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« Spatiodermie », une exposition de Thibault Duchesne à la Galerie Bubenberg

« Spatiodermie », une exposition de Thibault Duchesne à la Galerie Bubenberg

27 février 2019 | PAR Simon Gerard

Thibault Duchesne entretient avec les éléments une relation oscillant entre la révérence et la fascination. Qualifier sa pratique d’écologiste serait de l’étiquetage consensuel ; la définir comme animiste relèverait de l’amalgame simpliste. Les récentes créations du jeune plasticien formé aux Beaux-Arts de Cergy, proposées jusqu’en mars a la galerie Bubenberg pour son exposition Spatiodermie, témoignent d’une déférence humble pour les émanations spontanées de la nature et de l’existence.

Les deux pièces maîtresses de cette petite monographie, Le temps adhère à l’espace, sont deux grandes feuilles que l’exposition au soleil a altérées sous le contrôle rigoureux de l’artiste. S’y impriment deux architectures minimales et légères dont la forme et l’origine, bien que profondément opposées – la rigueur géométrique d’une projection architecturale contre l’energie incontrôlable d’un astre gazeux – nous projettent dans un temple du soleil aux qualités littéralement extraordinaires. À travers un verre traité pour figer le processus d’exposition, on entrevoit en effet un lieu inconcevable où tout, des fondations aux surfaces en passant par les ombres et les reflets, aurait la lumière comme matériau primordial.

Au croisement des deux œuvres accrochées au mur, une sculpture en acier oscille légèrement, supportée par deux pieds coincés dans des amas de pierres calcaires blanches. Duchesne projète dans l’espace les architectures solaires qu’il a couchées sur papier bible, comme pour les faire passer de la puissance à l’acte. Une tentative évidemment vaine, mais non dénuée d’une certaine beauté : la structure nous rappelle à elle dans sa dureté, faisant dire aux formations lumineuses qui la jouxtent : « nous ne sommes qu’utopie ». On pense à « Architectures réemployées réinventées » exposition proposée en septembre dernier par Célia Coëtte à la galerie Au Médicis : là-bas, l’architecture reposait sur les fondements marécageux de l’imagination des artistes.

Une série de petits tableaux occupe également tout un pan de mur de la galerie-appartement. Des roches sombres et charnues sont dessinées sur du papier carbone. Objet et sujet, signifiant et signifié, tout antagonisme métaphysique fusionne dans ces œuvres méditatives. Et comme une invitation à la dispersion, une série de photographies donne à voir le détail, presque abstrait, de la désagrégation des côtes du lac de Serre-Ponçon dans les Alpes.

Il est entendu que la pratique de Thibault Duchesne repose sur l’infime. Chacune de ses créations tient à quelques légères altérations, déclinées en une poignée d’infimes variations, jusqu’à épuisement de la matière brute qui lui sert de fondement. Rien ne se perd dans ses créations, et tout matériau trouve dans son essence un état qui lui correspond. Il en résulte une exposition solaire où chaque œuvre reflète la lumière de l’autre – que ce soit par le prisme d’un concept, d’un matériau ou d’une forme. Un projet cohérent dans les valeurs qu’il véhicule, et dans l’unité naturelle qu’il parvient à trouver.

 

CP © Bubenberg France, 2019

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Simon Gerard

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