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Sombre Dimanche : Spleen magyar pour le nouveau roman d’Alice Zeniter

Sombre Dimanche : Spleen magyar pour le nouveau roman d’Alice Zeniter

23 juillet 2013 | PAR Yaël Hirsch

Très jeune, très brillante, Alice Zeniter avait fait parler d’elle (et avec raison) en janvier 2010 avec un roman générationnel qui savait saisir la vie sur le vif (voir notre interview). De retour cette année avec la maturité de celle qui est allée vivre ailleurs, en l’occurrence en Hongrie, elle a déjà raflé avec « Sombre dimanche » le prix inter et celui des lecteurs de l’express. De la moitié la moins connue de l’Empire, l’auteure ramène les fantômes de Budapest écrasé en 1956 et un désenchantement directement venu de l' »Autre Europe ». terriblement triste et beau à la fois, « Sombre dimanche » est une danse macabre d’un classicisme troublant.

Imre et Zsolt sont amis d’enfance. L’un a 12 ans et l’autre 15. le plus âgé convoite déjà la grande soeur de son camarade, Agi. Mais l’adolescence à la fin du régime communiste va séparer les deux garçons. Imre perd sa mère, n’a pas de dialogue avec son père, supporte les bougonnements de son grand-père et voit la vie de sa sœur brisée par son professeur de Français. A la faveur du capitalisme nouveau, il trouve un travail-refuge dans un sex-shop et une petite amie – non pas californienne comme il en rêvait avec Zsolt mais – allemande. Une charmante compagne que l’attraction exotique d’une « Autre Europe » en dégel ne saura pas tenir en haleine face aux sirènes des biens de consommations que lui font entendre son pays natal.

Portant parfaitement le titre de la chanson réputée pour conduire ceux qui l’écoutent au suicide (à entendre avec précaution ci-dessous). « Sombre dimanche » est un virage radical pour l’auteure. Imprégnée par la culture hongroise, elle construit avec ce nouveau roman un véritable roman d’éducation ratée directement venu de Mitteleruopa, avec un néoclassicisme criant et dans la narration (la secret de la grand-mère, le désenchantement d’une génération sacrifiée) et dans la forme de catastrophe annoncée à peine bousculée par des pépites d’anamnèse. Un beau roman, sensible aux détails de la vie quotidienne et en ce sens poétique dans son désenchantement, même s’il est parfois douloureux à lire et un peu trop studieux pour emporter le lecteur dans le flot de ses mots.

Alice Zeniter, « Sombre Dimanche », Albin Michel, 290 p., 17 euros. Sortie le 3 janvier 2013.

® David Ignaszewski – Koboy

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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