouvre d’autre portes. Quand nous avons annoncé la date à Bourges, d’autres scènes nous ont aussi dit oui. .

L’histoire de L’homme à la tête de chou remonte à 1991 pour Alain Bashung, à 2006 avec vous. Pouvez-vous revenir sur votre rencontre et sur l’origine du projet?

La rencontre avec Alain Bashung remonte à l’année 2004 et à l’inauguration de la nouvelle MC2 de Grenoble. Le directeur, Michel Orier, avait invité Bashung à jouer pour le concert d’ouverture. Il avait aussi demandé à tous les artistes résidents de proposer quelque chose. Je m’étais à attelé à mon spectacle My Rock.

Quand Bashung a demandé au directeur si je pouvais faire des chorégraphies pour le concert d’ouverture, j’étais ravi mais je ne pouvais pas, j’étais en pleine création et j’ai dû décliner l’offre. Nous nous sommes juste croisés. Il est passé pendant une répétition et il m’a dit « On se recroisera ». J’ai assisté à son concert avec Christophe et Cloé Mons et ne pendais pas le revoir. Et puis un jour, le producteur Jean-Marc Ghenassia, qui avait acheté les droits de L’homme à la tète de chou, voulait un chorégraphe pour le mettre en scène, même si le disque avait été un insuccès total dans les années 1970. Il avait vu mes spectacles et moi je devais être l’un des seuls à avoir acheté le disque. Il m’a proposé de travailler et j’ai dit oui, mais à condition que ça n’ait pas un aspect trop « show-biz ». Il voulait le réinterpréter avec des musiciens et j’ai dit il n’y en avait qu’un : Bashung. Guenassia doutait, il pensait que Bashung serait trop occupé. Je lui ai dit » Demandez quand même ». Il a été étonné quand Bashung a tout de suite répondu présent. Il y avait beaucoup d’agents qui le protégeaient mais nous avons réussi à passer par-delà le système. Guenassia a appelé Denis Clavaizolle pour faire les arrangements et nous avons commencé à répéter à Grenoble, dans un hôtel. On m’avait mis en garde contre le monde du rock, le monde du show-biz et Bashung était tout le contraire de tout cela : fiable, présent, il doutait, il n’était pas sur d’avoir la langue de Gainsbourg. Il a voulu s’entraîner et il a enregistré pour s’écouter un premier jet de la musique avec Denis Clavaizolle. Ce dernier a insisté pour que cela ne soit pas fait sur un bout de table, mais quand même dans un studio. Heureusement ! On a un peu commencé à travailler avec cette maquette. J’ai vu Bashung plusieurs fois, je suis allée chez lui, on a commencé à travailler à faire les chorégraphies. Il avait de bonnes intuitions : par exemple, je voulais mettre les musiciens au centre à l’arrière pour qu’on les voit, il m’a dit qu’ils ne seraient pas assez disciplinés que c’était bien sur le côté. Je lui ai aussi proposé de danser un peu, quelque chose de simple : sans trop que cela se voit, dans le spectacle, ce sont les femmes qui manipulent les hommes. J’ai gardé cette chorégraphie de Bashung, en hommage.. Après ces essais, tout à coup silence radio. On m’a redit : « Tu sais Bashung c’est le show-business, les artistes sont primesautier, un coup ils t’aiment, un coup il te détestent ». Et à la fin j’ai faillit penser qu’ils avaient raison. J’ai essayé de l’appeler, de lui laisser de longs messages… Rien. J’étais embêté, les théâtres me demandaient où nous en étions, le producteurs m’a dit que ce n’était pas possible, qu’on était planté. Il m’a demandé de réagir. J’ai commencé à écrire une lettre un peu salée et j’étais entrain de l’écrire quand le téléphone sonne. C’était Alain lui-même, avec une voix profonde. Il m’a dit : »J’ai un cancer, je vais mourir je ne peux plus faire le projet ». Heureusement que je n’ai pas envoyé la lettre, j’ai remercié les dieux. J’ai voulu abandonner et Bashung m’a dit : « Non, nous sommes allés trop loin, nous avons la maquette; maquette, Denis Clavaizolle va diriger les musiciens et je viendrai voir le spectacle avant de mourir ». En chialant, nous avons repris les répétitions. Nous nous somme dépêchés pour trouver un théâtre. Le Rond-Point s ‘est déclenché. Il n’a pas pu voir le spectacle, mais nous avons gardé la chaise de Bashung.

