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Edito : La face B, là où se joue l’âme de la face A

Edito : La face B, là où se joue l’âme de la face A

25 janvier 2013 | PAR Yaël Hirsch

Parce que même une rédaction majoritairement constituée de vingtenaires qui passent leur vie à l’avant-garde des spectacles et des réseaux sociaux peut avoir ses moments de nostalgie, avec ce dossier « face B« , nous avons voulu retrouver la sensation « double face » des sillons voluptueux de nos 33 et 45 tours d’antan. Que reste-t-il de cette musique double face ? Découvre-t-on encore la secret bien gardé d’une face B ?

Qu’on se rassure, la tradition de la renommée d’une face B la menant au panthéon de la culture populaire se poursuit, de « Rock Around The Clock »  à « Résiste » ou « Mourir sur scène » en passant par l’hymne de Gloria Gaynor « I will survive » (voir notre divine playlist). A la  question de la paternité de la face B, nous pouvons joyeusement répondre « oui », car la vie est toujours double, sinon multiple, surtout quand il s ‘agit d’art et de culture.

Mais, à l’heure où l’on dépèce les albums pour acheter ses chansons à 1 euro/pièce en format MP3, oublions un instant le grain vinyle et fragile de nos galettes à musique pour poser la question en grand… Où trouver du mystère, du secret, bref où est l’enchantement de nos vies culturelles ?

– D’abord dans le génie des artistes eux-mêmes. Quand s’exprimer est un besoin, les outils de cette expression sont nombreux à s’offrir. Et même si un comédien ou un réalisateur excelle dans son art comme Lou Doillon, Vincent Gallo ou David Lynch, le caractère universel de la musique (même sans vinyle) est une tentation bien souvent fertile… De même pour Anny Duperey qui en fouillant ses tiroirs de commode a lancé en orbite une carrière d’auteure au moins aussi populaire que l’égérie ciné et télé. Et pourquoi pas le poète aux affaires publiques, y a-t-il un moyen plus noble d’expression ?  Une tradition du dix-neuvième siècle peut-être trop oublié depuis quelques décennies et dont Oscar Wilde était l’un des derniers représentants. Mais, attentions ! Parfois, lorsque l’artiste est trop doué, on commence à ne plus savoir où le classer. Rusés créateurs que sont Agnès Varda ou Jan Fabre, dont l’œuvre de plasticiens est tellement exposée dans le monde entier qu’on en oublierait parfois leurs métiers de cinéaste et de chorégraphe.

– Ensuite, quoi de plus naturel que le recyclage ? Si la face A est usée ou sale, passons donc à la face B. Un mouvement de nappe retournée après une tournée générale de spaghetti qu’on retrouve battant son plein dans la gentrification et la réhabilitation so chic des anciennes friches industrielles

– Enfin, nous sommes journalistes culturels, on peut dire que nous avons la chance de passer notre vie à débusquer des faces B. Qu’il s’agisse des pièces secrètes des musées ( profitez-en d’habitude on garde tout de même l’information pour nous et nos proches, histoire d’avoir où se recueillir loin du bruit et de la fureur de l’actualité) ou des coulisses de la vie artistique qu’elle soit difficile et  théâtrale pour les troupes qui veulent jouer  ou nocturne avec les heurts et malheurs des DJs...

Bref, la face b en 2013, c’est tout ce qui enchante l’art et la culture, et en même temps la part méconnue de la création.  C’est donc tout ce à quoi nous aspirons et tendons en tant que critique : c’est la part d’ombre parfois malheureuse (le Johnny looser des années creuses) et l’avant-garde de la production littéraire, musicale, théâtrale ou cinématographique. Toute La Culture pourrait presque se définir ainsi : en quête de faces B. A condition bien sûr de ne jamais sombrer dans le snobisme et de garder en ligne de mire le soleil brûlant des faces A, ces sirènes qui drainent l’œil et l’oreille attentifs d’un grand public dont nous refusons, encore et toujours, de sous-estimer le génie.

Bon week-end avec ce dossier Face B, où vous trouverez à la fois beaucoup de légèreté, de grands talents méconnus et un soupçon de mélancolie. Mais où vous découvrirez systématiquement de nouvelles perles liées avec un fil plus fin que du nylon aux faces A qui nous parlent tant.

 

Visuels : Capture d’écran strappadometalblog

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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