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Primaire des écologistes – Jadot / Rivasi : qui ce soir pour représenter la famille en déroute ?

Primaire des écologistes – Jadot / Rivasi : qui ce soir pour représenter la famille en déroute ?

07 novembre 2016 | PAR Franck Jacquet

Toute la culture suit depuis cet été la pré-campagne et la campagne présidentielle. En matière de politique culturelle, de rapport à la culture ou encore de lien entre les arts et l’éducation, qui propose quoi et à partir de quelle expérience (mandat, poste ministériel occupé…) ? A chaque semaine son candidat, mais toujours les mêmes questions. De quoi comparer les approches de ceux qui prétendent au poste de « monarque républicain » !

Ce soir sera connu le vainqueur de la primaire écologiste (EELV), primaire semi-ouverte en ligne (près de 17000 inscrits pour seulement 12000 votants au premier tour). Après la semi-surprise de l’éviction de Cécile Duflot, toujours portée disparue, la famille en crise (parlementaire, politique, financière…) devait choisir entre Yannick Jadot et Michèle Rivasi. Un constat commun : la politique culturelle n’est pas la priorité pour les deux candidats, le gagnant n’étant même pas sûr de parvenir au premier tour ! Petite comparaison.

 Jadot - Rivasi

 

« Fiche signalétique » (Le parcours politique, le positionnement actuel, les chances de réussite…) :

YJ : Député européen, ancien responsable pour Greenpeace France, il fait partie de cette écologie de terrain comme EELV essaie de les mettre en avant pour redorer un blason bien terni… Proche de Daniel Cohn-Bendit, il adhère aux Verts en 1999 et l’une des chevilles ouvrières de la mise en place de la « coopérative » EELV. Sorti en tête (d’assez peu finalement, à 35,5%) du premier tour et ayant éliminé donc Cécile Duflot, il mise sur un aspect rassembleur, fait tout pour taire l’éparpillement écologiste incroyable qui s’est étalé mois après mois ces dernières années (Duflot de côté, Pompili, Placé et d’autres étant partis, Cosse étant exclue pour son entrée au gouvernement…). Il doit faire face, comme sa rivale, à un effondrement du nombre de militants EELV, la crise Denis Baupin n’étant qu’un énième épilogue de l’effondrement de l’image du parti. Le candidat joue donc à taire les divisions (il ne répond jamais sur ces questions) ; il affirme sans cesse qu’il est bien contre un accord législatif avec les socialistes et la gauche de gouvernement (on le taxe régulièrement d’accointances en tant qu’étiqueté « écolo-réalo »). Surtout, il a misé la fin de sa campagne sur un coup d’éclat, au Parlement européen, en dénonçant violemment en séance plénière l’adoption du CETA (la vidéo a fait plus d’un million de vues). Habitué à travailler sur ces questions internationales, de commerce et de mondialisation (il a publié notamment Globalisation, compétitivité et accords du GATT en 1996 mais aussi Comprendre la mondialisation en 2015, avec Olivier Godard, de bonne tenue), la position n’en est pas moins opportune dans cette dernière ligne droite.

MR : Michèle Rivasi présente un profil similaire. Plus âgée, elle est militante de longue date, a été d’ailleurs un temps la patronne de son concurrent à Greenpeace France. Son grand fait d’armes, la création en tant que scientifique et membre de la communauté civile citoyenne de la CRIIRAD, Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité ayant pour objectif de mesurer l’impact réel de la catastrophe de Tchernobyl. Elle se distingue cependant par son parcours de Yannick Jadot. Elle dispose en effet d’un CV d’élue locale très fournie : élue communale, départementale… dans la Drôme depuis plusieurs années. Elle dispose à l’inverse d’une moindre force de frappe et de soutiens dans l’appareil militant d’EELV (ce qu’il en reste), mais est-ce vraiment une faiblesse quand on sait combien la famille verte aime à tuer ses têtes de proue ? (Voynet, Duflot, Lipietz, Hulot, Wehrling…). Moquée au début de la campagne, elle a enterré Duflot et a viré à quelques points seulement de Yannick Jadot.

Quel est le programme ? Quelles sont les mesures émises ?  (Site internet, prises de position en réunion publique, articles, livres…) :

Les deux candidats n’ont pas formulé de position forte ni de réelle mesure en termes de politique culturelle, de rapport à la culture, de mesures destinées aux institutions culturelles (y compris audiovisuelles…). Comme pour Jean-Luc Mélenchon (voir notre article), ils s’en remettent à une enquête contribution qui doit faire ressortir, à partir des propositions recueillies sur un site dédié, une synthèse et quelques grandes mesures. Rien en termes de culture n’est apparu ici comme particulièrement saillant. Les médias avaient d’ailleurs moqué les candidats lors des débats de cette primaire en ce qu’ils semblaient finalement tous défendre le même projet général (projet donc pas encore écrit, même si sur les thèmes forts, liés à l’écologie, les mesures ont été évidemment mieux mises en débat). Que retenir donc ? Chez Yannick Jadot, c’est un mantra qui ressort : il faut une écologie positive et une culture de l’ouverture. Après cela, force est de constater qu’il n’y a rien. Du côté de Michèle Rivasi, tout est vu sous l’angle « populaire ». Et même remarque, derrière cette vue Potemkine, rien. On attendra donc les contributions et les synthèses pour pouvoir juger.