Les musiciens restent les mêmes qu’en 2009 dans cette reprise pour les 10 ans?
Nous ne voulons pas et ne pouvons pas changer la bande-son. Elle doit rester intacte. Ce sont les musiciens que Bashung avait choisis. Il avait parlé avec ses amis pour réunir tous ces musiciens.

En revanche le nombre de danseur passe de 14 à 12…
J’ai transformé un peu la chorégraphie. Non seulement parce qu’ il y a des problèmes économiques aujourd’hui mais aussi pour correspondre à la compagnie telle qu’elle est aujourd’hui. C’est la même équipe avec laquelle on tourne, du coup, ils ont une dextérité et une complicité que j’ai voulu garder. J’ai essayé et cela marche très bien.

L’Homme à la tête de chou clôture votre cycle sur le rock. C’est encore iconoclaste de proposer des musiques populaires dans le domaine de la danse.
Quand le spectacle a été créé, c’était un peu mal vu dans le monde dans la danse. Il fallait prendre des musiques contemporaines, de la recherche. De mon côté, j’aimais bien le rock, avant même de danser c’était mon idéal. Quand il y a eu les cinquante ans du rock, je me suis dit que c’était le moment joindre les deux et j’ai rendu hommage à mon maître à penser Merce Cunningham qui était de la même nationalité qu’Elvis Presley et qui avait monté sa compagnie au début du rock en 1954. ce spectacle a été accepté dans notre milieu, car il y avait un travail culturel et j’ai pu me faire plaisir avec deux spectacles : My Rock et My Lady’s Rock, et j’ai clos le cycle avec L’homme à la tête de Chou et des chansons en français qu’il n’y avait pas du tout dans les deux autres volets. Au début cela grinçait un peu, notamment chez les critiques, mais maintenant, c’est accepté. La danse contemporaine s’ouvre à d’autres musiques et cela permet une liberté.

Et la chanson? Le fait qu’il y a des mots auxquels s’accrocher?
C’est plutôt une danse semi-abstraite, il y a de l’interprétation. Il y a bien sur le mouvement mais le texte permet au public d’avoir du sens par les mots et de se libérer poétiquement par la danse. Ça fait un peu comme une voix off, un fil conducteur et après cela permet de faire le lien, c’est très réjouissant.

Cela permet aussi d’ouvrir à d’autres publics?
Je ne le fais pas pour cela, car je crée aussi des spectacles sans mots et je peux tenter de faire de la poésie absolue. Mais comme je ne dénature pas ce que je fais, toutes les portes pour y entrer sont bienvenues. Pour le spectacle My rock, c’était plaisant de voir arriver les hommes. D’habitude ce sont plutôt les femmes qui viennent nous voir et les maris restent à la maison. Pour My rock, elles venaient avec leurs maris car les titres leurs plaisaient, ils mangeaient de la danse contemporaine sans même le savoir et cela leur donnait du goût pour d’autres spectacles, y compris d’autres chorégraphes.

Autour des deux représentations de l’Homme à la tête de chou, quels sont les autres événements dédiés à Bashung prévus à Bourges?

Nous avons organisé une navigation dans la ville avec des personnalités de Bourges : amateurs, comédiens, étudiants des conservatoires, qui vont faire des extraits de mes chorégraphies. Et nous allons finir sur le parvis avec un bal dans lequel je veux mettre une chanson de Bashung.

Visuel : affiche

« Concert Miroir » à la Philarmonie, Mozart ravit et Elliott Carter surprend.
Recréation romantique à Saint-Etienne
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *