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Quand Satan raconte la Terre au Bon Dieu: Mark Twain, l’irrévérencieux.

Quand Satan raconte la Terre au Bon Dieu: Mark Twain, l’irrévérencieux.

05 juillet 2013 | PAR Alice Dubois

Mondialement reconnu pour son célèbre roman Les aventures de Tom Sawyer paru en 1874, l’auteur américain Mark Twain était pourtant bien autre chose qu’un conteur pour enfants. Nouvelliste, essayiste, humoriste de talent et excellent orateur, Mark Twain était aussi un homme engagé, dénonçant sans détour la cupidité de la société américaine (L’âge d’or, 1873) et l’impérialisme occidental (En suivant l’Equateur, 1897). A sa mort en 1910, il laisse derrière lui des centaines de pages inédites. Regroupées sous le titre Letters from the Earth, elles ne seront éditées que 50 ans plus tard, car jugées trop « irrévérencieuses ». En 1965, Grasset publie la première traduction française que voici pour la première fois en poche, dans la collection Les Cahiers rouges sous le nom Quand Satan raconte la Terre au bon Dieu…

 

Mark Twain

Adieu Hunckleberry Finn et les souvenirs d’enfance dans le Missouri. Ce recueil de textes lève donc le voile sur la face cachée de l’auteur, moins reconnue aujourd’hui et qui pourtant mérite le détour. Ici, comme son nom l’indique, l’irrévérence et l’humour sont à l’honneur. Pamphlet sarcastique et jubilatoire contre la religion, ce recueil regroupe des textes provocateurs et parfois désopilants comme « Fragments de l’autobiographie d’Eve », « Journal de Mathusalem » ou encore « Lettres de Satan à ses archanges  ».

Construit comme un témoignage historique basé sur des sources concrètes (comme par exemple cet extrait du journal Le Radical écrit en Janvier 916 après la Création), l’ouvrage raconte l’histoire de l’humanité, les fantasmes d’un dieu joueur et la stupidité des hommes depuis le premier souffle du Monde. A travers les yeux des principaux protagonistes, Mark Twain s’amuse à décortiquer les grands mythes inscrits dans la Bible pour en montrer toute leur absurdité. De la naissance d’Adam et Eve, au foutoir que fût la construction de l’arche d’un Noé pas très futé à l’invention grotesque du Paradis, Satan raconte, avec lucidité, la plus grande folie des hommes.

Judicieusement écrit, l’ouvrage nous plonge au cœur des réflexions intimes des grands noms de la Bible, les présentant par là même comme de véritables personnages littéraires. Plus qu’une satire provocatrice, ces écrits, qui sont les plus insolents de Mark Twain, sont une véritable critique du monde et de la bêtise humaine, bêtise cristallisée autour de la grande invention que fût la religion. Un ouvrage très actuel. A découvrir.

Le recueil est suivi d’écrits intitulés Papiers de la famille Adam et autres documents essentiels qui contient des extraits comme « Cette satanée race humaine », « Fragments d’une parodie inachevée sur les guides des convenances » ou encore « Les Français et les Comanches ». Un pêle-mêle de réflexions qui traduisent les pensées de l’auteur sur ses contemporains. Abordés là aussi comme de véritables sources historiques, ils racontent avec beaucoup d’humour et de lucidité le monde de la fin du 19ème siècle.

 

«Les fragments rassemblés ici ont été traduits de l’adaméen à des périodes différentes mais approximativement dans l’ordre où on les trouva disposés. Dans une œuvre philosophique non publiée et portant comme date mille ans après sa mort, Mark Twain s’attribue les titres d’Evêque de New -Jersey et de Père de l’Histoire. Théologien ou historien, il s’était intéressé, sa vie durant, aux archives privées de la plus vieille famille humaine. Il n’indique nulle part quand ni comment il entra en possession des papiers de la famille Adam mais c’est, semble-t-il, à la traduction des deux fragments du Journal de Mathusalem qu’il consacra ses premiers soins. » – (Extrait du Journal de Mathusalem).

 

« Parlons un instant de la cruauté, de la férocité et de l’esprit de massacre. S’ils ne font certes pas honneur aux races partiellement civilisées de notre planète, il est néanmoins difficile de les dénommer imperfections. Ils sont les produits naturels du système social; sans eux, nulle société ne saurait être parfaite. Ceci étant admis, il n’est guère aisé de tracer une ligne de démarcation précise entre les français, les Comanches et les autres nations d’un niveau moral et social identique. (…) Sur un point au moins les Français sont inégalables et pratiquement personne ne conteste leur suprématie. L’esprit de massacre semble leur appartenir de droit divin. » (Extrait – Les Français et les Comanches).

 
 
 

Quand Satan raconte la Terre au bon Dieu suivi de Papiers de la famille Adam et autres documents essentiels, de Mark Twain.

Textes publiés sous la direction de Bernard De Voto

Traduits de l’anglais par Henri Morisset

Parution: Avril 2013.

Editions Grasset – Collection Cahiers rouges

246p. – Prix : 8,90€

ISBN : 978-2-246-80741-4

 

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Alice Dubois
Alice a suivi une formation d’historienne et obtenu sa maitrise d'histoire contemporaine à l'université d'Avignon. Parallèlement, elle est élève-comédienne au Conservatoire régional d'art dramatique de la ville. Elle renonce à son DESS de Management interculturel et médiation religieuse à l'IEP d'Aix en Provence et monte à Paris en 2004 pour fonder sa propre compagnie. Intermittente du spectacle, elle navigue entre ses activités de comédienne, ses travaux d'écriture personnels et ses chroniques culturelles pour différents webmagazines. Actuellement, elle travaille sur un projet rock-folk avec son compagnon. Elle rejoint la rédaction de TLC en septembre 2012. Elle écrit pour plusieurs rubriques mais essentiellement sur la Littérature.

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