Oui, on se plaint à toute la culture encore une fois, car visiblement, à part les Hamon qui font de la culture par le social (voir notre article) ou de rares programmes bien construits et financés à droite (Juppé, Fillon, Le Maire, voir notre article), la culture n’est pas centrale dans le débat écologiste comme ailleurs. Pour reprendre l’expression consacrée en science politique, ce n’est pas un thème mis à l’agenda, ou reconnu comme légitimement à mettre à l’agenda par les deux candidats dans leurs discours, leurs tweets, leurs meetings, leurs professions de foi… Ce qui prévaut est le passage à une autre civilisation (ce qui implique des changements culturels), post-industrielle, moins polluante… Même sur le TAFTA, la critique oublie la question de l’exception des biens culturels, position traditionnelle de la France. Et les deux candidats sont à mettre ici sur le même plan. Sur la culture comme secteur économique, comme lien social pour soi, sur les institutions culturelles, sur le financement du domaine, sur les nominations, la vie des institutions, un vide total donc ; on attend.

En termes de montants, cela donne quoi ?

Là encore, attendons les synthèses… et de savoir s’il y aura vraiment un candidat écologiste au premier tour !

La culture pour elle-même ou comme sous-catégorie dans les débats sur l’éducation et l’identité ?

Dans les deux cas, les candidats refusent d’entrer dans le débat identitaire. Quelques nuances peuvent être observées. Finalement, chez le député européen, très clairement, toutes les questions d’orientation culturelle (lorsqu’elles sont évoquées) et plus généralement la transformation du modèle de société sont à aborder à l’échelon européen, comme s’il était le premier levier. A l’inverse, si elle ne nie pas cet échelon de décision, Michèle Rivasi martèle le terrain et le local, y compris pour ce qui est de l’éducation. S’ils se rejoignent donc sur les finalités, ils partent d’échelons d’action assez éloignés. On remarquera cependant que la chercheuse et scientifique n’a rien porté sur les questions d’éducation, ce qui peut paraître assez étonnant. Au fond, on peut assez facilement analyser cette absence de propositions et même de considération. La famille écologiste a pu parler culture lorsqu’elle était légitime et ancrée dans l’opinion, quand elle a pu, les bonnes années, sortir de la « niche écologiste » pour être un parti de gauche voulant transformer la société par différents leviers. Désormais, l’action écologique ayant été traitée, même de manière défaillante par la droite (Grenelle de l’environnement) ou la gauche (COP 21), il faut à la petite famille divisée se replier sur ce levier fondamental de son identité pour maintenir une présence dans le spectre de l’offre politique de l’année à venir. Quelque soit le candidat choisi, il en sera finalement réduit à cela. Quand on compare avec des Verts allemands capables de gouverner des Länder dans le cadre de coalitions régionales avec la droite comme avec la gauche et pressentis pour être des alliés dans le cadre d’un prochain Bundestag, les Verts français apparaissent une fois de plus empêtrés dans les querelles picrocholines…

Un candidat aux propositions crédibles pour le monde de la culture et les politiques culturelles ? (Réalisations et prises de position antérieures…) :

Dès lors, les quelques tweets de prises de position ou les quelques positions antérieures des candidats en lice semblent peu porter pour inciter à de la crédibilité. A gauche, y compris à la gauche de la gauche, l’aura culturelle n’est plus du côté des Verts (reste-t-il quelque intellectuel dans cette mouvance pourtant essentielle aujourd’hui ?). En termes de personnalités, les deux candidats semblent bien éloignés des milieux culturels, mais ils n’invitent pas à de la rétivité de la part des milieux concernés. On pourra se consoler ainsi… Ou pas…

Degré de crédibilité de l’ensemble :

Pour le candidat désigné, il s’agira d’une part de pouvoir parvenir au premier tour (réunir les 500 signatures et une unité de façade de ce qui reste de la famille écologiste) et/ou éventuellement de nourrir, d’infuser des programmes de la gauche de la gauche par des propositions culturelles traditionnelles ou que la famille porte depuis maintenant quelques décennies. Cela serait déjà une bien belle réussite de parvenir à porter sur les débats !

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Franck Jacquet
Diplômé de Sciences Po et de l'ESCP - Enseigne en classes préparatoires publiques et privées et en école de commerce - Chercheur en théorie politique et en histoire, esthétique, notamment sur les nationalismes - Publie dans des revues scientifiques ou grand public (On the Field...), rédactions en ligne (Le nouveau cénacle...) - Se demande ce qu'il y après la Recherche (du temps perdu...)

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