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Rhétorique de la vente aux enchères

Rhétorique de la vente aux enchères

14 septembre 2017 | PAR Jérôme Avenas

Un commissaire-priseur vend ses dents aux enchères en les faisant passer pour celles de célébrités. Un livre facétieux, stimulant né d’un projet qui a impliqué une galerie d’Art et un club de lecture.

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Livre labyrinthe, « L’Histoire de mes dents » de Valeria Luiselli a des chapitres (des « livres ») en cul-de-sac. Pour trouver son chemin dans les allées d’un texte brillant, solidement construit, il faut toujours en revenir au centre : le projet. Comme l’auteure l’explique dans une postface  : « Ce livre est le résultat de plusieurs collaborations ». La « commande d’une œuvre de fiction pour le catalogue de l’exposition The Hunter and The factory  (…)  à la Galeria Jumex » s’est transformé en projet collaboratif qui a impliqué les ouvriers de l’usine Jumex. « La Collection Jumex, une des plus importantes collections d’art contemporain au monde, est financée par Grupo Jumex – une usine de jus de fruits. » Valeria Luiselli a voulu faire le joint entre l’univers de la galerie et celui de l’usine. Des ouvriers, réunis en club de lecture, ont lu le premier « livre » de « L’Histoire de mes dents ». Leurs commentaires, remarques, anecdotes personnelles ont inspiré et influencé l’auteure pour la construction de la suite de son livre.
Gustavo Sanchez Sanchez, dit « Grandroute », meilleur commissaire-priseur au monde autoproclamé n’a pas été gâté par la nature qui l’a affublé de dents effroyables. Il possède en revanche de véritables dons d’orateur. De péripéties en péripéties il fait l’acquisition, aux enchères, des dents de Marilyn Monroe qu’un chirurgien-dentiste lui transplante. À partir de ce premier « livre » le récit naît, se déforme, se déglingue parfois, prend des raccourcis, des chemins de traverse. C’est réjouissant, drôle et souvent jubilatoire.

EXTRAIT  :
Lot hyperbolique n°9
Il émane de notre avant-dernier lot, mesdames et messieurs, un air de mélancolie mystique. La dent elle-même est crocodilienne, mais son aura est presque angélique. Voyez la courbe ; telle une aile en ascension. Son propriétaire, M. Jorge Francisco Isidoro Luis Borges était de taille moyenne. Ses jambes courtes et fines supportaient un torse à la fois solide et svelte. Sa tête avait la taille d’une petite noix de coco et il avait un cou souple et élancé. Il était panthéiste. Ses yeux avaient coutume de voleter d’un côté à l’autre, inutiles, impénétrables à la lumière du soleil, mais prêts à recevoir la lumière de bonnes et belles idées. Il parlait lentement, comme en quête d’adjectifs dans le noir. Quelle est votre offre ?

Valeria Luiselli, L’Histoire de mes dents, Traduit de l’anglais par Nicolas Richard, Éditions de L’Olivier, août 2017, 192 p, 19,50€

Visuel : Couverture du livre

 

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