Fictions
“Une rétrospective” : le meilleur de Juan Gabriel Vásquez

“Une rétrospective” : le meilleur de Juan Gabriel Vásquez

19 août 2022 | PAR Marianne Fougere

Avec Une rétrospective, l’écrivain colombien Juan Gabriel Vásquez met tout son talent au service de son pays pour en livrer une biographie touchante.

 

Depuis la parution, en 2017, du Corps des ruines, le doute n’est plus permis : Juan Gabriel Vásquez est un raconteur d’histoires qui manie mieux que nul autre l’art de distordre la réalité par le prisme de la fiction. Mais si, dans son œuvre, vérité et fiction forment un couple si solide et aux rapports si complexes, c’est sans doute parce que la Colombie est la terre par excellence de leur union. C’est surtout aussi parce que le travail d’un romancier est avant tout de faire œuvre d’interprétation.

Aussi, dans Une rétrospective, Juan Gabriel Vásquez ne se prête pas au seul récit biographique. Si de la vie d’un personnage réel il est bien question, l’écrivain colombien tente de conférer aux expériences du réalisateur Sergio Cabrera et de sa famille “un ordre capable de suggérer ou de révéler des significations non visibles dans le simple inventaire des faits”. Les faits justement quels sont-ils ? Une rétrospective consacrée à l’œuvre de Cabrera est organisée à la Cinémathèque de Barcelone. L’occasion pour lui de passer du temps avec son fils issu d’une première union et de tenter de recoller les morceaux avec sa femme, partie s’installer à Lisbonne avec leur fille. Le moment “choisi” pour mourir par son père, maoïste convaincu qui emmena femme et enfants vivre à Pékin pendant la Révolution culturelle puis les enrôla dans la guérilla colombienne.

Pour le réalisateur s’ouvre alors une faille spatio-temporelle. Quel tour auraient pris sa carrière, ses mariages, ses relations familiales, sans l’influence de son père ? Mais, sous couvert d’introspection, Juan Gabriel Vásquez offre à Sergio Cabrera et ses proches bien plus qu’une rétrospective sur leurs propres vies. Quel meilleur endroit, en effet, qu’un roman pour lever la main et s’élever contre ses forces narratives qui, autorités politiques, religieuses ou paternelles, tentent d’imposer une certaine version de la réalité ? Dans un style haletant qu’il maîtrise à la perfection, Juan Gabriel Vásquez redonne aux individus de chair et de fiction le droit le plus fondamental : celui de relater leur propre version et, avec elle, de révéler des formes différentes de connaissances, de découvrir des univers cachés ou secrets.

 

Juan Gabriel Vásquez, Une rétrospective, Paris, Seuil, sortie le 19 août 2022, 464 p., 23 euros.

Visuel : couverture du livre

Le « style » serait de droite ? Vincent Berthelier tord le cou aux poncifs de l’exégèse littéraire
“La dissociation” ou l’art de distinguer une plume bien affûtée
Marianne Fougere

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture