Livres

Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil : J-3

28 novembre 2010 | PAR Sonia Dechamps

Le salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil débute ce mercredi. Petit avant-goût, pour Toute La Culture, avec sa directrice : Sylvie Vassallo.


Le thème retenu pour l’exposition du salon est « princes et princesses », est-ce que ce n’est pas un peu désuet aujourd’hui ?

C’est vrai, on peut se demander si c’est encore un sujet d’actualité mais quand on regarde ce qui se produit en livres de jeunesse, on voit qu’il y a énormément de retours à cette thématique. D’une part, par le fait que les grands contes classique comme « La belle au bois dormant », « Cendrillon »… ce sont des contes qui sont toujours édités, réédités, et qui sont mis au goût du jour par le travail d’illustrateurs qui modernisent ces contes par leurs images ; et d’autre part, par une variation d’histoires de princes et de princesses soit sur le thème de l’humour ou de la contestation, ou de grandes histoires qui continuent à faire rêver les enfants et les jeunes. Donc voilà, on a pris cette thématique pour notre exposition  pour montrer comment, du côté de l’image, les princes et les princesses vivent aujourd’hui dans la littérature de jeunesse… Et plus spécifiquement d’ailleurs  les princesses, puisqu’une part de l’exposition s’appelle « Précis d’éducation d’une princesse »  et on verra comment – avec humour et recul – les princesses sont représentées dans le livre de jeunesse aujourd’hui.

Aujourd’hui, la princesse n’est plus la même que par le passé. Il y a des personnages plus effrontés, comme des « contre-princesses » …?

Encore une fois, il reste les grands contes classiques, qui sont très fortement présents dans le livre pour enfant, où on peut voir des princesses, qui ne sont pas forcément des princesses modernes. Qui sont des princesses d’un autre temps, c’est à dire que la métaphore joue par rapport aux rêves de conquête, aux rêves de pouvoir, à l’identité aussi de ces filles qui cherchent à acquérir une identité dans la vie, dans la société. Et puis on voit aussi apparaître des princesses qui bousculent un peu les codes classiques de la princesse. Donc des filles aux cheveux courts, des filles qui contestent, des pestes, des filles qui revendiquent leur égalité ou qui revendiquent de ne pas avoir de territoire, de ne pas avoir de royaume, par exemple.

Le Prince de Motordu fête cette année ses 30 ans… Le personnage créé par Pef est un incontournable…

Voilà un des rares princes qui existe dans la littérature de  jeunesse, et qui existe avec bonheur depuis 30 ans. Donc nous allons recréer la salle de classe du prince de Motordu, qui est la salle de classe dans laquelle sa « traitresse », la princesse des écoles, va lui apprendre à parler le plus correctement possible notre langue, à détordre ces « motordus », et les enfants pourront écrire des cartes postales et pourront les poster directement du salon à tous leurs amis (c’est un partenariat avec la Poste).

Est-ce que ce n’est pas, quelque part, un peu dommage de prendre pour thème « princes et princesses », un thème qui peut sembler « vu et revu » ?

La manière dont on a pris ce thème là n’est pas vue et revue en fait, parce qu’on l’a pris avec recul, humour, et vraiment, en confrontant ces représentations aux jeunes d’aujourd’hui, et c’est ça qui est moderne. On l’a pris avec d’autant plus de recul qu’on a fait un choix d’images auquel on a confronté un texte de Christophe Honoré, qui est un écrivain qui est cinéaste,  qui s’appelle « J’élève ma poupée » et qui permet de montrer à quel point ces histoires de princes et de princesses sont aussi des histoires de filles et de garçons, d’éducation et sont aussi des questions de jeu. Donc c’est vraiment dans ce vis-à-vis là, entre le texte, l’image, la manière dont les jeunes aujourd’hui peuvent se refléter dans ces histoires ou pas, qu’il y a quelque chose d’intéressant à voir.

