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Rencontre avec Lyson Leclercq, une auteure prend l’Homme pour cible

Rencontre avec Lyson Leclercq, une auteure prend l’Homme pour cible

08 mars 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

A l’occasion de la Journée de la femme , toute la culture a demandé à une jeune auteure et cinéaste, Lyson Leclercq, sa vision artistique des femmes. A tout juste 30 ans,  elle signe un recueil de nouvelles au titre acide « l’homme? ». Interview

Quel est ton travail d’écrivain ?

A l’heure actuelle, je brosse une série de portraits dont le fil conducteur est l’Homme. Pour le moment, j’ai écrit une trentaine de textes qui sont des regards féminins personnels ou « inspirés », qui, à la fois, tentent de rendre compte de ressentis féminins face à l’homme et de brosser des portraits d’hommes réels ou imaginaires d’aujourd’hui. J’utilise en fonction de mon humeur un ton tendre ou caustique. Quant à la forme : c’est celle de la chronique et de sa légèreté,qui m’a parue la plus appropriée pour ce travail, même si, par ailleurs, j’écris aussi des nouvelles. Ce choix du texte court correspond aussi à une volonté d’aller à l’essentiel en peu de mots.
Au fond, cette galerie de portraits d’homme est une sorte de parcours initiatique imaginaire autour de la rencontre homme-femme, qui cherche à explorer les limites et les embûches à dépasser pour parvenir à l’amour

Tu as réalisé des courts métrages, peux tu en parler?

J’ai réalisé notamment « de mes nuits blanches « un court métrage de 12min. De mes nuits blanches est un plan séquence qui traite de l’attente amoureuse. Le choix du plan séquence correspondait à un choix de rythme pour faire passer la notion du temps dans l’attente amoureuse. La fluidité du plan séquence nous a permis de montrer le crescendo de la peur et les mouvements de camera représentaient ceux de la névrose. Il était au fond question de mettre en image les peurs que nous pouvons ressentir lors de cette attente.
Dans la même perspective d’exercices courts, j’ai également réalisé des plans séquence, traités en deux minutes, autour d’une galerie de personnages et de rencontres.
Je travaille enfin sur un programme documentaire court dont le sujet est la rencontre amoureuse: « L’ indiscrète ». C’est une camera qui « attrape » des couples dans la rue et leur demande de nous raconter leur première rencontre. Sans préparation, ni réflexion de la part du couple, les réponses sont très spontanées. Il y a toujours chez moi une envie de vérité, d’instants volés…
Mon prochain travail est l’écriture d’un long métrage qui parle entre autre de désir.

Quel est le lien entre cinéma et écriture littéraire ?

C’est au fond le même travail pris sous un angle différent…Dans les deux cas, il s’agit de rendre perceptible la complexité de personnages ou de situations en peu de mots, ou peu de séquences d’images.
L’écriture permet de partager des images, des sensations, des émotions. La camera à ses mouvements, ses choix des focales, ses valeurs de plans et l’écriture ses mots et ses figures de style. Finalement le désir reste le même : celui de partager un univers, un regard, de toucher, de faire rêver et questionner. Seul l’outil change.

Que représente la Journée de la femme pour toi?

Lorsqu’on parle de la Journée de la femme je pense bien sûr à ma mère manifestant pour les droits de la femme, et aussi à celles qui ont fait progresser nos droits. Cette journée nous rappelle la fragilité de cet équilibre et la vigilance que nous devons conserver. Elle nous rappelle aussi que, si en Occident nous avons fait quelques pas pour notre émancipation, il reste encore beaucoup à accomplir, notamment en matière d’égalité de salaire. Dans le reste du monde, beaucoup de femmes ont encore peu accès à l’émancipation notamment par un droit au travail et à la création. Leur seule reconnaissance reste le regard de leur conjoint et de leur famille… Je serais curieuse de connaître leur regard sur l’Homme.
Existe-t-il une journée de l’homme ?

 

Extrait du recueil L’Homme?

