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Super triste histoire d’amour : la poésie anti-futuriste de Gary Shteyngart

09 février 2012 | PAR Yaël Hirsch

La traduction du 3e roman de l’auteur d' »Absurdistan » ( L’0livier, 2008) est  disponible aux éditions de l’Olivier. Paru en 2010 aux États-Unis, « Super triste Histoire d’amour » est un autoportrait à peine déguisé par une couche de science-fiction et qui a propulsé Gary Shteyngart dans les « vingt meilleurs auteurs de sa génération », selon le New-Yorker.

Lenny Abramov n’est définitivement pas un américain de son siècle : il vénère ses parents russes, approche de la quarantaine avec un léger surpoids et fuit un an entier son Etat post-moderne pour l’amer délicieux des ristretti italiens. A Rome, ce homme déjà vieillissant pour son époque rencontre la jeune, maigre et belle Eunice Park. D’origine coréenne, largement paumée, la vingtaine à peine entamée, Eunice est faite pour sortit avec de grands financiers ou pourquoi pas, les grands manitous qui dirigent la distopie matérialiste qu’est devenu l’Amérique, sous l’égide néo-dictatoriale de la Staatling-Wapatung Corporation. Oui mais voilà, de retour dans un pays où chacun peut mesurer votre compte bancaire et votre potentiel érotique à travers les chiffres qu’en donnent votre « apparat » (sorte de super portable identificatoire), les deux cœurs d’artichaut qui battent encore chez Eunice et Lenny vont battre pour un temps à l’unisson. Une vraie histoire d’amour, dans quelques années, ce sera possible, super intense, mais aussi super triste.

Journal à deux voix d’une apocalypse annoncée, « Super triste Histoire d’amour » alterne le journal de Lenny, ce vieux schnock qui continue à lire (des livres! Et même « Guerre et paix » ) et à écrire, et la correspondance mail d’Eunice. Poétique, inventif, extrêmement touchant, le livre déborde d’une énergie créative. l’énergie du refus ou de la nostalgie que l’auteur masque à peine, lui permet d’inventer son pire cauchemar pour faire triompher une histoire toute simple : une histoire entre deux êtres qui n’ont plus confiance en eux. Les fans de la jeune génération new-new-yorkaise d’aujourd’hui (Lethem, Krauss, Safran Foer) devraient adorer la force du beau futuriste  de Manhattan que Shteyngart dresse, et qu’il sait placer assez tôt dans le futur pour esquisser une caricature de la ville d’aujourd’hui.

Gary Shteyngart, « Super triste histoire d’amour », trad. Stéphane Roques, L’Olivier, 416 p., 24 euros. Sortie le 2 février 2012.

« Tout New-Yorkais de retour se pose la question: Est-ce encore ma ville? J’ai une réponse toute faire emprunte d’un désespoir tenace: elle l’est. Et si elle ne l’est plus je ne l’en aimerai que d’avantage. Je l’aimerai jusqu’à ce qu’elle le redevienne« .

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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