Non classé
Bugarach ou le rêve d’un monde meilleur

Bugarach ou le rêve d’un monde meilleur

20 décembre 2012 | PAR Tatiana Chadenat

Le calendrier Maya et une mauvaise blague sur internet ont transformé la petite bourgade de Bugarach dans l’Aude en théâtre de la fin du monde. Le déferlement médiatique dont elle fait l’objet est symptomatique d’une angoisse propre à la crise économique que nous traversons. La fin du monde serait une peur viscérale du XXème siècle et le phénomène « Bugarach » sa catharsis. L’histoire d’un buzz qui s’auto-alimente sur un rien et cristallise la peur du chaos du millénaire.

La psychanalyste Judith Cohen Solal qui a accepté de répondre à nos questions nous explique : «Les questions de fin du monde interviennent le plus souvent en période de crise. Le manque d’assurance sur la continuité se traduit alors par la projection de l’angoisse du vide sur l’idée de destruction totale». 182 fois annonce Slate.fr, est en fait le nombre de fois où la fin du monde a été annoncée.

Mais plus que la fin du monde cette année, Bugarach, un paisible village de 180 habitants du sud de la France retient toute les attentions. Il est mondialement connu par le pech qu’il héberge qui, doté de pouvoirs extraordinaires, serait selon la légende, le seul endroit épargné par l’apocalypse du 21 décembre. Depuis que le mythe a enflammé la toile, la bourgade accueille une tripoté d’illuminés, de pèlerins, ou de simples curieux venus voir de près ce havre de paix. Le Maire, Jean-Pierre Delors, excédé par la tournure que prend les événements répète au contraire que personne, ni ovni, ni sectaire, ne traversent sa ville. « Il n’y que des journalistes » nous-a-t-il dit, du moins pour l’instant. Apeurées non par la fin du monde mais par une affluence potentielle de fous furieux le jour J, les autorités préfectorales ont prévu d’interdire l’accès au site voire même au village si les foules sont trop importantes.

Quoiqu’il en soit, le simple fait que Bugarach alimente le buzz serait déjà symptomatique d’une angoisse selon  Judith Cohen Solal : «Face à cette peur, l’individu cherche à se rassurer en mettant son sort entre les mains de sauveurs potentiels explique la psychanalyste. Ils le renvoient à la position d’enfant qui ferment les yeux devant la réalité en attendant que l’image paternelle d’un héros sur puissant vienne le sauver de toutes les mauvaises situations. L’enfant qui subsiste dans l’inconscient prend le dessus. Se confondent alors le rêve, les légendes et la réalité trop dure et trop crue. Le nom de cette bourgade n’est sans doute pas étranger au charme qu’elle opère».

La légende s’est d’ailleurs exportée par delà sa montagne pour atterrir dans notre capitale, puisqu’au delà de son relais médiatique, elle trouve un écho dans l’art, depuis que l’artiste chinois Huang Yong Ping s’est emparé du phénomène pour récréer l’idée du chaos à travers la représentation d’animaux à la tête coupée à la Galerie Kemoul Manour.  Cette exposition quelque peu angoissante, traverse l’apocalypse pour se terminer, de façon presque rassurante le 26 janvier 2013.

Visuel : Huang Yong Ping, Bugarach, 2012 / Installation : Techniques mixtes / Dimensions variables

Vue de l’exposition « Bugarach », kamel mennour, Paris, 2012 © Huang Yong Ping Photo. Fabrice Seixas

Courtesy the artist and kamel mennour, Paris

 

 

Le cinéma comme art apocalyptique
La Fin de partie, c’est pour aujourd’hui ?
Tatiana Chadenat

One thought on “Bugarach ou le rêve d’un monde meilleur”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *