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Tous les coups sont permis pour une poésie vraie

Tous les coups sont permis pour une poésie vraie

09 mai 2013 | PAR Celeste Bronzetti

Tous les coups sont permis, sorti en traduction française chez L’age d’homme, recueille quelques uns des plus beaux poèmes de Anna Swirszczynska, poète polonaise, trop souvent oubliée par la critique littéraire de son pays.

Elle se permet de tout détruire et de tout recréer, Anna Swirszczynska. Ses poèmes tracent une parabole qui touche les points cardinaux de la vie d’une femme et de toutes vies : si l’Amour et la Mort forment le lourd noyau du recueil, son essence est gardée dans la poésie de la maternité, dans le souffle d’une poétesse fille et mère, reconnaissante mais indignée.

Dans Tous les coups sont permis, le poème prend souvent la forme d’un cercle qui se referme sur lui même après avoir fouillé dans la mémoire d’un sentiment, d’une expérience, d’un souvenir. Et le recueil aussi semble répondre à cette structure créant des sphères autour de chaque réflexion : les premières pages se construisent autour du souvenir des parents, après c’est la maternité qui donne la forme à l’écriture poétique. Ensuite les souvenirs de la guerre ouvrent un nouveau passage du recueil, un moment sombre, violent, saignant. Mais cet ouvrage suit avec la cohérence du témoignage l’expérience d’une femme qui transforme en poésie son regard et son corps dans le monde, son sentiment de la vie et de l’oppression, sa souffrance et son découragement.

Le recueil se construit autour d’une conscience très concrète de la vie, et revient sur les mêmes sujets, autobiographiques à l’apparence, mais en creusant toujours plus : il les approfondit comme une sphère qui continue à rouler dans le socle d’un circuit fermé. Swirszczynska finit par déchirer la page et mettre à nu les ombres et les contradictions des sentiments, contre toute hypocrisie : l’amour et la haine se bouffent réciproquement et ne font que reproduire à l’infini le même conflit, devenir mère entraîne pour la femme le début d’une bataille quotidienne contre la perte de toute indépendance.

 

Pour la première fois j’ai regardé mon enfant

Avec de la haine.

Je savais qu’il prenait ma liberté. 

 

Si cette franchise a pu apparaître trop sèche et quelque peu inconvenante à la critique du début du siècle dernier, c’est sur la même sincérité quetous les coups sont permis se construisent les vers les plus délicieux du recueil :

 

Nécessaire comme l’air à cette poupée petite,

sans résistance je me laisse aspirer d’amour,

aspirer comme l’air

par ses poumons menus et avides de vie.

 

La traduction française de H.Konicka et E.Veaux a rendu justice à une langue qui se veut simple et honnête, une langue qui se construit sur les choses et sur le poids des mots qui les signifient. Une poésie qui fait de la répétition et du mot dur à dire le prix à payer pour toucher au vrai.

 

Anna Swirszczynska, Tous les coups sont permis, poèmes choisis et traduits du polonais par Hanna Konicka et Eric Veaux, Editions l’Age d’Homme, Lausanne, Suisse, 2012.

 

 

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Celeste Bronzetti

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