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Une culture en soi plutôt que pour soi chez Jean-Luc Mélenchon

Une culture en soi plutôt que pour soi chez Jean-Luc Mélenchon

09 octobre 2016 | PAR Franck Jacquet

Toute la culture suit depuis cet été la pré-campagne et la campagne présidentielle. En matière de politique culturelle, de rapport à la culture ou encore de lien entre les arts et l’éducation, qui propose quoi et à partir de quelle expérience (mandat, poste ministériel occupé…) ? A chaque semaine son candidat, mais toujours les mêmes questions. De quoi comparer les approches de ceux qui prétendent au poste de « monarque républicain » ! Après Alain Juppé (voir ici), quid de Jean-Luc Mélenchon ? 

 

 

« Fiche signalétique » (Le parcours politique, le positionnement actuel, les chances de réussite…) :

Jean-Luc Mélenchon cherche, avec sa modeste assise partisane (le Front de Gauche est globalement cliniquement mort, son Parti de gauche est bien petit), à gagner des appuis à la gauche du PS et dans les gauches alternatives. Il bénéficie de ce qu’en ce côté du spectre politique, tout le monde semble bien inaudible (NPA…). Ancien élu socialiste (notamment au Sénat), il a claqué la porte de Solferino depuis longtemps et refuse de participer tout net à la primaire de gauche, préférant l’appui de la société civile. Il réussit au fil des sondages à « tangenter » François Hollande et reste scotché à un assez bon niveau, entre 11 et 13%, ce qui ne lui donne cependant guère de chance d’exister au-delà du premier tour… Il représente une gauche de plus en plus antimondialisation et qui pourrait bien, à terme, être tentée par un certain repli hexagonal, d’autant plus que les expériences européennes ou étrangères de gauche alternative au pouvoir ont tourné court (chavisme vénézuélien, Siriza en Grèce ou encore Podemos en Espagne).

Quel est le programme ? Quelles sont les mesures émises ?  (Site internet, prises de position en réunion publique, articles, livres…) :

Très clairement, la culture en tant que telle, pour soi et en soi n’est pas une priorité dans le discours et les propositions du candidat. Il faut bien comprendre qu’il n’y a pas encore de programme précis cependant pour la simple et bonne raison que la démarche est ici down-top : les citoyens se reconnaissant dans le leader sont invités à contribuer à son projet et deux lieutenants (notamment le professeur Généreux, peu connu pour ses inclinations vers le monde de la culture) réalisent des synthèses. Qu’en retenir pour le moment ? La culture n’est pas une préoccupation immédiate et ne fait pas l’objet d’un traitement à part comme chez la majorité des candidats. Elle est intégrée dans un volet « fourre-tout » intitulé le progrès humain (y figurent pêle-mêle les techniques, l’automatisation et l’intelligence artificielle, la culture, la santé, l’éducation…). Peu de mesures concrètes sont présentées : on retiendra l’idée d’une cotisation universelle pour la culture remplaçant le système Hadopi. Pour chercher des prises de position, il faut donc aller voir dans les derniers ouvrages du candidat (Le choix de l’insoumission) et surtout, surtout… dans son programme de 2012 : globalement, rien d’étonnant; l’idée est de soustraire la culture à tout ce qui peut relever de l’économique et de la sphère des entreprises (ex : mettre fin aux liens entre le CNRS et d’autres centres de recherche publics avec le privé pour rompre avec la logique de partenariat en plein essor ; appui de la diversité culturelle…). Là encore, une philosophie plutôt qu’un ensemble de mesures. On peut essayer de chercher du côté des discours, mais là encore, pas de prise de position précise ; le candidat se concentre sur le monde du travail, sur l’économie de manière générale (sans la culture comme secteur donc), et de plus en plus sur les questions d’identité.

En termes de montants, cela donne quoi ?

Aucun chiffrage précis n’existe ; seules des intentions générales pour une culture intégrée dans le progrès humain sont proposées.

La culture pour elle-même ou comme sous-catégorie dans les débats sur l’éducation et l’identité ?

La culture n’est donc pas une priorité, mais elle apparaît dans le débat sur l’identité qui est désormais au cœur de la pré-campagne. Si Jean-Luc Mélenchon est peu disert, comme beaucoup, sur un chiffrage précis de ses mesures culturelles, il a cependant décidé d’aborder la culture à travers cette question identitaire qui travaille l’électorat de gauche dont le monde ouvrier, largement acquis au Front National. Pour autant, cette stratégie ne semble guère fonctionner : le PCF, allié traditionnel déjà fâché l’accuse – avec un peu d’excès – de tourner nationaliste alors que le monde ouvrier semble encore peu réceptif à ses propositions, ce que l’extrême-droite a bien compris, puisqu’elle s’occupe désormais de surfer sur sa « prééminence » sur l’identité tout en rassurant avec des annonces sociales… De manière générale, la culture n’est pas encore une politique pour soi (reprenons les terminaisons marxiennes appréciées du tribun) mais une culture qui est encastrée dans le social (elle serait comptabilisée dans un Indice de Progrès Humain) et dans l’Etat conçu comme Etat-nation. La dimension européenne en matière culturelle est certes affichée chez Jean-Luc Mélenchon, mais parasitée par la volonté de sortir des traités, volonté largement prioritaire dans l’agenda posé.

Un candidat aux propositions crédibles pour le monde de la culture et les politiques culturelles ? (Réalisations et prises de position antérieures…) :

Jean-Luc Mélenchon est assurément bien soutenu dans le monde de la culture (souvenons-nous de Sanseverino en 2012) et il est très lettré (ses discours sont toujours remarqués comme ceux de Christiane Taubira, ce qui plaît aux acteurs de la culture). Son parcours est celui d’un homme qui n’a jamais touché directement aux politiques culturelles au Sénat comme en tant que chef de Parti.

Degré de crédibilité de l’ensemble :

Il faudra attendre les mesures concrètes, mais la politique en matière de finances publiques (et donc les capacités de finances ou d’organisation dans le monde culturel) paraît très ambitieuse pour la majorité des observateurs.

 visuel : Creative commons

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Franck Jacquet
Diplômé de Sciences Po et de l'ESCP - Enseigne en classes préparatoires publiques et privées et en école de commerce - Chercheur en théorie politique et en histoire, esthétique, notamment sur les nationalismes - Publie dans des revues scientifiques ou grand public (On the Field...), rédactions en ligne (Le nouveau cénacle...) - Se demande ce qu'il y après la Recherche (du temps perdu...)

One thought on “Une culture en soi plutôt que pour soi chez Jean-Luc Mélenchon”

Commentaire(s)

  • Rodger

    Mélenchon ne semble pas avoir une politique verticale pour la culture, ce qui est plutôt rassurant en cette époque où chacun y va avec la prétendue  »culture gréco-latine » de notre bon peuple qui doit lire Virgile et Homère chaque matin. Au contraire Mélenchon semble avoir une vision enracinée de la culture. Un enracinement dans le seul durable : la condition humaine et son aspiration à la vie. En outre, et il est le seul, Mélenchon laisse la production culturelle aux artistes enracinés sur le terrain plutôt qu’aux idéologues parisiens qui n’y connaissent rien.

    octobre 9, 2016 at 14 h 54 min

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