L’homme marié

A la crémaillère de mon ami Paul, où je porte ma dernière paire de talons qui cambre affreusement mes pieds mais qui me donne 15 cm de plus donc 5kg de moins, l’homme marié est là un peu par hasard, l’air absent, préoccupé. Comme il a arrêté de fumer à la naissance du deuxième, qu’il se couche tôt, qu’il mange à heure fixe et que sa vie est monastique depuis la naissance du premier, je lui trouve une mine resplendissante.
Il est nonchalant, il n’attend rien puisqu’il est marié, il dégage un sex-appeal irrésistible confirmé par sa réserve qui me rend dingue moi célib’ en mal d’un Charles Ingals.
Je l’imagine déjà la hache à la main bravant la tempête à la recherche de bois pour réchauffer sa famille, après m’avoir amoureusement embrassé, il raisonnerait nos enfants d’un tendre discours pendant que je finirais mes travaux de couture, près du feu, à l’abri du danger.

Le salon de mon ami Paul est plein de toutes les gazelles du quartier le sourire aux lèvres et la fesse haute mais le regard de mon homme marié s’en détourne.
Il est détendu et discret toujours sur le point de partir sans jamais s’en aller et pour couronner le tout son premier regard est ; vous êtes craquante mais pas dans cette vie.
Là ça s’affole ! Je suis amoureuse avant même qu’il ait eu le temps de susurrer, au moment où sa bouche s’approche, la voix teintée d’une légère culpabilité : qu’il n’a pas le droit d’être là. Nous y voilà ! Si je suis une femme prude je le rejette violement et après l’avoir giflé je reprends ma route, alors c’est que je suis née en 1920.
Mais je suis déjà à moitié dessapée et je me dis qu’après tout je suis une femme libérée, alors dans l’obscurité de la chambre de mon ami Paul, sur le tas de manteaux des invités ; j’y vais.
Telle Jeanne d’Arc je pars pour une guerre que je suis à peu près sûre de remporter. Je suis de toute façon bien trop occupée pour en souffrir, ha ! La conquérante que je suppute être tiendra quelques semaines avant de devenir guimauve, chamallow chabadabada. Lui, il a des gosses à gérer, une famille à impressionner et des avantages à conserver. Tout ça est très concret et bien loin de la folie amoureuse que moi celib’, hormones au taquet attend depuis toujours.
Deux solutions s’offrent à moi ; jouer la carte folle de sexe qui enflamme l’homme marié de toutes les dernières expériences hype. Ou de brandir l’étendard glorieux du grand amour. Alors telle Jeanne D’Arc j’aurai entendu des voix concernant la passion dévorante de mon homme marié et je brûlerai de désespoir en regardant celui-ci dévaler mon escalier.

Dépôt SACD n° :240603

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

7 thoughts on “Rencontre avec Lyson Leclercq, une auteure prend l’Homme pour cible”

Commentaire(s)

  • barreaux

    J’aime j’aime j’aime bravo et encore!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    mars 8, 2011 at 13 h 26 min
  • delgee

    Bravo bravo bravo!!!!
    J’aime le texte j’aime l’interview j’aime tout!!!!!

    mars 8, 2011 at 13 h 28 min
  • george

    Bien vu.
    Très beau texte en l’occurence. On sent la scène et les ressentis des personnages.

    mars 8, 2011 at 13 h 42 min
  • VIOT

    Bravo ! Le texte est super.
    Où peut-on trouver le recueil ?
    Félicitations et bonne poursuite.

    mars 8, 2011 at 13 h 52 min
  • DEGLAIRE Ghislaine

    BRAVO Lyson, du haut de tes 30 ans, tu as déjà compris beaucoup de choses. Moi, avec mes 60 balets, je pourrais en ajouter d’autres…
    continue, tu excelles dans l’écriture, à quand le long métrage ?
    gros bisous.

    mars 8, 2011 at 13 h 58 min
  • zoub

    Je trouve que tes pensées retranscrites, dégagent pour moi un certain hérotisme même si mes collègues pensent différement. Je trouve que ton écriture me plonge dans un réalisme déconcertant. De mon point de vu d’homme, je te propose la solution: « jouer la carte du sexe… »car effectivement l’homme marié dans une situation affective stable est en recherche me semble t-il « uniquement » de moments intenses et jouissifs.
    Ce n’est qu’une opinion d’un homme.

    mars 8, 2011 at 14 h 10 min
  • DORE

    J’aimerais trouver le recueil. Où ? Merci

    mars 14, 2011 at 8 h 57 min

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