Chansons

Alain Chamfort : « Je suis quelqu’un de doux »

Alain Chamfort : « Je suis quelqu’un de doux »

20 octobre 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Alors que son dernier album, Le Désordre des choses, est un carton, que son Trianon de Novembre est complet et que les places sont déjà en vente pour sa Cigale le 19 mars 2019, Toute La Culture est allé, pour la troisième fois (une ici et deuxième là) à la rencontre du plus chic des dandys de la chanson française.

« Les entends-tu bien, toutes les chansons ? » demandez-vous d’entrée de jeu. Et quand on tape votre nom sur Spotify, Manureva est là, toujours, encore, trop ? Pourquoi est-ce cette chanson qui vous poursuit ?

C’est celle qui a marché le plus, celle qui a le plus d’adhésion, qui a convaincu le plus grand nombre de publics et qui à un moment donné, a touché sans retenue pour des générations, c’est ce qu’on appelle une chanson populaire. Elle était plus déterminante parce que les premières étaient dans un registre qui s’adressait à des jeunes filles essentiellement. Celle-là, tout le monde peut s’y retrouver, ça ne s’adresse pas à un public particulier. Ce n’est pas celle que je préfère chanter mais elle est très attachée à moi et m’a permis de rencontrer une grosse audience et de me positionner de manière plus affirmée. Je la chante quand même régulièrement parce qu’il y a une telle attente pour cette chanson que ça fait un peu un point culminant. Ça soulage les gens, ils se lèvent et dansent et ça fait plaisir à tout le monde.

Il y a deux ans, la jeune garde vous a réinterprété, remixé ? Comment était né ce projet ?

C’était à l’initiative d’un jeune DJ qui s’appelle Marco Do Santos. Il connaissait des gens de mon entourage, qui passait certaines de mes chansons dans ses sets et il s’intéressait à mon répertoire mais ne le connaissait pas forcément bien, il a trouvé plein de choses qui lui plaisaient et s’est dit que ce serait intéressant de proposer à la scène électro et de voir comment elle réagirait si on leur proposait « des chansons d’Alain ». Il les a approchés les uns après les autres et ils ont tous été convaincus et ça leur a paru une bonne idée de faire ça. Ils ont chacun choisi une chanson qui leur correspondait et qui les inspirait le mieux et ils en ont fait leur version.

A ce sujet, que pensez-vous de Paradis et leur nom tiré de votre « Paradis »

Cela donne l’impression d’être un peu considéré dans ce monde de la musique par des gens qui en font aussi et qui estiment que votre travail n’est pas complètement à jeter et qu’ils y ont été sensibles. Quand on va leur proposer de choisir un titre ils le font avec plaisir. J’ai été moi-même influencé par de nombreux artistes avant de me lancer et ce que je fais c’est la synthèse de ce que j’ai aimé donc si ma musique peut nourrir d’autres musiciens et qu’ils en font autre chose c’est comme ça que la musique se transmet de génération en génération et continue à évoluer.

Vous avez toujours eu un rapport très franc aux maisons de disques, avec le recul quel regard portez vous sur Une vie Saint Laurent, mon album préféré de vous ?

Personne n’avait souhaité nous accompagner sur ce projet, on avait fait le tour des maisons de disques et il nous restait cette possibilité-là qu’était VentesPrivées.com et il avait une clientèle pré-existante. Il cherchait à ouvrir sur des produits culturels qui manquaient à son catalogue. Notre rapprochement était souhaitable des deux côtés. Ces ventes sur Internet sont indispensables aujourd’hui et se développent de jour en jour, elle prend de plus en plus sa place et les gens consomment de la musique autrement. Aujourd’hui, les gens ont la capacité d’acheter des disques si c’est toujours dans leur fonctionnement et par ailleurs ils peuvent aussi télécharger, s’abonner. L’album était quand même distribué puisque VentePrivées vend des objets physiques, on ne le téléchargeait pas encore.

Votre dernier album cartonne, votre prochaine date au Trianon est complète. Vous partez en tournée. Où, quand ? Comment ça se passe, la route avec vous ?

C’est très agréable pour l’ensemble de l’équipe je crois parce que les gens qui viennent ne sont pas du tout obligés de le faire, j’ai trois musiciens qui sont très bons dans leur domaine et très impliqués et heureux de jouer ce répertoire et on est quand même très nombreux. J’ai une personne au son, aux éclairages, un régisseur. On est une dizaine à se déplacer. Le matériel et la technique se déplacent par camion et soit on a des dates serrées qu’on enchaîne et on se déplace en tour bus soit en avion ou en train. Les musiciens et moi avons un traitement un peu particulier parce qu’on se déplace ensemble. C’est une tournée qui va se prolonger, on espère rentrer dans la programmation des festivals de 2019.

Et là, ceux qui n’ont pas acheté, streamer, télécharger « le désordre des choses » écoutent un nouvel extrait « En attendant ». Une chanson très très nostalgique. Qu’est vous attendez aujourd’hui Alain Chamfort ?. Je veux dire, vraiment face à ce monde ou comme vous le chantez avec beaucoup de cynisme, « tout est pop »

Je trouve que c’est un sujet qui est en chacun de nous. J’aimais bien ce thème de chanson. Je ne trouve pas ça nostalgique je trouve que c’est l’idée de projeter toujours sa vie, d’imaginer des choses, de fixer cet objectif et avant de l’atteindre on passe à côté de plein d’autres choses. On a des tendances à procéder par étapes. Des projections qu’on fait pour améliorer nos conditions de vie plutôt que de profiter de nos vies sur le moment on espère toujours qu’elle sera meilleure quand on aura obtenu cet objectif. Observer ce qui se passe dans nos vies plutôt que la laisser passer en espérant toujours mieux. Je fais de moins en moins de projets parce que le temps passe de plus en plus vite donc j’essaye de faire des choses dans l’immédiat, plus des projets sur le long terme.

Dans « Tout est pop » vous opposez  «  »Pape et Poutine, pipe en full screen- Les saintes comme les salopes.  Comment comprenez-vous le mouvement MeToo un an après?

Les femmes ont gagné un statut qui leur permet de se défendre et c’est plutôt ça qu’il faut valoriser plutôt que ces hommes qui abusent de leur pouvoir. Je n’ai pas l’impression d’avoir appartenu à cette catégorie d’hommes, je suis quelqu’un de doux.

Visuel: Couverture de l’album

Restaurant Mayo : coup de jeune au Hyatt Regency Paris Étoile
La Chartreuse de Villeneuve Lez Avignon repense l’architecture
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *