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« Zénobie » d’Annie et Maurice Sartre, de Palmyre à Rome, de l’Histoire au mythe.

« Zénobie » d’Annie et Maurice Sartre, de Palmyre à Rome, de l’Histoire au mythe.

14 décembre 2014 | PAR Le Barbu

Au même titre que Cléopâtre, la reine Zénobie est cette souveraine de l’Antiquité dont le mythe a assuré la célébrité. Cette biographie d’Annie et Maurice Sartre, respectivement professeur émérite d’histoire ancienne à l’université d’Artois et professeur émérite d’histoire ancienne à l’université de Tours, revient sur la vie, l’entourage et les domaines de compétences, politique et culturel, de l’impératrice orientale.

 

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Qu’importe que le royaume de Palmyre, cité romaine, n’ait jamais existé, et qu’on sache peu de choses de la vie de sa reine supposée. Reste que, pendant les quelques années du IIIe siècle après. J.C. où elle domina une partie de l’Orient, jusqu’à s’attribuer le titre d’impératrice, cette femme politique qui ne s’encombra d’aucun homme joua un rôle considérable au moment où la Syrie était prise entre l’ébranlement du pouvoir à Rome et la pression militaire des Perses sassanides. Entourée d’une cour brillante où s’exerçaient les influences multiples, elle fit de Palmyre, pour un temps, l’un des centres du pouvoir et de l’intelligence. Enfin, elle fut aussitôt, après la ruine de Palmyre en 273, emportée par la légende, à la fois dans la tradition littéraire et artistique occidentale et dans l’historiographie arabe. Ce sont ces différents aspects de la figure de Zénobie, de l’environnement politique et culturel dans lequel elle évolua et qu’elle contribua à façonner, mais aussi de l’exploitation millénaire de son mythe sous des formes multiples qu’exposent les auteurs, dans une démarche originale conduite au plus près de la documentation qu’ils ont eux-mêmes travaillé à produire.


« Il y avait trois chars royaux : le premier celui d’Odenath, était d’un beau travail et rehaussé d’argent, d’or et de pierreries ; le second, que le roi des Perses avait offert à Aurélien, était de facture tout aussi ouvragée ; le troisième était celui que Zénobie s’était fait fabriquer avec l’espoir de l’utiliser pour voir la ville de Rome. Cet espoir ne fut pas déçu puisqu’elle fit son entrée dans la ville, mais vaincue et traînée en triomphe. Il y avait un autre char tiré par quatre cerfs, qui passe pour avoir appartenu au roi des Goths. C’est sur ce dernier, comme beaucoup d’auteurs l’ont rapporté, qu’Aurélien monta au Capitole pour y immoler les cerfs qu’il avait, dit-on, voués à Jupiter Très Bon Très Grand lorsqu’il les avait capturés en même temps que le char. Ouvraient la marche vingt éléphants, des fauves de Lybie apprivoisés et deux cents animaux variés de Palestine, dont Aurélien fit aussitôt présent à des particuliers pour ne pas alourdir le fisc du coût de leur entretien ; suivaient, rangés par espèces, quatre tigres, des girafes, des élans et autres bêtes du même genre ; huit centst paires de gladiateurs, sans parler des prisonniers originaires des pays barbares : Blemmyes, Axoumites, gens de l’Arabie Heureuse, Indiens, Bactriens, Ibères, Sarrasins et Perses portant chacun leurs présents, Goths, Alains, Sarmates, Francs, Suèves, Vandales, Germains, les mains liées puisqu’ils étaient prisonniers. Dans ce groupe de tête figuraient également des notables de Palmyre qui avaient survécu et des Égyptiens pour les punir de leur rébellion. On fit également défiler dix femmes qu’Aurélien avait capturées, tandis qu’elles combattaient, en vêtements d’homme, au milieu des Goths. Beaucoup d’autres avaient été tuées. Une pancarte les présentait comme des descendantes des Amazones : on portait en effet devant les prisonniers des pancartes indiquant le nom de la peuplade à laquelle ils appartenaient. Au milieu du cortège figurait Tetricus, revêtu d’une chlamyde écarlate, d’une tunique jaune et de braies gauloises, et flanqué de son fils qu’il avait proclamé empereur en Gaule. Puis s’avançait Zénobie, parée de joyaux et chargée de chaînes d’or dont d’autres soutenaient le poids. » (Extrait de L’Histoire Auguste qui a alimenté la légende de Zénobie).

Annie et Maurice Sartre, Zénobie: de Palmyre à Rome, Perrin, coll. Biographies, broché, 400 pages, 23.50 euros, octobre 2014.

 

 

L’agenda classique de la semaine du 15 décembre
Eternal Feast de Adel Younesi à la galerie Nicolas Flamel à Paris
Le Barbu
Le Barbu voit le jour à Avignon. Après une formation d'historien-épigraphiste il devient professeur d'histoire-géogaphie. Parallèlement il professionnalise sa passion pour la musique. Il est dj-producteur-organisateur et résident permanent du Batofar et de l'Alimentation Générale. Issu de la culture "Block Party Afro Américaine", Le Barbu, sous le pseudo de Mosca Verde, a retourné les dancefloors de nombreuses salles parisiennes, ainsi qu'en France et en Europe. Il est un des spécialistes français du Moombahton et de Globalbass. Actuellement il travaille sur un projet rock-folk avec sa compagne, et poursuit quelques travaux d'écriture. Il a rejoint la rédaction de TLC à l'automne 2012 en tant que chroniqueur musique-société-littérature.

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