Est-ce qu’aujourd’hui, il n’y a pas des princes et des princesses « qui ne se disent pas » dans la littérature jeunesse ? Des princes et des princesses qui ne sont pas décrits, appelés, comme tels mais qui s’apparentent à ces figures…

Oui, tout à fait, où on retrouve les mêmes structures d’histoires…  Ca, on le met en valeur notamment dans la Bibliothèque Princière, puisqu’on va avoir à peu près 200 titres à mettre en lecture où on va montrer toutes les variations qu’il y a autour de ces histoires.. C’est vrai que ce sont des histoires anciennes mais c’est la structure de la littérature de jeunesse en fait,

c’est aussi pour ça qu’on y revient tout le temps, parce que comme vous le dites, dans ces histoires qui  ne sont pas forcément annoncées comme étant des histoires de princes et de princesses, on y retrouve des princes et des princesses dans les caractéristiques, dans la structure… C’est quand même incroyable que des histoires qui datent d’autant d’années gardent une structure de narration si forte qu’elles continuent d’inspirer tout le monde…

On parle de princes et de princesses… Mais est-ce que vous avez remarqué l’émergence de nouvelles figures aujourd’hui ?

Il y a eu une grande vague de sorciers, une vague magique, et aujourd’hui, on voit beaucoup apparaître des histoires de vampires aussi, qui sont fortement représentés. Et puis il y a des héros qui sont peut être moins troublants dans leurs caractéristique magiques, ou contestataires, qui sont des animaux, divers héros dans lesquels les enfants et les jeunes se projettent. Après, il y a des différences entre la littérature pour les plus petits et la littérature pour les plus grands…

C’est vrai qu’aujourd’hui, dans la littérature pour les plus grands par exemple, il y a beaucoup de magie, de vampires, d’aventure et de héros fantastiques.

Quand on dit salon du livre jeunesse, on a tendance à penser « enfants », mais la littérature pour adolescents n’est pas en reste…

Les adolescents sont effectivement de plus en plus des lecteurs présents au salon, et des lecteurs présents pour l’édition jeunesse, pour les auteurs. Pendant longtemps, on a pensé que quand on avait 12-13 ans et qu’on savait bien lire, on plongeait directement dans la littérature adulte, générale. Et puis on se rend compte aujourd’hui qu’il y a tout un secteur de création pour les adolescents et les jeunes adultes et on les reçoit aussi au salon. Donc on a créé une application multimédia qui est très ludique et très interactive qui s’appelle le juke-box ado. Dans lequel, chaque année, on sélectionne 9 romans, qu’on a trouvés particulièrement intéressants. Et qui ont comme caractéristique de couvrir à peu près tous les genres de la littérature, c’est-à-dire du polar, du roman d’anticipation, du roman social ou du roman intimiste. Et on interroge leurs auteurs sous forme de très courtes vidéos, et par le biais d’un jeu de questions / réponses, les ados qui vont suivre cette application vidéo et multimédia vont pouvoir interroger ces auteurs et les écouter lire un extrait de leur livre.

Qu’est-ce qui caractérise cette littérature pour adolescents, par rapport à la littérature dite adulte ? Une certaine façon d’écrire, les thématiques qu’elle aborde…?

Peut-être plusieurs caractéristiques… Souvent les héros de ces histoires sont des adolescents, ce qui facilite sans doute la projection pour les jeunes dans ces héros là. Il y a beaucoup de fantastique et de fantasy, donc beaucoup d’histoires qui pour moi sont – d’une certaine façon – un prolongement des contes de fées c’est-à-dire des histoires dans lesquelles il y a une recherche de soi, une quête d’identité. Il y a des histoires d’amour, des fantasmes, beaucoup de suspens aussi dans la manière dont l’histoire se produit, des épreuves à passer pour arriver à se retrouver… Ce sont aussi souvent des histoires qui ont une écriture cinématographique et qui paraissent en série… Voilà quelques caractéristiques de cette littérature pour adolescents…

Un autre « pan » de la littérature jeunesse qui fonctionne plutôt bien… C’est la bande-dessinée…

La bande-dessinée, ça a toujours été quelque chose d’assez lue par les jeunes, elle est très présente chez nous à Montreuil. Il commence vraiment à y avoir des collections pour les petits, voire les tous petits. Et c’est une des premiers lectures aujourd’hui, elle a très bien fait sa place dans la littérature jeunesse.

