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Prix Renaudot : Tout fout le camp…

Prix Renaudot : Tout fout le camp…

14 septembre 2012 | PAR Ruben Moutot

La première sélection du Renaudot (13 romans et 7 essais) est tombée. Et pour ce prix parfois considéré comme plus politique que littéraire, nous avons une liste qui mélange jeunes pousses prometteuses, écrivains reconnus et scribouillards égarés. Un cocktail étonnant dont devront sortir deux lauréats le 7 novembre prochain.

Le « prix des journalistes » fondé en hommage à Théophraste Renaudot, nous avait un peu habitués à consoler les «lésés» du Goncourt. Mais cette fois ci, le grand absent du premier prix, Olivier Adam, n’aura pas même la possibilité de se rattraper avec le Renaudot.

Mention spéciale à Patrick Deville et Vassilis Alexakis qui figurent déjà dans la liste du Goncourt. Le premier enchaine les nominations grâce à Peste et Choléra, un roman remarqué des libraires qui raconte la vie d’Alexandre Yersin, l’un des premiers membres de l’Institut Pasteur et à l’origine du bacille contre la peste. Le second avait déjà été grand prix du roman de l’Académie française en 2007 et se distingue cette fois ci avec l’enfant grec dans lequel le narrateur provisoirement handicapé, se retrouve à déambuler dans le jardin du Luxembourg, y fait des rencontres, se souvient des héros de la littérature qui ont bercé ces lieux et laisse peu à peu son imagination prendre le pas sur la réalité…
Toujours dans la catégorie « pur sang » de la rentrée littéraire, Agnès Desarthe, qui avait obtenu le Renaudot des lycées en 2010, est cette fois- ci retenue pour Une partie de chasse, qui narre l’histoire originale d’une prostituée marocaine et de son fils Jallal. Nous suivons leur évolution, des années 80 à nos jours, de ville en ville, à la découverte de Marylin Monroe, les retrouvailles avec une religion, l’Islam, leur histoire d’amour avec une terre, la leur, pétrie d’émotions mais flirtant avec la haine.

Mais aussi Christian Authier pour Une certaine fatigue. L’écrivain, spécialiste du cinéma, à déjà reçu le prix Roger-Nimier en 2006 et avait été nommé pour le prix Renaudot en 2008. Cette fois- ci, il doit sa place à un texte qui nous plonge dans la vie d’un homme qui vient de perdre son père. Au milieu de son « spleen » et de sa réflexion sur l’existence, il apprend qu’il est atteint d’une maladie mortelle et qu’il ne lui reste que peu de temps à vivre. Il s’organise donc pour préparer son départ, et entouré de ses proches, s’apprête à faire le grand saut. Mais il apprend finalement que ce qu’on à pu lui dire n’était qu’une erreur de diagnostic et il se retrouve donc « condamné » à vivre.
On pourra s’étonner de la présence de Christophe Donner qui avait pourtant vivement critiqué en 2007, l’attribution du Renaudot à un auteur qui ne figurait pas dans la sélection du jury, Daniel Pennac. Si l’on à pu reprocher au jury, une éventuelle manipulation, on ne pourra pas les blâmer pour leur rancune. Le roman sélectionné, A quoi jouent les hommes, offre une fresque de personnages, qui s’enchainent et se retrouvent, dans une évolution historique tout en nous offrant une réflexion sur la vie, sur les liens entre le passé et le présent.

Mais la plus grande surprise est sans nul doute Florian Zeller, qui n’a pas été franchement ovationné par la critique jusque là (si bien que Christophe Claro lui consacre même une diatribe assassine sur son blog). Dans La jouissance, l’auteur nous raconte une histoire d’amour plutôt banale, tout en établissant un parallèle avec l’histoire de l’Europe. L’agonie du couple s’articule et se dessine donc autour du déclin de tout le continent.

Les autres romans sont : Henri Lopes Une enfant de Poto-Poto (Gallimard), Anne Berest Les Patriarches (Grasset), Mohamed Boudjedra Le parti des coïncidences (Alma), Abdellah Taïa Infidèles (Seuil), Lionel Duroy L’hiver des hommes (Julliard), Jean-Loup Trassard L’homme des haies (Gallimard), Aurélien Bellanger La Théorie de l’information (Gallimard).
Les 7 essais sélectionnés : François Bon Autobiographie des objets (Seuil), Jean-Christian Petitfils Le Frémissement de la grâce. Le roman du Grand Meaulnes (Fayard), Pierre Barillet Bronia Dernier amour de Raymond Radiguet (La Tour verte), Jean-Michel Delacomptée Passions. La princesse de Clèves (Arléa), Jean-Louis Gouraud Le pérégrin émerveillé (Actes Sud), Emmanuel de Waresqueil Entre deux rives (L’Iconoclaste), Franck Maubert Le Dernier modèle (Mille et une nuits).

Après avoir récompensé l’année dernière Emmanuel Carrère pour Limonov et Gérard Guégan pour son essai Fontenou ne reviendra plus, les membres du jury se réuniront à nouveau le 8 et 29 octobre pour la seconde et la dernière sélection.

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Ruben Moutot

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