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Exposition Yellow and bees (des Artistes & des Abeilles, épisode III), l’énergie d’une couleur et la vie des insectes

Exposition Yellow and bees (des Artistes & des Abeilles, épisode III), l’énergie d’une couleur et la vie des insectes

07 juillet 2021 | PAR Pauline Lisowski

Troisième volet de son exposition collective autour des abeilles (Topographie de l’art, 2018, Des Artistes & des Abeilles épisode I, Atelier Blanc, 2020, Ouvrir la ruche et retenir les abeilles, 2020, épisode II), « Yellow and bees » (des Artistes & des Abeilles, épisode III), que propose Martine Mougin, depuis le 25 juin dans deux galeries proches l’une de l’autre Yellow Cube Gallery et galerie Héloïse, tisse du lien entre la couleur jaune, celle de l’énergie vitale et les insectes pollinisateurs. L’artiste curatrice de ce projet poursuit son intérêt pour les abeilles et observe leur mode de vie. Ce sujet inspire également les artistes contemporains qu’elle rassemble ici.

La Yellow Cube Gallery au décor jaune vif accueille des œuvres de différents médiums où cette couleur est mise à l’honneur, pour toute sa diversité et les symboles qu’on lui octroie. La lecture du livre Le Jaune de Michel Pastoureau est à l’origine de cette exposition. Par sa sélection d’artistes, Martine Mougin rend visible une multitude d’approches de cette couleur éclatante.

L’installation Écorché d’Emma Bourgin, tel un vitrail de cire dans lequel sont insérés des moulages de fragments de corps, demi-masques, capte les rayons de lumière selon les moments de la journée. Métaphore des saisons qui passent et des transformations de la cire comme matière malléable, cette œuvre crée une paroi, une peau, qui se métamorphose au fil des heures. Lia Rochas-Pàris part de documents liés à la mythologie ou d’archives visuelles pour créer des compositions, des paysages intérieurs. Pour cette exposition, elle propose plusieurs œuvres dont Lune #3 série Petrichor, une forme ronde en résine dans laquelle elle a figé des fragments d’éléments comme le cuir, le tissu et le papier, mêlés à des végétaux, une sculpture qui suggère les effluves dans l’atmosphère après la pluie.

Julie Navarro transmet l’évanescence de la nature et rend tangible des sensations vécues au contact des éléments. Ses œuvres jaunes, peinture, sculpture et association de photographies et pelotes de laine de la série Mirage restituent des sensations au plus près du vivant, un attachement de l’homme à son environnement. Chez Frédérique Lucien, le jaune est décliné dans ses Feuiller, où une forme colorée découpée répond à un fond de trames ou de motifs.

Née d’un père qui avait des ruches, Martine Mougin est depuis longtemps attirée par les abeilles et tente de les comprendre. Elle perfectionne sa connaissance de ces insectes par des formations en apiculture et présente dans la galerie, une série d’œuvres qui rendent compte de ses observations de la végétation par des écritures végétales. Elle rend visibles les habitats et modes de vie des abeilles. L’artiste-curatrice a proposé à Misato Naoï de réaliser une œuvre vidéo autour du jaune. L’artiste, imprégnée de ses souvenirs de costume de cette couleur teintée par le curcuma, porté par les moines bouddhistes, propose alors un moment contemplatif, un film constitué d’eau et de lumière. Des textes Émois en Jaune un après-midi sur le lac Verbano et  Rêve D’Abeille, Ballet en un acte de Sylvie Reymond-Lépine inspirés du jaune et des abeilles accompagnent cette exposition.

Dans la galerie Héloïse, la découverte se poursuit avec des œuvres de certains artistes présents dans l’autre galerie. Les pavés d’Emma Bourgin sont recouverts d’une fine couche de cire jaune et font écho d’une certaine manière aux différents usages précédents du lieu. En suspension, près de la fenêtre, son installation Toucher ses ailes une dernière fois constituée de moulages de doigts où se sont logées des abeilles mortes, peut faire penser à l’image d’un essaim d’insectes. L’artiste nous incite à prêter attention à leur disparition progressive et tend à nous faire prendre conscience de leur importance pour la biodiversité. Elle crée leurs « sarcophages » en cire pour leur offrir un dernier habitat. Les œuvres, collages sur papier de Michèle Cirès-Brigand montrent des champs colorés réalisés à l’aide de cire d’abeille et d’encres colorées sur papier Japon, souvenirs de champs de colza, en repensant à son grand-père apiculteur.

Martine Mougin analyse graphiquement la structure d’une ruche dans des séries de dessins d’hexagones dans lesquels se trouve une boule de pollen, ainsi que dans ses livres d’artistes. Elle restitue également sur papier le parcours que peut faire une abeille dans un jardin. Ses deux œuvres Neon bees (série Stay with us 1, version 2) créent des passerelles entre les deux galeries. L’artiste a porté son attention sur la miellerie et ses images positive jaune et négative bleue résultent d’un montage successif constitué d’un néon qui attire les abeilles.

Elise Bergamini, artiste, apicultrice, brode de manière très délicate des insectes posés sur la peau. Dans Les abeilles sous son aile, elle rend hommage aux familles d’ouvrières qui travaillent ensemble dans la nature. Emma Picard, douée dans l’élevage des abeilles, en fait ses alliés pour la création de ses œuvres. Celles-ci collaborent à ses dessins au jus de citron en sculptant des alvéoles.

Prenons le temps de nous mettre à la place de ces insectes qui participent à la vie des plantes et rapprochons-nous d’elles afin de les protéger pour préserver le cycle de floraison. Cette exposition propose un parcours invitant à découvrir le monde fascinant des abeilles, dont on a encore beaucoup à découvrir. Elle invite à passer du temps à s’arrêter face à des moments de vie, à des instants de pure poésie, à des souvenirs de contacts et d’expériences sensorielles.

Yellow and bees,

Yellow Cube Gallery et galerie Héloïse, Paris

Visible jusqu’au 11 juillet

Visuels :

Vue d’exposition à la Yellow Cube Gallery, crédit photo : Martine Mougin

Vue d’exposition à la Galerie Héloïse : Lise Grosperrin

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Pauline Lisowski

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