Egalement sur le salon, cette année, une ouverture aux littératures étrangères ?

Pour nous ça a toujours été une préoccupation et cette année on passe un cap dans cette préoccupation  puisqu’on crée un espace qui s’appelle Europa et qui est un espace que nous avons monté en collaboration avec les centres culturels européens en France pour faire valoir auprès des enfants et des jeunes qu’ils naissent de citoyenneté européenne. A partir des littératures singulières des pays, mais aussi en montrant les points de convergence et de divergence, et en faisant entendre les autres langues, en les faisant sonner à leurs oreilles…

Parlez-nous un peu d’AniMix, qui est un festival de films d’animation… Quel est le lien avec la littérature jeunesse ?

C’est la 1ère fois que nous créons ce festival dans le salon, et c’est un lien très étroit avec la littérature de jeunesse de deux points de vue. D’une part, nous allons montrer aux enfants que les illustrateurs, qui dessinent dans des livres pour enfants et pour jeunes, sont aussi des illustrateurs qui font des petits films d’animation ; et d’autre part, le patrimoine contemporain de la littérature pour jeunesse est un vrai creuset dans lequel les scénaristes puisent pour faire des films d’animation. Donc on veut montrer ce lien avec la littérature.

Dans le salon, également, une partie réservée à l’art…?

Le livre de jeunesse est un vrai creuset aussi de création. Et, de plus en plus, des éditeurs d’art ou des éditeurs généralistes créent des livres autour de l’art, donc des livres qui permettent de comprendre les tableaux, de connaître les musées, de s’initier à l’histoire de l’art et aux grands artistes contemporains…mais aussi de créer soi même. Donc on a, en collaboration avec les éditeurs d’art, créé une initiative qui consiste d’une part à avoir un espace du salon qui leur est réservé, dans lequel les enfants et le public vont pouvoir découvrir ces livres, et puis nous avons créé aussi une malle de livres, qui va s’appeler « A l’abord’art », et qu’on retrouvera dans un espace au salon pour les petits avec des ateliers de création.

Comment est-ce que vous observez ce secteur, de la littérature jeunesse, évoluer au fils des ans ? Est-ce que l’intérêt des jeunes pour la lecture reste constant, diminue, augmente ?

Du coté des chiffres de l’édition, c’est le secteur qui est le plus en forme, il représente aujourd’hui 15% du chiffre d’affaire de l’édition, et ça ne cesse d’augmenter d’année en année. Et ce secteur, cette année, a fait 20 % de croissance. Donc c’est un secteur qui se porte plutôt bien. Nous, les enfants et les jeunes qu’on voit au salon, ils aiment lire, et ils ne sont pourtant pas toujours en situation facile par rapport à la lecture, parce qu’on est quand même dans un département socialement assez difficile, assez désavantagé… donc on voit bien que c’est parfois des efforts qu’il faut faire pour aller vers la lecture, mais les enfants et les jeunes qu’on reçoit sont vraiment partants de ce coté. Après, il y a quand même des enquêtes qui montrent qu’au moment de l’adolescence notamment, et particulièrement les garçons, ce sont des moments un peu fragiles par rapport à la lecture, ou ils peuvent décrocher.

Le salon, c’est celui du livre ET de la presse jeunesse…

C’est important de souligner le rôle de la presse jeunesse…  Il y a un kiosque pour la découvrir au salon, avec 60  magasines à peu près. La presse jeunesse, elle est importante pour le livre de jeunesse parce que c’est un vrai lieu de création, à la fois pour les illustrateurs et pour les écrivains. La presse jeunesse porte beaucoup la littérature de jeunesse. Et elle est porteuse aussi du côté de la lecture, puisqu’il y a 16 millions de lecteurs de presse jeunesse quotidienne ou magazine. Donc c’est vraiment important, mais on sent bien que comme pour la presse en générale, c’est quand même un secteur qui n’est pas facile… Elle subit les mêmes difficultés… Mais malgré tout ça reste un secteur puissant.

Et pour plus de détails : www.salon-livre-presse-jeunesse.net

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