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Un renard à mains nues, les nouvelles croisées d’Emmanuelle Pagano

Un renard à mains nues, les nouvelles croisées d’Emmanuelle Pagano

23 avril 2012 | PAR Yaël Hirsch

Sélectionné pour le Goncourt de la nouvelle, le recueil cousu à partir d’anciens et nouveaux textes par Emmanuelle Pagano (révélée avec le roman Tiroir à cheveux en 2005 et prix Wepler en 2008 pour Les mains gamines) dresse des portraits à la fois doux et désespérés d’êtres en souffrance. Un met raffiné pour les amateurs du genre.

C’est la nouvelle « Juste un papa » qui donne son titre au recueil : une petite fille y étrangle à mains nues un renard pris dans un piège de chasseur pour lui éviter de souffrir plus longtemps. Alertés, ses parents lui infligent le psy. Tous les personnages de ce recueil formidablement construit souffrent d’incompréhension et se rassurent de petites habitudes. Et tous sont en souffrance : à la fois dans la douleur et dans l’attente d’un dénouement.

L’architecture du livre est absolument redoutable et permet parfois – avec effet de surprise- aux personnages des différentes nouvelles de se croiser. Ainsi de deux cousines qui sont comme des sosies et dont les retrouvailles, après 30 ans de séparation, sont interrompue par la mort subite au volant de l’une d’entre elles : l’histoire nous est en fait racontée de trois points de vues différents, ce qui donne un bel effet cinématographique et quasiment choral. Cette structure efficacement pensée prend des tours métaphysique de « croisements » puisque tout se passe sur la route ou au bord d’une route et que le style de l’auteure décrit les attentes et les blessures de ses personnages avec autant d’ellipses et de délicatesse que si elle manipulait les ailes d’un papillon mystérieux. Le recueil parvient à plonger le lecteur dans une atmosphère à la fois très réaliste et complétement rêveuse et sa lecture est un grand moment de respiration.

Emmanuelle Pagano, « Un renard à mains nues », P.O.L., 352 pages, 19 €. Sortie en avril 2012.

« Ce n’est bon ni pour les pages, ni pour la peau, ni pour la reliure, ni pour les veines, ni pour environnement, mais je en résiste pas, je lis allongée et molle le soir tard dans mon bain. Des bains et des livres interminables avec plein de mousse, de vapeur de pétillements, d’angoisse et de noirceur; Des bains très chauds et des livres très froids, des bains éclairés doucement, bordés de bougies qui sentent bon, des livre sombres et nauséeux; des histoires tristes, troubles, écrites avec violence et précision. Des eaux moelleuses et parfumées, chaudes, confortables. » « Les paillettes », p. 241

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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