Livres
Sabyl Ghoussoub recherche ses origines à Tel Aviv

Sabyl Ghoussoub recherche ses origines à Tel Aviv

17 août 2020 | PAR David Rofé-Sarfati

Dans Beyrouth entre parenthèses Sabyl Ghoussoub, journaliste français d’origine libanaise visite Israël pour explorer ses attaches moyen orientales. Le livre à la façon d’un carnet de route est une réflexion transgressive sur l’identité.

 

Il est depuis longtemps révolu le temps où en Israël on prédisait que si l’on ne connaissait pas le premier pays arabe à signer la paix on savait que le deuxième serait naturellement le Liban. Il fut ce temps où le Liban était ce pays démocratique alter ego d’Israël, ou la détestation du Juif s’intriquait avec une fascination pour un pays qui défendait ses frontières et son mode de vie. Un compagnonnage fantôme s’opérait entre les deux pays menacés de disparition, certainement inscrit depuis toujours, depuis l’époque du commerce entre les Phéniciens et les Hébreux. Les Libanais partageaient avec Israël pour les Palestiniens une haine qui connut le pire des épisodes dans le massacre de Sabra et Chatila réalisés pas des supplétifs de l’armée israélienne. Mais il partageait aussi des valeurs communes comme l’amour de la démocratie, du commerce, de l’égalité homme-femme … ou du Houmous! Mais il y eut la deuxième guerre du Liban, nommé l’invasion israélienne. Il y eut aussi et surtout la poussée de l’islamisme, l’installation du Hezbollah iranien, une interminable guerre civile, l’occupation syrienne, les communautarismes ou encore l’arrivée d’un million de réfugiés syriens sur une population d’environ six millions. Le Liban d’aujourd’hui entre dans le tiers monde en disparaissant lentement dans un double délitement entre une colonie syrienne et une principauté de la République islamique d’Iran. Néanmoins, le désastre libanais est avant tout home made, fait de mauvaise gestion et de corruption systémique. Le Palestinien a conservé le statut d’un résidant discriminé, tandis que le voisin israélien est devenu le diable.

Sabyl Ghoussoub né en France en 1988 de parents maronites est pris dans ce mouvement-là. Il s’interroge sur ses origines, travaille à faire lien entre lui et ses ancêtres. Parce qu’il est transgressif ou qu’il s’inspire  de l’ancienne complicité entre les Juifs et les Libanais il décide de s’envoler pour Israël. Il confrontera  son origine fantasmée à la réalité du pays ennemi. Il cherchera son identité en creux. Le roman est délicieux d’humour de dérision et de situations conflictuelles. Ghoussoub pose le dilemme international du conflit moyen-oriental en termes individuels. Que faire de cette impossibilité à réunir deux penchants ? Sa recherche d’un absolu de l’origine lui interdit de pouvoir aimer à la fois Israël et le Liban. Il détestera donc Israel, et tentera de s’accrocher à ce Liban, son prétendu terroir, qui disparaît dans la grande histoire du monde. Reste la question de l’identité?

Le roman très attachant répond à sa question. Une réponse bien loin du pays de cèdre aujourd’hui étouffé sous les griffes de son communautarisme institutionnel car il faut déchiffrer le propos de Ghoussoub à l’aune d’un autre discours, d’un autre communautarisme. Ghoussoub rumine sa revendication identitaire avec souffrance ; alors que né en France il se proclame fièrement libanais devant un chauffeur de taxi israélien ; il se décide un lien familial avec les Arabes palestiniens et du coup est très occupé mentalement par l’État d’Israël qu’il diabolise ; et puis il répète en boucle le trauma de l’invasion, se défonce, flirte avec l’apologie du terrorisme, prend les femmes pour des objets, invoque le deux poids deux mesures et compare Ben Gourion au dictateur Khomeini. A bien l’écouter et à le comprendre, il n’est pas un Libanais de Beyrouth au jugement équilibré, mais un authentique français, de ceux que l’on rencontre dans certaines banlieues. Il est Sabyl le français, le lecteur de « Libé » où il repère toujours avec gourmandise une critique d’Israël pour ruminer sa haine. Mais sa haine – comme son identité en creux- est peu robuste. Elle n’est que construction. Sous ses revendications apparaît la mélancolie de celui dont le père souvent reprochait d’être né. Le livre est bouleversant et édifiant.  

 

Sabyl Ghoussoub
Beyrouth entre parenthèses
144 pages
16,00 €

En librairie le 20 août 2020.

Jessica Pratt illumine Rossini, Donizetti et Verdi à Pesaro
L’agenda culture de la semaine du 17 août
David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *