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Chronique de Cannes : salut les copains !

25 mai 2009 | PAR Jeremy

huppert2Tandis que Johnny s’improvise acteur, encensé par la critique unanime, il est de bon ton de rappeler qu’il fût chanteur en 61 avec l’album « Salut les copains. » Encore une fois, la cooptation aura pesé sur les résultats annoncés hier soir, durant la cérémonie de clôture. Un succès d’audience, et un nouveau symbole du copinage cannois ?

Isabelle Huppert, dictatrice du jury, se pâmait pour l’Antichrist de Lars Von Trier. Mais les membres de son jury, plus souvent en boîte de nuits que dans les salles obscures – à l’instar d’Asia Argento – eurent préféré Le Ruban blanc de l’autrichien Haneke, une vieille connaissance, à qui elle doit son rôle dans La Pianiste. Du moins aura-t-elle obtenu que Charlotte, chère copine, soit couronnée du prix d’interprétation féminine pour avoir brisé l’Oedipe et choqué (?) son père. Au jeu des chaises musicales cannoises, Huppert fût bien la chef d’orchestre majestueuse, aux robes si excentriques qu’elle eut choqué les professionnels du « chocage ». Elle ira même jusqu’à refuser, par jalousie rancunière, qu’Isabelle Adjani décerne la Palme d’Or ! Cette dernière se contentera de la caméra d’or. Cannes, comme la politique, ce sont aussi des stratégies personnelles, des tactiques tacites et des rodomontades peu catholiques.

L’image de la France est-elle pour autant ridiculisée ? Les films couronnés, eux, ne le sont pas. Si le Festival se termine par un salut aux copains, ces derniers n’en sont pas moins talentueux. Dont acte.
Haneke, pour son drame sur l’ascension du fascisme assène des vérités qui ont besoin d’être répétées. La violence, le passé, la famille sont étudiés avec précision; et la période de l’avant-guerre si communément appelée Belle Epoque revêt un nouvel aspect : les origines de ce drame sont-elles un accident ? C’est une réflexion qui a les accents de l’introspection de 40, orchestrée par Marc Bloch ou Paul Valéry. Intriguant. Associé à la mise en scène et le talent d’Haneke, le public pourra toujours se réjouir qu’après Cantet, la Palme d’Or reste une distinction honorable. Mais qui n’attire pas nécessairement le public.

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C’est le cas pour Jacques Audiard, favori incontesté avant les résultats, qui doit se « contenter » du grand prix du jury. Si le film du fils de Michel, pudiquement nommé « Un prophète », a séduit Cannes, le prix qu’il aura remporté sera comme un boulet traîné dans toutes les salles de cinéma, affirment la critique. Bégaudeau écrivait même que la Palme lui avait « plutôt nui. » Qui croire ? Les exégèses cliniques de la société et la provocation scandaleuse furent donc célébrées cette année et forment le couple étonnant d’un palmarès fragmenté, issu d’âpres négociations dont le joug suprême reste la reine Huppert.

Enfin, le prix exceptionnel décerné à Alain Resnais sonne comme un hommage pour l’un des derniers représentants de la Nouvelle Vague, qui fête ses cinquante ans cette année (je parle du mouvement cinématographique..) La modestie paie, avant le copinage. Almodovar et Tarantino en conviendront surement.

Jérémy Collado

Sherlock remake and come back
Philo au Centre Pompidou avec Avital Ronell
Jeremy

2 thoughts on “Chronique de Cannes : salut les copains !”

Commentaire(s)

  • Les frères Lumière doivent certainement chaque année protester muettement dans leur tombe ou leur musée.
Franchement ne pas donner leur nom à la cérémonie de l’autosatisfaction en technicolor®, c’est à la limite du négationnisme. Peut-être que la science n’a pas sa place dans ce charlatanisme aléatoire qu’est devenu l’art.

    La différence entre un ouvrier quelconque et un intermittent du spectacle particulier, réside dans le fait que le second a un besoin maladif et exhibitionniste de partager son besoin de reconnaissance enfantine alors que le premier aime trop la procuration pour éteindre la télévision.
La ritualisation à outrance engendre plus souvent la domestication trans-générationnelle et l’émotionnel prémédité que la désertion.
    La suite ici :
    http://souklaye.wordpress.com/2009/02/27/cesar-et-brutus/

    mai 25, 2009 at 15 h 31 min
  • Jane

    Décidément, vous n’aimez vraiment pas Isabelle Huppert…

    mai 26, 2009 at 8 h 43 min

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