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Les Concerts de poche : l’orchestre du lien social !

Les Concerts de poche : l’orchestre du lien social !

17 octobre 2018 | PAR Sabina Rotbart

Amener la musique classique, l’art lyrique et le jazz dans les campagnes isolées et les quartiers, c’est le pari des Concerts de poche. Un pari désormais réussi qui a rassemblé 40 000 participants  en 2017 et débouche sur la création d’un orchestre itinérant.

 

Imaginez un peu Mozart par les champs et par les quartiers. C’est à peu près le pari farfelu mais réussi qu’a relevé la pianiste Gisèle Magnan en créant en 2005 les Concerts de poche. Pianiste concertiste de renommée internationale, inquiète de voir la musique classique aussi peu démocratique et les plus jeunes s’en détourner, elle a lancé au début la dynamique en Seine-et-Marne, où elle réside, en mobilisant son réseau d’amis et ses élèves les plus prometteurs, tous musiciens  de haut vol. Car  elle était déçue de constater la désaffection croissante à l’égard de la musique classique chez les plus jeunes et dans une population rurale ou de grande banlieue qui ne vient pas au concert par manque de moyens et par exil loin des centres urbains.  

 

 

Actuellement, ces concerts, une centaine par an, donnés par des artistes de renom qui font l’affiche de la Philarmonie ou de la Cité de la musique, comme Brigitte Engerer, Henri Demarquette ou le quatuor Modigliani, rassemblent déjà 40 000 participants par an. De la musique de haut niveau mais à très bas prix, puisque les places coûtent entre 5 et 10 euros. Et surtout, les concerts ne sont pas parachutés auprès de la population locale mais préparés par des ateliers menés, non par des animateurs, mais par des artistes formés à une pédagogie participativee. Car comme l’explique un des concertistes qui est déjà intervenu dans ces ateliers, « c’est un public facile à conquérir mais facile aussi à perdre », la démocratisation musicale cela se prépare !

 

Car toute action mobilise d’abord associations et écoles. Elle commence par des ateliers auprès des enfants qui produisent un spectacle, lequel sera  donné  ensuite en première partie, juste avant les concertistes prestigieux. Les scolaires les côtoient, assistent à  l’écriture d’un texte ou d’une mélodie, la musique se fait concrète, incarnée, proche. Comme la population est impliquée dés le début, elle devient très vite demandeuse, ce qui rassure en retour les élus qui voient leur action plébiscitée. A la suite des concerts créés par  leurs enfants et auxquels les parents assistent, la fréquentation des écoles de musique locale explose, et il n’est plus rare d’entendre un enfant de ce monde rural désenchanté déclarer à la rentrée à ses parents un peu interloqués : « je vais essayer le trombone » !

 

C’est dans des salles de 80 à 500 places, maisons de quartier, salle des fêtes, églises, centres sociaux, prisons ou Ephad que se joue cette musique en classique, lyrique ou jazz  d’un répertoire accessible. Les jeunes concertistes participants ne sortent pas indemnes de ces rencontres. Mettre en musique des poèmes écrits par les détenus de Fleury-Mérogis bouleverse. 

 

 

 

Démocratique mais non caritatif

Mais l’aspect très sympathique de ces Concerts  est qu’ils n’ont rien  à voir avec une action charitable un peu paternaliste, ce ne sont pas de bonnes œuvres ; les artistes participants reçoivent un cachet comme ailleurs et les répétitions sont rémunérées.  L’autre aspect très vivifiant est le rôle de vivier, de tremplin pour de jeunes artistes prometteurs. Beaucoup reconnaissent que les Concerts de poche leur ont donné l’occasion de créer de petites formes et des rencontres inhabituelles entre des instruments qui s’accordent rarement dans des cadres plus classiques. Comme l’alliance du jazzman Thomas Enhco et des percussions bulgares de la jeune prodige Vassilena Serafimova. 

 

Un nouvel orchestre itinérant

D’où l’idée d’un orchestre de chambre itinérant de treize musiciens, jeunes mais déjà repérés par la scène musicale. David Walter sera le chef d’orchestre de ce nouvel ensemble. Les Concerts de Poche sont désormais aussi lieu de création, deux compositeurs, Christian Lauba et Paul Dujoncquoy écriront cette année des pièces chorales originales  pour les participants aux ateliers après les avoir rencontrés. Plus tard des résidences d’artistes devraient voir le jour.

 

Déjà présents déjà dans 27 départements

Financés à part égale par les communes, le mécénat et la billetterie, les Concerts de poche veulent prendre une autre dimension avec la création d’un orchestre de chambre itinérant et le lancement d’antennes régionales. Actuellement les Concerts sont présents dans 27 départements, très développés dans les Hauts de France, l’Ile-de-France, ils s’installent maintenant dans le Sud-Ouest, la Drôme .

 

Il ne reste plus qu’à foncer assister à ces concerts à …Merris(59), Laon ( ), villette-sur-Aube (10), Morsang-sur-Orge (91), mais aussi plus près de Paris, à Varennes-sur-Seine (77), Bonneuil-sur-Marne ( 94) ou Dourdan( 91). L’occasion de sortir en grande banlieue et pas seulement dans l’enceinte très policée de la petite couronne !

www.concertsdepoche.com

 

 

Sabina Rotbart

 

Visuel @affiche de l’événement

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Sabina Rotbart
journaliste en tourisme culturel, gastronomie et oenotourisme. [email protected]

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