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Une insulte « homophobe » sur une fresque de Pompéi

Une insulte « homophobe » sur une fresque de Pompéi

08 janvier 2021 | PAR Lise Ripoche

Les archéologues du site de Pompéi ont récemment mis à jour une fresque sur laquelle avait été inscrit, il y a plus de 19 siècles, une insulte « homophobe ». 

En décembre 2020, le site internet consacré aux recherches archéologiques de Pompéi publie un article rendant compte de la découverte d’une fresque remarquablement conservée, qu’ils identifient comme la devanture publicitaire d’une échoppe alimentaire. Au cœur des natures mortes, discrètement nichée dans le cadre de la peinture d’un chien, apparaît l’inscription « Nicia cineade cacator ». Alors que Nicia désigne probablement le propriétaire de l’échoppe, l’expression cineade cacator aurait plusieurs traductions comme « chieur débauché » ou « giton de merde ». Le terme « cacator » en particulier n’a pas de traduction moderne exacte, car il réfère au rôle du jeune garçon dans un type de relation particulièrement commune à l’Antiquité, généralement connue sous le nom de paederastia. Comment comprendre alors cette moquerie homophobe, dans un cadre historique dans lequel l’homosexualité paraît admise ? 

Si les relations entre hommes et entre femmes avaient ordinairement cours à cette époque, le monde romain n’était pour autant pas exempte d’une certaine forme d’homophobie, stigmatisant notamment les jeunes garçons entretenus par des amants (les « gitons »). Aussi, avant la rupture qu’entrainera le développement du christianisme et les meurtres qu’il perpétuera, la société romaine employait déjà la passivité sexuelle comme une insulte, manière de réaffirmer le culte patriarcale de la virilité. La mise à jour de cette fresque et les commentaires qu’elle suscite, notamment celle du journal populiste italien Il Giornale qui raille «Il ne reste plus qu’à attendre que les légionnaires de la culture politiquement correcte l’effacent», démontre que si l’homophobie n’est pas l’apanage de notre époque, elle reste pour le moins une problématique très actuelle. 

 

crédit visuel: © pompeiisites.org 

 

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