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Policier : Le jeu du pendu d’Aline Kiner

26 décembre 2010 | PAR Yaël Hirsch

Passionnée d’histoire et d’archéologie, Aline Kiner propose avec « Le jeu du pendu » un roman policier dans un petit village de Moselle qui ressemble à celui où elle a grandi. Évoquant les fantômes de l’occupation allemande et de la mine, l’enquête de ce très beau roman s’enrichit de toute une série d’impressions et de descriptions relatives aux traces du passé. Sortie le 5 janvier.

Après avoir supposément sur-réagi dans une affaire de suicide d’enfant, l’efficace commandant Simon Dreemer est limogé de Paris à la SRPJ de Metz. Ils rejoint le lieutenant Jeanne Modover, une fille du cru aux méthodes douces, pour enquêter sur un meurtre, puis une série de meurtres de jeunes filles ligotées comme un « Dieu piteux » (sculpture du Christ moyenâgeuse) et étouffée dans la boue dans la terre molle et crevassée par les anciennes mines. Ce sont des jeunes-filles du village où a grandi Laura qui sont assassinées, aussi a-t-elle également l’impression d’enquêter sur sa propre enfance. Dreemer l’aide à mettre ce passé à distance pour arrêter les meurtres.

Au fil d’une intrigue prenante, Aline Kiner évoque l’histoire méconnue de la Moselle au 20e siècle. Laissant la parole à tous les personnages du village qu’elle a imaginé (le vieux résistant déporté et archiviste du village, la maîtresse d’école, le chef de la résistance pendant la guerre, d’anciens mineurs qui ont perdu la santé à leur travail…) elle dresse une fresque humaine très touchante. Entre roman psychologique, historique et thriller, le livre revient sur le douloureux été 44, particulièrement terrible dans cette région de Lorraine redevenue allemande pendant la guerre. Et Aline Kiner évoque avec infiniment de poésie la terre de Moselle hantée par le passé de la mine et détruisant encore corps et bâtisses. Un roman sensible, documenté et qui se lit en une seule fois.

Aline Kiner, « Le Jeu du pendu« , Liana Levi, 240 p., 16 euros. Sortie le 5 janvier.

« Mais, se dit-il, c’est la vieillesse qui est horrible. Un matin, vous vous levez, et votre corps paraît alourdi. Une sensation anodine, presque rien. L’impression de marcher dans de l’eau. Vous avancez, et même à grands pas, mais c’est un peu plus difficile, fatigant. une douleur s’éveille au bas du dos, et dans l’épaule, à droite, celle qui se lançait en avant à chaque coup de hache dans le bois, chaque coup de pioche dans la terre. Les enfants, que vous avez vus s’émerveiller de tout, de la première neige et des violettes dans les prés, ont la peau qui s ‘épaissit. Un jour, dans leurs yeux, vous lisez qu’ils vous considèrent comme un vieux. C’est-à-dire plus grand chose. » pp. 103-104.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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