Musique

CD : Editors, In This Light And On This Evening

19 octobre 2009 | PAR Mikaël Faujour

Attention, douche froide! Avec leur troisième album, les Editors pénètrent dans les eaux glaciales d’un rock synthétique au parfum de cold wave du début des années 1980. Un virage à peu près réussi, avec un album offrant des instants fascinants.

Editors s’était fait connaître en 2005 avec The Back Room, bon premier album d’un rock tendu et froid, aux guitares écorchées, entre Joy Division et Interpol. An End Has a Start, en 2007, poursuivait sur le même chemin.

Mais avec leur troisième album, In This Light And On This Evening, les Britanniques, tout en baignant dans les mêmes influences early 80s, prennent un virage vers une musique synthétique rappelant les meilleurs moments de la cold wave britannique. Avec Mark « Flood » Ellis à la barre, le groupe ne pouvait rêver meilleur producteur. Celui qui fut assistant de Martin Hannett sur Movement (New Order), producteur des classiques Pretty Hate Machine (Nine Inch Nails) et Violator (Depeche Mode), et qui travailla aussi avec Cabaret Voltaire à ses débuts, s’y connaît en matière de rock synthétique – et c’est peu dire.

Avec le morceau-titre en ouverture « In This Light And On This Evening », le ton est donné : la froidure de la composition rappelle le New Order de Movement et la voix profonde, presque sépulcrale, celle du crooner gothique Peter Steele (Type O Negative). Atmosphérique et grave, secoué d’élans nerveux, le morceau est remarquable de froideur – et l’un des meilleurs moments de ce bel album. Autre moment fort, le single « Papillon », excellent morceau de synth-pop on the rocks sous influence New Order, où Tom Smith retrouve les accents incantatoires d’un Paul Banks (Interpol). Dansant et glacial comme  le serait The Bravery après un bain d’azote liquide.

L’album, au son rétro fait la part belle aux claviers vintage (à l’image du « Bricks And Mortar », remontant jusqu’au Kraftwerk d’Autobahn) – précisément ce que reprochent fans et critiques. Car les guitares sont ici remisées au placard sur ce disque anthracite à souhait, où se croisent le souvenir brumeux de New Order, d’Interpol et du dernier Joy Division. À l’image de « The Big Exit », dont la grandeur poignante, nerveuse, se rapproche des ambiances du Joy Division de Closer (« Atrocity Exhibition », « Heart & Soul »…) ou des enregistrements live (avec en plus l’assurance et la maîtrise aux claviers).

Il y a néanmoins cette impression décevante d’essoufflement qui surgit et laisse le regret que le groupe n’ait pas opté pour un maxi de 5 ou 6 titres. La fin du disque a quelque chose de poussif et superfétatoire, que ce soit le trop mol « Like a Treasure », l’apathique pop « Eat Raw Meat = Blood Drool » ou un « Walk the Fleet Road » traînant des pieds et les nerfs. Pour l’éclat de certaines pièces qu’il contient, In This Light And On This Evening est un album à écouter – surtout pour les nostalgiques de cold wave.

Ressort de ce disque un sentiment d’inachèvement, ou de remplissage… Laissé à l’arbitraire de chacun, le verdict d’hommage/influence ou de plagiat tombera alternativement. Reste que la force d’interprétation du chanteur est évidente : Tom Smith est convaincant, tour à tour gravement intérieur, puis incantatoire et prophétique.

Editors, In This Light And On This Evening, PIAS
En concert au Bataclan, le 14 décembre 2009

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Mikaël Faujour

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