Chansons

[Chronique] 36 heures de la vie d’une femme, le quotidien très habité d’Agnès Bihl

[Chronique] 36 heures de la vie d’une femme, le quotidien très habité d’Agnès Bihl

27 novembre 2013 | PAR Yaël Hirsch

Parce que les 24 heures réglementées par la nouvelle de Stefan Zweig n’étaient pas assez, la chanteuse Agnès Bihl est de retour depuis le 12 octobre avec 36 heures et un récit écrit de sa vie tumultueuse. Après une date à l’Européen, le 12 novembre, elle est en tournée dans toute la France.

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36 heures de la vei d'uen femme- agnès bihlToujours accompagnée par la pianiste et compositrice Dorothée Daniel, Agnès Bihl ancre son nouvel opus dans la lignée du dernier album Rêve général(e) : en témoigne la reprise de l’humoristique chanson « Gueule de bois » et la continuité des thèmes qui vont de l’intime au politique sur fond d’accordéon et de piano réalistes. Se peignant en grenelle célibataire déçue par les hommes mais sauvée par son humour (et le bon bordeaux) dans « La déprime » ou dans le  très féminin pastiche du « Jeff » de Brel, « Pleure pas Casanova », Agnès Bihl n’oublie pas que la musique accompagne les moments de joie (« La sieste crapuleuse », d’ailleurs premier extrait de l’album), de liberté (« Faites l’amour, pas la vaisselle ») et d’engagement (« La manif »). Elle dépeint avec nostalgie un monde perdu et populaire, où la sortie de la semaine se faisait au « Ciné-club », où l’on croyait au communisme.

Pour Agnès Bihl, les années 1970 n’ont pas disparu. La preuve, la petite fille qu’elle était croit toujours que « la plus belle, c’est ma mère ! » Avec des jeux de mots comme seule Agnès Bihl sait en produire, des mélodies qui se raffinent au fur et à mesure que l’album avance, Agnès Bihl propose une série de portraits et de saynètes comme seuls le cabaret et la chanson savent en offrir. Et la femme moderne et débordée sait même sortir du cadre et laisser toute la place à ses personnages qu’elle traite avec tendresse, notamment les petits enfants juifs arrêtés dans une rafle, qu’elle évoque avec force et simplicité dans « Le baiser de la concierge ».

Généreux de 15 titres, et coiffé d’un petit texte autobiographique, ce nouvel album d’Agnès Bihl est bien la continuation d’une œuvre d’autant plus importante qu’Agnès Bihl constitue la relève d’une vieille tradition de chanson où les mots sont premiers et qui se resserre comme une peau de chagrin.

Agnès Bihl, 36 heures de la vie d’une femme, éditions Raoul Breton,13 euros.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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