Musique

AaRON : Birds In the Storm, entre poptimisme et complainte

16 octobre 2010 | PAR Mikaël Faujour

Trois ans après son triomphal premier album studio, AaRON est de retour avec Birds In the Storm, disque riche, varié, aux reflets new wave ou pop et oscillant entre accablement et enjouement. Deux facettes que résument les deux premiers singles : le mélancolique « Rise » et l’optimiste « Seeds of Gold ».

Il est des réussites qui, pour circonstanciées ou fortuites qu’elles soient, sont des bénédictions. Qui sait quelle destinée fastidieuse aurait poursuivi le duo AaRON sans le succès du film Je vais bien, ne t’en fais pas (2006) et, partant, de leur superbe musique-phare, le single « U-Turn (Lili) » ? Ce type d’heureux accident démontre combien l’on peut être populaire et talentueux, sophistiqué et accessible, et, peut-être, donne encore la foi à d’autres groupes moins chanceux et aussi brillants de persévérer. En tout état de cause, l’élégiaque Artificial Animals Riding On Neverland reste l’une des plus belles fleurs de la scène musicale française de ces quelques dernières années.

Le retour de la paire Simon Buret/Olivier Coursier, en ce début d’automne, suscite donc un enthousiasme et une curiosité que les affiches omniprésentes à Paris ne font qu’attiser. Comme nous l’a expliqué le duo lorsque nous l’avons rencontré, une liberté totale – d’exécution et de délai – lui a été laissée par le label (Cinq7). Et AaRON ne s’est pas privé, réalisant l’album dans sa totalité (de la composition au mixage), pour le remettre achevé au label approbateur. Birds In the Storm est donc un album totalement artisanal, fait maison.

Alors, qu’es aquò ? De chansons minimalistes construites autour du duo guitare/voix ou piano/voix, à des morceaux plus complexes, construits en strates successives, AaRON signe un album riche et plus varié que son prédécesseur. En douze vignettes rêveuses, ici mélancoliques et là plus enthousiastes, le duo brasse diverses influences sans jamais s’arrêter à copier servilement un genre.

Tantôt la caresse néo-cold wave de sonorités synthétiques qui évoquent le dernier Editors ou un mixage à la Interpol (le superbe et tourbillonnant morceau-titre « Birds In the Storm ») ; tantôt une ballade rock dépouillée, presque décharnée, à l’image du single « Rise » ou de « Song For Ever », dont les échos autant que la mélancolie froide et pénétrante rappellent Denali. Tantôt un rythme traînant et plaintif, tantôt un élan de joie pop irrésistible. Ainsi du titre d’ouverture, qui ouvre une voie nouvelle : « Ludlow L », rêverie gaie et brumeuse. Un beat entraînant avive le souvenir de « I Just Can’t Get Enough » de Depeche Mode. Le rythme lentement se lève ; la basse ronde, d’abord, puis grésillante, les couches synthétiques s’empilent une à une en un mille-feuilles aux moirures new wave pour un résultat assez épatant.

L’album dans son entier oscille en fait entre accablements et élans de vitalité, et les paroles évoquent singulièrement les divers stades d’un deuil amoureux – ce qui a un peu surpris Simon Buret (le chanteur-parolier), lorsque nous l’avons interviouvé. C’est que sont récurrents les thèmes de l’absence, de la solitude, de la rêverie attristée, de la recherche d’espoir, qu’illustrent par exemple des paroles comme « She’s living in my head now / And it surely makes me sad » (« Song For Ever »). Le final dépouillé (piano/voix), « Embers », fait même penser à un deuil – tout court – par sa tonalité élégiaque de prière : « Please don’t you fear the dark / Just embrace the stars / Now you’re part of the night / You’ll be safe in their light »…

Sur Birds In the Storm, AaRON vogue donc entre poptimisme (« Something’s coming up, the wind is full of hands to help », chante Simon Buret sur l’évident second single « Seeds of Gold ») et complainte, entre soleils levants et neurasthénie hivernale, élargissant sa palette émotionnelle autant que musicale. Et le résultat est globalement convaincant. Peut-être même plus que son triomphal prédécesseur.

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Mikaël Faujour

3 thoughts on “AaRON : Birds In the Storm, entre poptimisme et complainte”

Commentaire(s)

  • MATHIEU

    coolax !

    octobre 19, 2010 at 21 h 46 min

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