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Sympathy for the Devil de Kent Anderson, pour l’amour de la guerre…

Sympathy for the Devil de Kent Anderson, pour l’amour de la guerre…

11 octobre 2013 | PAR Le Barbu

002293292Kent Anderson est né en 1945 et a grandi en Caroline du Nord. Il entre à dix-neuf ans dans la marine marchande et sillonne pendant deux années le Pacifique et la Méditerranée… Pendant la guerre du Vietnam, il devient à vingt-trois ans sergent dans les Forces spéciales. Il sera ensuite agent de police à Portland (Oregon) puis à Oakland (Californie), pour devenir enfin professeur d’anglais. En toile de fond de ces multiples vies, il a suivi un cursus d’écriture à l’université du Montana. Son existence mouvementée est la matière première de ses livres. D’abord rejeté pour son réalisme d’une noirceur jugée peu commerciale, Kent Anderson est à présent considéré comme l’un des grands auteurs sur la guerre du Vietnam.

Dans Sympathy for the devil, Kent Anderson présente le parcours d’Hanson, appelé sous les drapeaux en pleine guerre du Vietnam et qui a fait le choix de s’engager dans les forces spéciales, les fameux bérets verts, pour ne pas devenir un simple bleu destiné à servir de chair à canon.

En lisant ce livre nous plongeons dès les premières pages dans l’ambiance des films que l’on a vus : Platoon, Full Metal Jacket, Apocalypse Now ou Rambo… On y retrouve le rock n’roll et les célèbres hélicoptères Bell UH-1 Iroquois, surnommés « Huey ». Kent Anderson nous dépeint le quotidien des soldats, les conflits internes, la paranoïa, l’absurdité d’une guerre qui finalement donne du sens à leur vie. Dans l’incapacité à retrouver la vie civile ces hommes se mettent à aimer la guerre, et méprisent tout le reste, de l’ennemi jusqu’à l’administration militaire. Les valeurs morales n’ont plus de légitimité, le destin de celui qui doit mourir flirte dangereusement avec la folie meurtrière, fascinante et puissante.

Sympathy for the Devil est un roman efficace, épais, pouvant apparaître moralement choquant, ambigu, mais non dénué d’humour et de sentiment de camaraderie. Un témoignage fort.

 Extraits:

« Hanson avait été entraîné à tuer, c’était là le grand art qu’avait su maîtriser sa jeune vie et, lorsqu’il se sentait bien, une partie de lui-même aspirait à tuer quelqu’un, comme d’autres mouraient d’envie de courir, de skier, de danser ou de déclencher une bagarre dans un rade. »

« Hanson ignorait encore qu’il venait de décider de faire ce que l’armée attend précisément de certains de ses hommes, des meilleurs des siens – tenter de la battre à son propre jeu. Guerre était le nom de ce jeu et, lorsqu’on frôle la guerre de trop près, qu’on la regarde au fond des yeux, elle peut vous entraîner tout entier, muscles, cervelle et sang, jusqu’au plus profond de son cœur, et jamais plus vous ne trouverez la joie en dehors d’elle. Hors d’elle, amour, travail et amitié ne sont plus que déboires. »

« Hanson était allongé sur le dos et regardait les nuages défiler à travers le toit d’épineux, en souriant dans le noir. Il était à près de quinze mille bornes de chez lui, en plein milieu d’un carré de broussailles, en train de participer à une opération transfrontalière illicite, cerné de toutes parts par l’ennemi, et il était heureux. Bien sûr, il y avait la peur, mais il était aussi heureux que possible, aussi heureux qu’il n’avait jamais rêvé de l’être. La seule chose dont il avait à s’inquiéter, c’était de rester en vie. S’il se plantait, il mourrait, et tous ses problèmes seraient terminés. »

 « Les recrues qu’on leur balançait étaient de plus en plus souvent des criminels analphabètes ou des drogués incapables d’obéir aux ordres. Les gradés n’avaient d’ailleurs rien à leur envier. Certains de ces jeunes sous-lieutenants appelés n’avaient même pas les compétences suffisantes pour gérer un magasin 7-Eleven, pour ne rien dire d’une unité combattante. »

Kent Anderson, Sympathie for the devil (Sympathy For the Devil, 1987), Gallimard, La Noire, 1993. Rééd. Folio Policier, 2013. Traduit par Frank Reichert.

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Le Barbu
Le Barbu voit le jour à Avignon. Après une formation d'historien-épigraphiste il devient professeur d'histoire-géogaphie. Parallèlement il professionnalise sa passion pour la musique. Il est dj-producteur-organisateur et résident permanent du Batofar et de l'Alimentation Générale. Issu de la culture "Block Party Afro Américaine", Le Barbu, sous le pseudo de Mosca Verde, a retourné les dancefloors de nombreuses salles parisiennes, ainsi qu'en France et en Europe. Il est un des spécialistes français du Moombahton et de Globalbass. Actuellement il travaille sur un projet rock-folk avec sa compagne, et poursuit quelques travaux d'écriture. Il a rejoint la rédaction de TLC à l'automne 2012 en tant que chroniqueur musique-société-littérature.

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