Musique

Bathory, The Root of the Darkness & Evil (Camion Blanc) : une biographie dispensable

17 mai 2011 | PAR Mikaël Faujour

Sortie chez Camion Blanc, éditeur rock de référence, la première biographie consacrée à Bathory s’avère un travail bâclé. Une déception à quoi Camion Blanc nous a peu habitués.

Rédigée par Armand Buchy, The Root of the Darkness & Evil a pour mérite principal – voire unique – d’être la seule biographie consacrée à Bathory. « Groupe » suédois (son guitariste/chanteur/auteur, surnommé Quorthon, en est le seul membre permenant) né au début des années 1980, Bathory est tout simplement le premier groupe de metal extrême d’importance de la scène scandinave. Il est tout simplement le groupe fondateur du black metal (même si certains pondéreraient le propos) et du viking metal. Ces deux genres connaîtront ultérieurement une efflorescence qui fera la réputation dans les musiques extrêmes et underground de la Scandinavie. Bathory contribua à en fixer les codes esthétiques (musique agressive, production médiocre, voix feulante ; sapes cloutées et décorum satanico-occultiste) et thématiques (un satanisme de kermesse, puis la mythologie nordique, la haine du christianisme), délivrant une musique puissante, théâtrale jusqu’à la grandiloquence, souvent ambitieuse et parfois fascinante.

Un biographe, le plus souvent, a le choix entre deux partis pris : contribuer à la légende, c’est-à-dire entretenir le mystère, ou bien rendre compte de l’intrication de la vie et de l’œuvre d’un artiste de façon factuelle. En l’occurrence, Armand Buchy ne choisit pas : tantôt, il tente d’entretenir le mystère sur l’identité de l’artiste, Quorthon, avec qui se confond Bathory (ou d’en rendre compte) ; tantôt il livre l’image d’un homme simple et lucide, n’aspirant à aucune légende, avant tout un artiste au sens le plus traditionnel, en somme un artisan de la musique. Quand, au début du livre, l’auteur expose les incertitudes quant aux liens familiaux et à l’identité exacte de Quorthon, c’est simplement faute d’avoir enquêté en Suède. D’où monte vite le sentiment d’un document biographique tenant moins de l’enquête que du travail derrière l’ordinateur. Pour l’essentiel, les sources sont des magazines et sites internet, pour rendre compte de l’accueil critique des disques successifs de Bathory. Et quand toutefois il s’aventure à parler de mythologie scandinave, sa recherche se limite à deux ou trois références biographiques de hasard sur le sujet. Armand Buchy n’a rencontré aucun  artiste, aucun producteur, aucun des protagonistes dont il parle. Et quand il cite un passage de l’Évangile, c’est pour parler de « psaume » quand il est question de verset.

On passera sur les fautes de transcription des paroles et de traduction de l’anglais au français, franchement médiocres, pour constater que, plus volumineuse que nourrie, cette biographie de Bathory ne rend pas pleinement justice à Quorthon. Son mérite principal, voire unique, est d’être la seule consacrée à ce groupe séminal. On devine surtout que la médiocrité du travail doit sans doute moins à la personne d’Armand Buchy lui-même qu’à la rémunération de la commande, qui ne permettait sans doute pas une investigation plus longue. Un travail possiblement symptomatique de l’ère du précariat et de la productivité : il faut produire, qu’importe la qualité, qui de toute façon ne sera pas la meilleure parce qu’on n’en donne pas les moyens.

The Root of the Darkness & Evil apporte toute de même un peu plus que ce que vous pourriez trouver sur Internet à propos de Bathory, quelques anecdotes comiques, notamment dues au courrier des lecteurs (je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître…). On découvre aussi un Quorthon nuancé, mettant volontiers à distance les délires satanistes ou vikings comme exploration artistique et non comme mode de vie revivaliste. En tout état de cause, on conseillera plutost de retourner vers les disques essentiels de Bathory, comme Blood Fire Death, Twilight of the Gods ou le diptyque Nordland.

Bathory – The Root of the Darkness and Evil, Armand Buchy (éd. Camion Blanc, 2011)

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Mikaël Faujour

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